Les dindons sauvages et les ours sont un peu nerveux ces temps-ci. En dépit de la pandémie, les différents types de chasse et de pêche vont de l’avant comme prévu, en suivant le calendrier établi. La saison de la chasse à l’ours commence dans quelques jours, alors que celle de la chasse au dindon sauvage se termine la semaine prochaine pour un certain nombre de zones.

Marie Tison Marie Tison
La Presse

Or, la chasse et la pêche demeureront théoriques pour bien des Québécois en raison des restrictions liées aux déplacements entre les régions et à la fermeture de nombre de rampes de mises à l’eau.

« On était bien heureux qu’ils maintiennent les activités de chasse et de pêche, surtout que bien des gens peuvent les pratiquer à proximité, commente André Cossette, directeur général de la Fédération québécoise des chasseurs et pêcheurs. Maintenant, on espère qu’ils vont donner un peu d’ouverture et qu’on pourra se déplacer entre les régions, tant et aussi longtemps qu’on respecte la distanciation et les normes de salubrité. »

Il y a une dizaine de jours, le gouvernement a annoncé la réouverture progressive de certaines régions du Québec, soit la fin des contrôles routiers qui étaient mis en place pour restreindre les déplacements vers des régions comme les Laurentides, Lanaudière, Chaudière-Appalaches, l’Outaouais, l’Abitibi et le Saguenay. Toutefois, il a maintenu la consigne d’éviter les déplacements « superflus ».

« Les déplacements liés aux loisirs ne sont pas considérés comme nécessaires, rappelle Catherine Ippersiel, porte-parole du ministère québécois des Forêts, de la Faune et des Parcs [MFFP]. Les chasseurs et pêcheurs doivent pratiquer leurs activités près de leur résidence principale. Mais c’est sûr que ça ne peut pas se faire en banlieue. »

Ce sont donc les gens qui résident déjà dans une région propice à la chasse et à la pêche qui peuvent s’exécuter.

Le Ministère a mis certaines mesures en place pour justement limiter les déplacements : les chasseurs peuvent maintenant enregistrer leurs prises en ligne s’ils ne peuvent se rendre à une station d’enregistrement ouverte.

« Nous avons hâte de voir comment ça va fonctionner, mais nous avons déjà plusieurs enregistrements de dindon sauvage », commente Mme Ippersiel.

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Un dindon sauvage qui devrait être un peu nerveux ces temps-ci

Il faut toutefois continuer de se rendre auprès d’un mandataire pour obtenir un permis de chasse, de piégeage ou de pêche. Heureusement, près de la moitié de ces agents de vente sont toujours ouverts puisqu’il s’agit souvent de services essentiels comme des épiceries, des dépanneurs ou des stations-services.

Autre restriction : il faut éviter de camper dans les zones d’exploitation contrôlée.

Certains randonneurs, qui se sont butés à des sentiers barricadés, ont pu envier les chasseurs et les pêcheurs qui pouvaient poursuivre leurs activités. M. Cossette a affirmé qu’ils ne devaient pas être envieux.

« Nous avons aussi nos restrictions », dit-il en soupirant.

Un accès problématique

C’est l’accès aux régions et aux cours d’eau qui demeure le plus problématique à ses yeux.

La chasse et la pêche, ce sont des activités qui peuvent être pratiquées en solitaire ou en couple, ou avec un membre de sa famille. Je pourrais y aller avec une de mes filles, il n’y a pas de problème. Il faut juste faire attention, respecter les normes.

André Cossette

Il soutient que deux chasseurs qui partent dans des véhicules séparés et qui vont chasser le dindon sauvage en respectant les règles de distanciation physique ont « moins de chances d’attraper la COVID-19 qu’en allant faire l’épicerie ou qu’en attendant au Walmart ou à la quincaillerie ».

Dans le cas de la pêche, la fermeture de rampes d’accès à l’eau vient s’ajouter aux restrictions des déplacements entre les régions.

« Il y a même des quais qui sont fermés, déplore M. Cossette. Pourtant, si tu te tiens à distance, tu peux aller pêcher et tu ne nuis à personne. »

Mme Ippersiel reconnaît que des municipalités ont interdit la mise à l’eau d’embarcations, mais elle note que ce ne sont pas tous les accès qui sont interdits.

« Il y a des pêcheurs qui se sont adonnés à la pêche en fin de semaine, ajoute-t-elle. Les mêmes règles s’appliquent : si quelqu’un a accès à un cours d’eau près de chez lui, il n’y a pas de problème. »

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Il n’y a pas de répit pour les poissons, même en temps de pandémie.

La pandémie a toutefois eu raison de la grande Fête de la pêche, qui devait avoir lieu la fin de semaine des 5, 6 et 7 juin. L’ensemencement qui y était associé a aussi été annulé.

« Ça aurait contrevenu à l’interdiction de se rassembler à l’extérieur, ce n’était donc pas possible de garder cette fête », explique la porte-parole du MFFP.

Les poissons seront ensemencés dans d’autres cours d’eau. Ils ne seront donc pas « gaspillés ».

Les programmes d’initiation Pêche en herbe et les cours pour les aspirants pêcheurs et piégeurs sont aussi annulés.

« Une initiation, ça demande une certaine proximité, indique Mme Ippersiel. Ce ne serait pas évident de pratiquer cela dans le respect des règles de distanciation. »

Catherine Ippersiel a toutefois un message pour les chasseurs qui sont « hyper déçus » de manquer la chasse au dindon sauvage ce printemps.

« Pour la première fois, nous aurons une chasse au dindon sauvage à l’automne, affirme-t-elle. La situation va peut-être évoluer et les chasseurs pourront alors avoir une nouvelle saison. »

Les dindons n’ont qu’à bien se tenir.