Un lanceur qui perd le marbre. Une sprinteuse qui trébuche dans les haies. Une patineuse artistique qui tombe à répétition.

Publié le 12 août

Il n’y a aucun plaisir à être témoin de l’effondrement d’un athlète d’élite. Notre seule envie, c’est de changer de poste. Ou de fermer le téléviseur. Or, dans le stade, il n’y a pas de zapette ni d’interrupteur. Et le malheureux, lui, ne peut pas se réfugier sous les estrades pour pleurer en petite boule. Tout le monde est condamné à endurer le malaise, jusqu’à la conclusion de l’épreuve.

Ça s’est produit deux fois, vendredi après-midi, sur le court central du stade IGA. D’abord, pendant la troisième manche du duel entre Hubert Hurkacz et Nick Kyrgios. C’était pourtant un excellent match, hyper serré. 7-6, 6-7. Lorsque Kyrgios a perdu un jeu sur son propre service, au début de la manche ultime, le moteur a pris l’eau. L’Australien était démoralisé. Abattu. Par la suite, il a déployé aussi peu d’énergie que la batterie d’un iPhone de première génération. C’était pénible. Si des spectateurs ont tenté de le recrinquer, d’autres ont hué son manque d’engagement. Il était temps que la partie cesse.

Au moins, dans la rencontre suivante, Félix Auger-Aliassime a joué avec plus d’aplomb. Il a cherché des solutions pour sortir du trou dans lequel il s’était engouffré. Sans succès. Résultat : une des pires défaites de sa carrière professionnelle, 1-6 et 2-6, face à Casper Ruud, quatrième tête de série.

Qu’est-ce qui ne fonctionnait pas ?

Tout.

Son premier service n’avait ni le mordant ni la précision des beaux jours. Le Québécois a commis quatre doubles fautes et remporté seulement 56 % des points sur son premier service. Traduction pour les néophytes : c’est bien en deçà de ses standards habituels. Sur son deuxième service, c’était encore pire : 13 % de succès. Vous ne serez pas surpris d’apprendre que son adversaire a réussi cinq bris.

Pendant les échanges, ce n’était guère mieux. Ici, un smash contré. Là, un smash dans le filet. Tout autour, des coups droits hors des limites. Félix Auger-Aliassime a terminé la rencontre avec 21 fautes directes – l’équivalent de cinq jeux.

Je pourrais continuer à décliner ses statistiques pendant quatre ou cinq paragraphes. Ce serait inutile. Vous avez compris ce qui s’est passé. Ça ne sert à rien de s’acharner sur un athlète au plancher. Surtout pas lorsque la déroute se produit à la maison, dans un tournoi qui ne reviendra pas ici avant deux ans.

Je vous confirme d’ailleurs que Félix Auger-Aliassime était beaucoup plus déçu que ses partisans, après sa défaite.

Comment explique-t-il sa contre-performance ?

« Je pense à ça depuis que le match est terminé. Peut-être que mes attentes étaient un peu trop hautes après [jeudi]. » C’est vrai que dans la partie précédente, face à Cameron Norrie, Auger-Aliassime fut dominant. Surtout au service. « J’essayais de répéter ce que j’avais fait [la veille], plutôt que de juste vivre le moment et juste me battre avec les outils et l’adversaire que j’avais aujourd’hui. »

Était-il trop nerveux ? La chute des autres favoris, le tableau plus ouvert qu’à l’habitude, est-ce que ça lui a joué dans la tête entre jeudi et vendredi ?

« Plus ou moins, a-t-il répondu. Je pense que mon tableau, jusqu’à présent, était difficile. J’ai [affronté] les meilleures têtes de série dans ma partie de tableau. Casper était quand même le joueur le mieux classé parmi ceux qu’il restait dans le tournoi. Je n’osais même pas me projeter [jusqu’à la finale]. Je savais que c’était un match compliqué. Ce fut très compliqué. »

Le sport peut être cruel. Il le fut, vendredi, à Montréal. Sur le coup, c’est triste. Malaisant, même. Mais ces échecs, ces peines, ces déceptions, c’est aussi ce qui rend les victoires subséquentes plus grandes.

Plus belles.

Et plus satisfaisantes.