C’est un peu déstabilisant. Les randonneurs doivent quitter la sécurité du sentier et s’enfoncer dans la forêt.

Marie Tison Marie Tison
La Presse

Pourtant, dans le passé, on leur a répété ad nauseam qu’il fallait toujours demeurer sur la piste (sauf pour procéder à certains besoins bien naturels). Et là, il faut se lancer dans la brousse ? Oui. Parce que c’est dans le cadre d’un cours d’orientation et qu’ils sont armés d’une carte détaillée et d’une boussole.

Un cours d’orientation, une carte, une boussole… est-ce que c’est encore bien utile en cette époque où l’on peut trouver de très bons GPS à des prix raisonnables ?

Francis Falardeau pense que oui. Ce passionné d’orientation a évidemment un parti pris puisque c’est lui qui donne le cours. Mais il est également pompier à la municipalité de Morin-Heights et, à ce titre, il doit souvent participer à des opérations pour aller cueillir des gens perdus ici et là dans la nature. Ces opérations se sont multipliées au cours des dernières années, notamment parce que les gens partent moins préparés en pensant que le GPS les ramènera dans le droit chemin.

« Ça arrive souvent : ils décident d’aller à un sommet pour voir un coucher de soleil, mais au retour, il n’y a plus de batterie, ils se perdent », raconte-t-il.

Il considère que le GPS a une grande utilité, mais essentiellement en cas de pépin. Il recommande de bien l’ajuster, de le fermer et de le ranger au fond du sac.

Lorsque vous êtes sur le mont Washington et que le brouillard est si épais que vous ne voyez pas vos pieds, c’est le temps de sortir le GPS et de le rallumer. Les batteries seront alors totalement chargées.

Francis Falardeau

Évidemment, il faut savoir s’en servir. Il faut aussi savoir quel système de coordonnées utiliser. Parce qu’il y en a un nombre incroyable. Francis Falardeau commence d’ailleurs le cours en distribuant les coordonnées du site où il se déroule : sur une feuille, on trouve plus d’une demi-douzaine de coordonnées, qui réfèrent au même point, mais dans des systèmes différents.

On y trouve le bon vieux système de latitude et de longitude, mais il peut être exprimé de différentes façons : en degré décimal (DD), en degré : minute (DM) ou encore en degré : minute : seconde (DMS).

On y trouve aussi le système UTM (Universal Transverse Mercator), largement utilisé, notamment sur les cartes canadiennes, mais qu’il faut savoir maîtriser. Ce système divise la Terre en 60 zones et reprend les mêmes coordonnées pour chaque zone. Donc, quelqu’un qui ne sait pas dans quelle zone il se situe n’est pas très avancé.

Le MGRS (Military Grid Reference System) utilise les mêmes coordonnées, mais les présente dans un format différent.

Enfin, le gouvernement du Québec utilise un autre système pour ses cartes, le SCOPQ (Système de coordonnées planes du Québec), basé sur le système MTM (Modified Transverse Mercator).

En cas d’urgence, la situation peut facilement virer à la cacophonie : les coordonnées que fournit la personne perdue sont-elles en DD, en DM, en DMS, en UTM, en MGRS ou en SCOPQ ? Il faut qu’elle le sache elle-même.

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, LA PRESSE

Il faut suivre toutes les étapes pour réussir à calculer l’azimut.

Le cours d’orientation aborde une autre question théorique très importante lorsque vient le temps d’utiliser une boussole : la déclinaison magnétique. L’aiguille aimantée de la boussole va toujours pointer vers le pôle Nord magnétique. Le problème, c’est que les cartes sont orientées en fonction du nord géographique. La déclinaison illustre donc, sous forme d’angle, la différence entre les deux pôles. Il faut en tenir compte.

Francis Falardeau propose un truc très simple pour régler le problème et ne plus y penser : il s’agit de trouver la déclinaison de l’endroit où l’on veut aller (c’est spécifié sur toute bonne carte topographique) et d’utiliser un rapporteur d’angle pour tracer sur la carte des lignes qui pointent vers le nord magnétique.

Sinon, on peut ajuster directement la déclinaison sur certaines boussoles. Ou encore, faire un petit calcul avant chaque manipulation. Ce n’est pas nécessairement une bonne idée quand on est dans une situation déjà stressante.

Pour trouver son chemin avec une boussole, il faut avant tout calculer l’azimut, soit l’angle entre la direction de marche et le pôle Nord. Il faut placer la boussole sur la carte, faire en sorte que la plaque de la boussole relie le point de départ et le point d’arrivée, tourner le cadran jusqu’à ce que les lignes du cadran se superposent aux lignes nord-sud nouvellement tracées sur la carte et lire l’angle indiqué sur la ligne de visée de la boussole.

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, LA PRESSE

C’est maintenant le moment de suivre la direction indiquée par la ligne de visée.

Avant de se mettre en marche, il faut tourner sur soi-même jusqu’à ce que la pointe aimantée de l’aiguille se place au-dessus de la flèche d’orientation tracée sur le cadran et suivre alors la direction indiquée par la ligne de visée.

Les risques de se tromper sont très élevées : il est notamment fréquent d’inverser le nord et le sud dans une des manipulations et de commencer à marcher dans la direction opposée. C’est donc une bonne idée d’apprendre la chose sérieusement, soit avec un bon livre, soit avec un professionnel. Et de s’entraîner.

Justement, l’après-midi prend la forme d’une sorte de chasse au trésor : il faut rejoindre divers points marqués sur la carte en utilisant la route la plus judicieuse. Ça veut souvent dire quitter les sentiers et se lancer dans l’aventure. Francis Falardeau suit les participants et multiplie les conseils. En fait, ce qui est particulièrement utile, c’est d’étudier les courbes de niveaux et autres indices de la carte pour reconnaître les caractéristiques du terrain et s’orienter. La direction indiquée par la boussole vient terminer ce travail.

Lorsque les participants découvrent la cible (une bouteille de plastique numérotée, accrochée à un arbre), c’est une petite victoire. Ils ont trouvé leur chemin.