Critique
La vallée des larmes : des guerres et des mères
Aleksi K. Lepage
Il faut saluer Maryanne Zéhil pour son courage et sa détermination. Les institutions ayant levé le nez sur son projet, pourtant fascinant, original et indéniablement pertinent, l'auteure en sera venue à bout par ses propres moyens, non sans peine on suppose. Micheline Lanctôt et Paule Baillargeon, très rares femmes cinéastes d'ici, ont connu et connaissent encore ce même genre d'ennuis.
Le scénario de La vallée des larmes, écrit par Zéhil elle-même, aurait pu aboutir à un très grand film. Mais par manque de moyens pour un projet si ambitieux, et par toutes sortes de décisions discutables quant à la réalisation un peu molle, quant au montage arythmique, quant à l'usage appuyé de la musique, quant aux dialogues lesquels paraissent parfois artificiels, ce second long métrage de Zéhil, s'il ne s'effondre jamais, est boiteux, malgré les meilleures intentions.
Marie (superbe Nathalie Coupal, qui signe aussi la bande sonore), une éditrice de Montréal, spécialisée dans les récits et les témoignages d'immigrants au passé tumultueux, reçoit quotidiennement de mystérieux manuscrits anonymes, très courts, lesquels relatent les expériences d'un jeune Palestinien dans les camps au Liban, qui a vécu les horreurs du massacre de Sabra et Chatila perpétré par quelques phalangistes chrétiens et les milices libanaises. À partir des «fragments» écrits. Marie voudra faire un livre de ces témoignages. Mais qui en est l'auteur?
L'éditrice retrouvera assez vite l'énigmatique écrivain (Joseph Antaki), peintre en bâtiment qui se fait d'abord appeler Joseph et se fait passer pour un Libanais. Lentement, elle découvrira la vérité, à force de rencontres avec ce Joseph, en vérité Ali, palestinien, et elle en apprendra sur ce rescapé du génocide. Son enquête la mènera ultimement au Liban, où elle saura tout de la triste vérité.
La vallée des larmes prend trop de temps avant d'en arriver au vif du sujet, s'attarde trop sur le personnage de Marie. Zéhil s'égare aussi, longuement, sur la responsabilité des mères dans ces conflits génocidaires, ces femmes qu'on croit totalement dominées et confinées aux cuisines, mais qui auraient en vérité un réel pouvoir sur leurs enfants.
Nous voici donc en présence de deux films pour le prix d'un: l'un portant sur une catastrophe humaine dont on parle trop peu, l'autre proposant un regard sur le pouvoir sous-estimé, parfois nocif, des mères sur leur progéniture. L'amalgame n'est pas toujours heureux, s'y bien qu'on risque de s'y perdre et se demander où Zéhil voulait en venir exactement.
* * 1/2
Drame de Maryanne Zéhil. Avec Nathalie Coupal, Joseph Antaki, Wafa Tarabey. 1h35.
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