Le petit groupe prépare fébrilement sa fin de semaine : au programme, l’ascension hivernale de Trap Dyke, une voie alpine qui mène au sommet du mont Colden, dans les Adirondacks, et qui nécessite du matériel d’escalade.

Marie Tison
Marie Tison La Presse

Oups, la veille du départ, le Department of Environmental Conservation de l’État de New York (NYDEC) émet un bulletin sur un danger d’avalanche dans la région des High Peaks, qui comprend le mont Colden. En outre, pour se rendre à Trap Dyke, il faut emprunter un sentier de raquette dans Avalanch Pass, une étroite vallée qui ne s’appelle pas ainsi pour rien.

Bref, le groupe d’amis change sa destination.

PHOTO FOURNIE PAR AVALANCHE QUÉBEC

Ligne de fracture après une avalanche dans les Chic-Chocs

De plus en plus d’adeptes de plein air réalisent que les avalanches ne se limitent pas aux Rocheuses et aux grands sommets de l’Himalaya. La mort d’un skieur d’expérience dans les Chic-Chocs il y a une dizaine de jours est venu rappeler ce fait.

« Les Chic-Chocs sont bien connus pour les avalanches, étant donné la concentration de sommets, dont plusieurs dépassent 1000 mètres, indique Dominic Boucher, directeur général d’Avalanche Québec. Cela fait en sorte qu’on a des sommets alpins, au-delà de la ligne des arbres. Ça donne des pentes ouvertes. Et il y a des conditions de neige propices tout l’hiver, avec la fréquence élevée des tempêtes et avec le vent, qui est omniprésent. »

Mais il y a aussi d’autres régions du Québec qui connaissent des avalanches sur une base régulière.

L’an passé, sur six avalanches avec des gens impliqués, il y en a eu trois qui sont survenues dans les Chic-Chocs alors que les trois autres se sont produites sur la Côte-Nord, soit à Franklin et Sept-Îles, et à L’Anse-Saint-Jean, au Saguenay.

Dominic Boucher

L’avant-dernier décès dû à une avalanche au Québec a d’ailleurs eu lieu près de Sainte-Rose-du-Nord, au Saguenay, en 2015. Il s’agissait d’un grimpeur.

Des avalanches peuvent se produire ailleurs au Québec dans des secteurs qui peuvent être fréquentés par des gens qui font du ski, de la raquette ou de l’escalade.

Depuis 1969, il y a eu sept décès dus à des avalanches dans la région de Thetford Mines, notamment sur les pentes formées par les résidus miniers.

« Il y a quelques années, nous avons eu des rapports d’incidents au parc des Grands-Jardins et à celui des Hautes-Gorges, ajoute M. Boucher. Ce n’est pas une réalité spécifique aux Chic-Chocs. »

PHOTO FOURNIE PAR ATTITUDE MONTAGNE

Examen de la neige dans le cadre d’un cours de formation de sécurité sur les avalanches

Les facteurs alarmants

Quelques ingrédients sont nécessaires pour que des avalanches se produisent, à commencer par une pente se situant entre 25 et 45 degrés. Il faut également de la neige en quantité suffisante pour couvrir les irrégularités du terrain, les obstacles au sol.

« Il n’y a plus rien qui arrime cette neige-là au sol », commente M. Boucher.

Un autre facteur peut être la présence de couches de neige plus fragiles qui sont incapables de supporter des couches additionnelles. Ces couches ont pu se transformer dans le manteau neigeux au cours de l’hiver, notamment par des transferts de chaleur ou des transferts d’humidité.

« On donne souvent l’analogie d’une mauvaise fondation de maison, indique M. Boucher. À l’extrême, on peut parler d’une fondation en chips, qui ne peut pas supporter ce qui est au-dessus. »

Une très bonne bordée de neige, soit un chargement rapide, peut aussi servir de déclencheur.

« Dès qu’on dépasse les 25-30 centimètres de neige dans une seule bordée, on peut voir un cycle naturel de tempête et d’avalanche. »

Le centre Avalanche Québec est établi à Sainte-Anne-des-Monts, en Gaspésie. Il émet des bulletins quotidiens sur les risques d’avalanches dans le secteur central des Chic-Chocs.

« Notre souhait serait d’élargir notre zone de prévision », affirme M. Boucher.

Le mont Washington, au New Hampshire, a aussi son propre centre d’avalanche qui émet des bulletins quotidiens. En raison de sa taille et de sa topographie, le mont Washington est un endroit à risque.

Ailleurs dans le Nord-Est américain, les pouvoirs publics comme le NYDEC émettent des avertissements au besoin.

PHOTO TIRÉE DU COMPTE FACEBOOK D’AVALANCHE QUÉBEC

Avalanche Québec offre des formations sur les risques d’avalanche.

Avalanche Québec met beaucoup d’efforts sur la sensibilisation en utilisant les médias sociaux ou en participant à divers évènements axés sur le plein air qui sont organisés dans la province.

« Notre message, c’est de suivre une formation, d’avoir l’équipement approprié [détecteur de victime d’avalanche, pelle et sonde], de savoir s’en servir et de se documenter avant d’aller en montagne pour savoir dans quoi on s’embarque », indique M. Boucher.

Il croit que le message passe.

« On ose croire que ça a son effet parce que malgré l’augmentation exponentielle de la fréquentation du territoire, les incidents et les décès par avalanche n’ont pas significativement augmenté au cours des dernières années. »

Dans le parc national de la Gaspésie, la fréquentation hivernale a connu une énorme croissance de 741 % entre 2001 et 2017.

Le ski de montagne est de plus en plus populaire : en trois ans, la Fédération québécoise de la montagne et de l’escalade a développé une vingtaine de nouveaux sites de ski de montagne.

« Ce ne sont pas tous ces sites qui présentent des risques d’avalanche, mais on sait qu’il y en a », indique M. Boucher.

La motoneige hors-piste connaît aussi une « croissance exponentielle » à l’heure actuelle.

« Ce sont des gens qui vont aussi rechercher des pentes qui peuvent présenter des risques d’avalanche », affirme M. Boucher.

Heureusement, les Québécois sont de plus en plus nombreux à suivre des formations sur les avalanches. Depuis 2016, le nombre d’inscrits à de telles formations a bondi de 44 % au Québec, pour atteindre 800 personnes en 2018-2019.

« À voir la quantité de manuels que nous envoyons aux fournisseurs de formation cette année, on devrait dépasser ce nombre, indique M. Boucher. C’est significatif. »