Qu’est-ce qui se passe dans les parcs du Québec, fédéraux, provinciaux et régionaux, à l’heure actuelle, quand les visiteurs ne sont pas là ? Sur le terrain, pas grand-chose. Mais dans les diverses administrations, on vit d’espoir et on travaille furieusement à élaborer divers scénarios de sortie de confinement.

Marie Tison Marie Tison
La Presse

« On reste optimistes, déclare Pierre Goudreau, directeur général de l’Association des parcs régionaux du Québec et d’Aventure Écotourisme Québec. On prévoit le pire et on espère le mieux. »

Le pire scénario serait de ne pas avoir de saison estivale du tout. Le meilleur : une ouverture complète de toutes les activités. Il y a un scénario intermédiaire : l’ouverture d’un certain pourcentage des activités normales.

« Nous étudions ces trois scénarios-là et, en fonction des directives, nous en mettrons un en place », précise Marc-André Meunier, directeur du marketing et des communications de Bromont, montagne d’expériences.

À la Société des établissements de plein air du Québec (SEPAQ), on évalue présentement le « niveau de risque » de chacune des activités (l’hébergement, la location, les activités organisées, la randonnée, etc.), soit la capacité de les offrir tout en respectant les règles de distanciation physique.

Du côté des parcs régionaux, on regarde également l’hypothèse, dans un premier temps, de n’ouvrir les parcs que pour une clientèle locale. C’est une question qui peut effectivement être délicate en région.

« Les touristes qui vont arriver de Montréal, seront-ils les bienvenus dans les régions du Québec ? s’inquiète Frédéric Asselin, directeur général de la Coopérative Vallée Bras-du-Nord. Il faut que l’ouverture se fasse au bon moment, il ne faut pas que la population locale s’oppose. »

PHOTO  PHILIPPE JOBIN, FOURNIE PAR LA VALLÉE BRAS-DU-NORD

Vélo de montagne à la Vallée Bras-du-Nord

Forte pression

Pierre Goudreau affirme que présentement, l’industrie touristique travaille fort pour établir des protocoles de sécurité sanitaire et de distanciation physique.

« Les parcs régionaux et les entreprises de tourisme d’aventure ont l’habitude de mettre en place des mesures de qualité et de sécurité : des procédures de gestion de risque, des plans d’évacuation, des plans de mesures d’urgence, note-t-il. Ce sera simplement une couche supplémentaire qu’ils devront ajouter. »

À l’heure actuelle, il ne se passe pas grand-chose sur le terrain. Il n’y a pas de travaux d’entretien en cours. Pour l’instant, ce n’est pas un gros problème. Il y a encore de la neige par endroits, les sentiers sont encore très boueux.

« On ne travaille pas sur les sentiers quand ça vient juste de fondre : ça les brise plus qu’autre chose, note Frédéric Asselin. Mais quand ça aura séché un peu, ce sera le meilleur moment parce qu’il n’y a personne sur les sentiers. »

Heureusement pour les parcs, le mois d’avril est une saison un peu morte, un entre-saison. M. Asselin s’inquiète un peu de ce qui va se passer lorsque les beaux jours vont revenir. S’il est possible de barricader certains parcs, notamment les parcs nationaux, c’est plus difficile dans le cas de plusieurs parcs régionaux, qui ont de multiples voies d’accès.

Les gens vont avoir besoin de sortir. Même si nous ne sommes pas ouverts, les sentiers seront envahis de monde. Comme nous serons officiellement fermés, nous ne pourrons pas percevoir de droits d’accès, nous ne pourrons pas faire d’entretien et nous ne pourrons pas gérer les mesures de distanciation [physique].

Frédéric Asselin

Le milieu s’attend à une énorme pression de la part de la population pour profiter du plein air au Québec l’été prochain.

« Les sentiers seront très populaires, affirme Marc-André Meunier, de Bromont, montagne d’expériences. Le tourisme de proximité va devenir un produit refuge parce que nous croyons que le tourisme à l’extérieur de la province va être relativement limité. »

Bromont étudie même la possibilité d’ouvrir un nouveau sentier tout en haut de la montagne pour permettre aux gens moins en forme d’apprécier le paysage.

PHOTO OLIVIER PONTBRIAND, ARCHIVES LA PRESSE

Canot au parc régional du Poisson blanc

Air plus pur

Par ailleurs, la fermeture des parcs du Québec et la suspension de la plupart des activités économiques dans la province pourraient-elles avoir eu des effets bénéfiques sur l’environnement de ces parcs, et notamment la qualité de l’air ?

Aux États-Unis, le magazine Backpacker a obtenu les niveaux d’ozone dans quatre grands parcs américains pour la semaine du 18 au 25 mars et les a comparés aux niveaux des semaines correspondantes des cinq années précédentes. Jamais les niveaux d’ozone n’ont été aussi bas. Le parc des Great Smokies Mountains a enregistré un niveau inférieur de 43 % à la moyenne, alors que le parc du Grand Canyon a enregistré une semaine complète de bonne qualité de l’air, une différence marquée par rapport aux années précédentes.

Toutefois, au Canada, il n’y a pas vraiment de données facilement accessibles qui permettraient de faire de tels constats. À la SEPAQ et à Parcs Canada, on ne mesure pas la qualité de l’air.

Le ministère québécois de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques estime toutefois qu’il est probable que la diminution de l’activité économique et du transport ait un impact sur la qualité de l’air.

PHOTO BERNARD BRAULT, ARCHIVES LA PRESSE

Coucher au parc national du Bic

« Une analyse poussée et une interprétation des données sont cependant requises, affirme Raphaëlle Savard-Moisan, relationniste au ministère. D’autres facteurs peuvent également influencer la qualité de l’air, tel que la présence d’un fort pourcentage de personnes à la maison, ce qui pourrait augmenter les concentrations de particules fines liées au chauffage au bois. »

Elle ajoute que les conditions météorologiques ont une grande influence sur la qualité de l’air. Les données doivent donc être comparées aux statistiques portant sur plusieurs années pour pouvoir conclure quoi que ce soit au sujet de l’influence de la pandémie de COVID-19 sur la qualité de l’air.

« Cette analyse ne peut pas se faire sur la base d’une seule journée », affirme Mme Savard-Moisan.

Elle souligne finalement que la qualité de l’air est généralement bonne au Québec. On ne prévoit donc pas un changement aussi important que ce qui a pu être observé ailleurs, en Asie notamment.