Du courage. Du leadership. Une solidarité exceptionnelle avec l’Ukraine, ce pays brutalement attaqué par le régime despotique de Vladimir Poutine.

Publié le 21 avril

Voilà comment qualifier la décision des dirigeants du tournoi de tennis de Wimbledon. Dommage pour les athlètes russes et biélorusses, mais ils ne seront pas admis au tournoi de cette année, à moins d’un changement significatif de la situation internationale.

En tranchant aussi vigoureusement, Wimbledon place les autres organisations sportives indépendantes – dont la LNH – sur la sellette. Oseront-elles agir ainsi ? Concluront-elles aussi que la présence d’athlètes de ces pays dans leurs compétitions sert les intérêts de Poutine et diminue l’impact des sanctions sportives déjà prises contre la Russie et son allié biélorusse ?

Dans son communiqué publié mercredi, la direction de Wimbledon cerne en une phrase bien sentie la problématique. Compte tenu de cette agression « injustifiée et sans précédent », il serait « inacceptable que le régime russe tire le moindre bénéfice de la participation de joueurs russes ou biélorusses » au tournoi.

Bien avant d’envahir l’Ukraine, Poutine et la Russie ont utilisé le sport pour promouvoir la réputation du pays sur la scène internationale. Plus de 50 milliards US ont notamment été consacrés à l’organisation des Jeux olympiques d’hiver de 2014 à Sotchi.

On connaît la suite : pour s’assurer de faire bonne figure, les autorités russes ont organisé une immense tricherie, ce qui a conduit au pire scandale de dopage de notre époque. Les Russes étaient prêts à tout pour montrer leur puissance à la face du monde et obtenir un maximum de médailles. Croire qu’ils ont agi ainsi dans un but uniquement sportif est naïf. C’était d’abord et avant tout une décision politique.

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Encore aujourd’hui, des gens estiment que le sport et la politique doivent être dissociés. Cette théorie d’un angélisme absolu est très populaire au Kremlin, comme le démontrent les déclarations cyniques de ses porte-parole depuis le 24 février dernier, date où l’armée russe a franchi la frontière ukrainienne. Dans les jours qui ont suivi, les sanctions des fédérations sportives internationales à l’endroit de la Russie et de la Biélorussie se sont enchaînées.

Si le monde occidental a salué quasi unanimement ces interdits de participation, pourquoi la décision de Wimbledon soulève-t-elle la controverse ? En effet, l’Association des joueurs professionnels de tennis (ATP) a exprimé sa colère en qualifiant ce geste d’« unilatéral » et d’« injuste », ajoutant qu’il était susceptible de créer « un précédent dommageable » pour le tennis.

La réponse à cette question est simple : jusqu’à maintenant, les exclusions concernaient les compétitions internationales où les athlètes russes et biélorusses représentent leur pays : Jeux paralympiques, Coupe du monde de football, championnats du monde…

Au tennis, par exemple, les Russes et les Biélorusses sont exclus de la Coupe Davis et de la Coupe Billie Jean King. Mais ils conservent le droit de participer aux tournois habituels du circuit sous des couleurs « neutres ». De la même manière, les joueurs russes de la LNH s’alignent avec leur équipe même si la Russie est exclue des prochains Championnats du monde de hockey.

PHOTO GEOFF BURKE, ARCHIVES USA TODAY SPORTS

La Biélorusse Aryna Sabalenka

Wimbledon a décrété que des arrangements pareils n’étaient plus acceptables. Selon le quotidien londonien The Times, une autre option a été envisagée : demander aux athlètes russes et biélorusses de soumettre en privé une déclaration écrite dans laquelle ils s’engageraient à ne pas appuyer publiquement l’agression russe en Ukraine. Mais cette perspective a été écartée, car elle aurait pu mettre en danger les membres de leurs familles.

(D’autre part, si des athlètes de ces pays prenaient ouvertement position contre l’agression russe, pourraient-ils participer au tournoi ? Cette possibilité n’a pas été abordée, mais il faut souhaiter que oui.)

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Les doléances de l’ATP me laissent de glace. À un certain moment, le sport ne peut plus faire l’autruche. La Russie franchit depuis des semaines toutes les limites de la décence, comme le montre le carnage de Boutcha. Les sanctions à son endroit doivent être fortes et complètes. Les principes nobles de l’ATP (« participer sous des couleurs neutres ») ne tiennent pas le coup devant la barbarie.

Tout cela est immensément regrettable pour les athlètes russes et biélorusses. Certains d’entre eux sont sûrement en colère contre leur gouvernement. Compte tenu de la tyrannie qui gouverne leur pays, ils ont raison de garder le silence.

Cela signifie-t-il pour autant que nous devons accepter leur présence dans le sport international, ce qui sert les intérêts du Kremlin, bien heureux que certains de ses athlètes les plus connus brillent toujours aux quatre coins du monde ?

Les sanctions économiques font mal à tous les Russes, même aux opposants de Poutine, qui risquent leur liberté en manifestant leur désaccord. C’est évidemment injuste pour ces milliers de gens courageux, mais la communauté internationale a choisi d’envoyer un message sans appel à l’agresseur russe : votre pays est allé trop loin. Pourquoi traiter différemment ses athlètes d’élite ?

Imaginez la scène si les Capitals de Washington remportaient la Coupe Stanley à l’issue des prochaines séries éliminatoires. Le commissaire Gary Bettman remettrait la Coupe Stanley à leur capitaine, Alexander Ovechkin, un partisan de Poutine qui a créé un groupe de soutien en sa faveur en 2017. La vedette des Capitals pourrait ensuite célébrer cette victoire au Kremlin en compagnie de son président. Ces images seraient gênantes pour le circuit.

PHOTO ISAIAH J. DOWNING, ARCHIVES USA TODAY SPORTS

Alexander Ovechkin

Cela dit, je ne m’attends évidemment pas à ce que les Russes soient interdits de présence dans la LNH cette saison. Mais doit-on les réinviter la saison prochaine si l’agression de l’Ukraine se poursuit ? Où trace-t-on la limite ?

Faudra-t-il qu’un autre pays voisin de la Russie soit attaqué ? Faudra-t-il que les Russes rasent d’autres villes ukrainiennes comme ils l’ont fait à Marioupol ? Faudra-t-il que les exactions contre les citoyens et les citoyennes de l’Ukraine se poursuivent ? Faudra-t-il d’autres crimes comme ceux de Boutcha ? Faudra-t-il que les Russes utilisent des armes nucléaires tactiques ?

Combien de temps encore notre plaisir à voir évoluer les athlètes professionnels russes et biélorusses dans les différents sports prendra-t-il le dessus sur la nécessaire solidarité avec l’Ukraine envahie ?

C’est vrai, les athlètes russes ne sont aucunement responsables des actes de leur gouvernement. Mais vient un moment où la réaction occidentale doit être d’une fermeté absolue quitte à faire d’innocentes victimes collatérales.

D’un côté, des Ukrainiens assiégés, bombardés et terrorisés. Des millions de réfugiés, des milliers de morts…

De l’autre, des athlètes russes et biélorusses d’élite, potentiellement privés de compétitions et des revenus afférents.

Désolé, mais les deux n’ont pas le même poids.

Bravo, Wimbledon !