Lorsqu’ils pensent aux principes de la philosophie Sans trace, la plupart des amateurs de plein air pensent avant tout à la nécessité de rapporter les déchets et de bien éteindre les feux de camp.

Marie Tison Marie Tison
La Presse

C’est un bon début, mais il y a encore bien d’autres choses à prendre en considération. Le programme d’éthique du plein air Sans trace compte en fait sept principes. C’est pour les faire connaître davantage que Rando Québec, en collaboration avec Sans trace Canada, a traduit et adapté un guide d’activités d’abord publié en anglais par le Leave No Trace Centre for Outdoor Ethics, à Boulder, au Colorado. Le nouveau document québécois s’intitule : L’éthique du plein air et les sept principes Sans trace – Guide d’activités.

Quand on croise des randonneurs et qu’on leur pose des questions au sujet de l’éthique en plein air, ils disent qu’ils connaissent ça, que c’est facile, pas de problème. Mais quand on approfondit un peu, on se rend compte que les gens manquent beaucoup d’information.

Patrick Auger, président du conseil d’administration de Sans trace Canada

Le nouveau guide d’activités vise notamment les groupes, les clubs de plein air et les écoles.

« C’est sûr qu’on veut passer par les établissements d’enseignement, c’est une porte incroyable pour le plein air, s’exclame M. Auger. Mais c’est aussi pour monsieur et madame Tout-le-Monde qui s’intéressent aux principes et aux recherches qui ont été faites pour mieux comprendre nos impacts. »

Il rappelle que les principes Sans trace ont été élaborés dans les années 70 aux États-Unis.

« Il y avait eu une augmentation de la fréquentation dans les parcs américains. Les gestionnaires de parcs ont reconnu que c’était une belle chose, mais ils se sont rendu compte que les sentiers subissaient de l’érosion, se faisaient abîmer. Ils ont demandé à des chercheurs de proposer une façon de procéder pour réduire l’impact. Les chercheurs sont donc arrivés avec les sept principes. »

PHOTO DOMINIQUE CARON, TIRÉE DU GUIDE D’ACTIVITÉS L’ÉTHIQUE DU PLEIN AIR ET LES SEPT PRINCIPES SANS TRACE

Il faut bien choisir son emplacement de camping pour protéger l’environnement.

Les principes

Selon Patrick Auger, c’est assurément le premier principe qui est le plus méconnu : la préparation d’une sortie en plein air.

« Beaucoup de gens improvisent, déplore-t-il. Ils ne sont pas au courant de la réglementation, ils ne savent pas s’ils peuvent venir avec leur chien ou s’ils peuvent faire un feu. Ils s’aventurent sans carte, ils se fient beaucoup trop à la technologie. »

Ce type d’attitude peut avoir un impact négatif sur l’environnement.

« Ils ne se préparent pas, ils ont un accident, raconte M. Auger. Il faut qu’une équipe de secouristes vienne les chercher et leur priorité, ce n’est pas l’environnement, c’est de sauver les personnes en détresse. S’il faut piétiner la végétation, ils le feront. »

Le guide d’activités offre une liste pratique des éléments à considérer lorsqu’on prépare une sortie en plein air.

PHOTO DOMINIQUE CARON, TIRÉE DU GUIDE D’ACTIVITÉS L’ÉTHIQUE DU PLEIN AIR ET LES SEPT PRINCIPES SANS TRACE

Les responsables de groupes de plein air peuvent organiser des activités pour faire connaître les principes Sans trace.

Le deuxième principe consiste à utiliser les surfaces durables. Par exemple, camper sur les emplacements officiels, marcher uniquement dans les sentiers. Le fait d’utiliser des raccourcis ou de marcher à l’extérieur d’un sentier parce que celui-ci est boueux abîme la végétation et accélère l’érosion.

Le troisième principe est probablement le plus connu : bien gérer ses déchets. Le guide offre un tableau très instructif sur le temps approximatif que prennent certains déchets à se décomposer en milieu naturel : de trois à cinq semaines pour une pelure de banane, de 450 à 500 ans pour une bouteille en plastique.

PHOTO DOMINIQUE CARON, TIRÉE DU GUIDE D’ACTIVITÉS L’ÉTHIQUE DU PLEIN AIR ET LES SEPT PRINCIPES SANS TRACE

La gestion des déchets est le troisième principe du programme Sans trace.

Le quatrième principe porte sur l’importance de laisser intact ce que l’on trouve. Cela comprend les arbres et les plantes, mais aussi les artefacts culturels.

Le cinquième principe est à la fois connu et méconnu : la gestion des feux.

« Les gens aiment faire des feux de camp, mais ils pensent moins à leur impact : pour aller chercher du bois, il faut piétiner la végétation, indique M. Auger. S’il n’y a qu’une personne qui le fait, ce n’est pas si mal, mais quand on pense à la répétition, à tout le monde qui va chercher son bois, ça vient détruire une zone autour du campement. »

Le sixième principe consister à respecter la vie sauvage alors que le septième rappelle de respecter les autres visiteurs.

Complément d’information

Rando Québec a lancé le projet de traduction et d’adaptation du guide d’activités américain Leave No Trace afin de fournir un outil pédagogique aux Québécois.

« Les Québécois sont sensibles à l’environnement, on le voit bien, mais ils ont juste besoin de connaissances complémentaires, affirme Nicholas Bergeron, directeur technique chez Rando Québec. Le Sans trace, ce n’est pas une approche paternaliste qui dit aux gens comment se comporter en plein air, c’est plutôt une philosophie, une manière d’être. »

En plus de traduire le document initial, il a fallu l’adapter à l’environnement québécois et donc mettre l’accent sur la forêt boréale. Il a également été nécessaire de changer toutes les illustrations.

« Le vieux document, en noir et blanc, visait surtout les scouts, indique M. Bergeron. Il y avait des scouts partout dans les photos. Nous avons voulu représenter une diversité : des gens de différentes cultures, ou encore de différentes corpulences pour qu’on ne pense pas que le plein air, ça ne s’adresse qu’à une certaine élite. »

Rando Québec a veillé à ce que le document lui-même soit irréprochable, environnementalement parlant.

« C’est du papier 100 % recyclé, il n’y a pas de nouvel arbre coupé, lance M. Bergeron. Nous avons voulu être cohérents. »

PHOTO DOMINIQUE CARON, FOURNIE PAR LA MAISON D’ÉDITION

La page couverture du guide d’activités L’éthique du plein air et les sept principes Sans trace.