(Pékin) Mes collègues Émilie Bilodeau, Yves Boisvert, Martin Chamberland, Simon Drouin et moi avons fourni un effort olympique pour couvrir le plus grand nombre d’épreuves ici. Mais avec une dizaine de compétitions par jour, réparties sur plusieurs sites, il y a forcément eu quelques angles morts. Des histoires insolites passées sous le radar. Voici un tour d’horizon de ce que vous avez probablement raté au cours des 15 derniers jours.

Publié le 19 février

La meilleure performance des Jeux : Kamila Valieva* et les curleurs italiens

Avec ou sans astérisque ? Avec, le titre revient à la patineuse artistique russe qui a échoué à un test antidopage, Kamila Valieva. Non, pas pour son programme libre, au cours duquel elle est tombée quatre fois. Plutôt pour le concours par équipes, où elle a obtenu 20 % plus de points que sa plus proche rivale. Sur une course d’une minute, dans un autre sport, ce serait une avance de 10 secondes !

Sans astérisque ? Allons-y avec les curleurs italiens du double mixte, qui furent parfaits, avec 11 victoires consécutives. La meilleure des neuf autres équipes du tournoi a perdu… quatre fois !

La pire performance des Jeux : Markus Vinogradovs et Samir Mastiev, combiné nordique

PHOTO LINDSEY WASSON, REUTERS

Samir Mastiev

Plusieurs excellents candidats, comme toujours. Mais on a trouvé nos deux gagnants au combiné nordique, une compétition étrange dans laquelle les athlètes doivent faire du ski de fond et du saut à ski. Markus Vinogradovs et Samir Mastiev furent tellement mauvais au tremplin qu’ils furent les seuls à PERDRE des points pour la distance de leurs sauts !

Les disqualifications des Jeux : les sauteurs à ski

Cinq sauteurs ont été disqualifiés. La raison ? Leurs combinaisons étaient un peu trop amples au goût des juges. Pourtant, parmi ces skieurs, certains avaient déjà utilisé la même combinaison lors d’une épreuve précédente. « C’est une parodie, mais je ne ris pas », a dénoncé le directeur sportif de l’Allemagne. Remarquez, c’est moins gênant que ce qu’a vécu Antoine Gérard au combiné nordique. Sa combinaison était très bien ajustée, sauf qu’elle a fendu tout juste avant son saut. « On n’a pas le droit de sauter avec un trou », s’est désolé le Français, qui a quand même accepté l’évènement avec philosophie. « Il faut avancer. C’est ainsi que va la vie. Il y a pire ! »

L’objet des Jeux : le casque de Yun Sung-bin

PHOTO REUTERS

Yun Sung-bin

Un peu comme les gardiens au hockey, les spécialistes du skeleton aiment décorer leur casque. Le plus beau ? Celui de Yun Sung-bin, identique au masque porté par Iron Man. Ça avait bien servi le Sud-Coréen, en 2018, alors qu’il avait remporté l’or. Or, comme on l’a vu dans Avengers : Endgame, Iron Man ne gagne pas toujours. Eh bien, Yun Sung-bin non plus. À Pékin, il a dû se contenter du 12rang.

Le look masculin des Jeux : Matt Hamilton

PHOTO BRYNN ANDERSON, ASSOCIATED PRESS

Matt Hamilton

La coupe Longueuil, la moustache, les chaussettes de la série animée Rick et Morty : le curleur américain Matt Hamilton semble être un personnage tout droit sorti d’un film des frères Coen. Un look bien assumé ; Hamilton s’attrique ainsi pour donner de la visibilité à l’organisme StacheStrong, qui amasse des fonds pour la recherche sur le cancer du cerveau.

Le look féminin des Jeux : Lucile Lefèvre

PHOTO PHIL NOBLE, REUTERS

Lucile Lefèvre

La planchiste française s’est blessée lors de la descente acrobatique. Incapable de réussir des figures lors de l’épreuve suivante, le grand saut, elle a tout simplement décidé de concourir déguisée en tigresse ! Pourquoi ? « C’est pour le Nouvel An chinois. Tout le monde veut se faire prendre en photo avec moi. C’est super amusant », a-t-elle déclaré au bas de la piste. Vraiment décontractée, Lefèvre a même fait un grand salut de la main PENDANT son saut. À qui ? « Aux juges. Je voulais juste leur dire allô ! »

L’athlète inattendu des Jeux (finaliste) : Dave Ryding

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Dave Ryding

À Pékin, il y avait des skieurs d’un peu partout. Un Haïtien. Un Chypriote. Un Érythréen. Deux Malaisiens. Souvent, ce sont des athlètes qui vivent dans un autre pays, où il y a des montagnes de ski. Mais Dave Ryding, lui, a vraiment grandi dans un environnement hostile au ski alpin : le Lancashire, dans le nord de l’Angleterre. Il a skié sur la neige pour la première fois à 12 ans, et de façon régulière, à 21 ans seulement. Avant ? Il s’entraînait sur des pistes sèches – ou autour de chez lui. « Il n’y avait pas de clôture, et c’était plein de moutons, a-t-il raconté au service d’information des Jeux. Parfois, les moutons traversaient la piste, et si on s’entraînait, eh bien, il fallait attendre qu’ils passent. »

L’athlète inattendu des Jeux (gagnant) : Andre Marcano

PHOTO MARK SCHIEFELBEIN, ASSOCIATED PRESS

Andre Marcano (à droite)

L’été dernier, le bobeur anglais Axel Brown a déménagé à Trinité-et-Tobago. Son objectif : représenter le pays natal de sa mère aux Jeux de Pékin. Pour y parvenir, ça lui prenait bien sûr un coéquipier. Or, où trouver un freineur dans cette île chaude des Antilles ? Il a envoyé un message privé sur Instagram au sprinteur Andre Marcano. « J’ai dû insister un peu, parce que Andre était un peu sceptique au début. Mais ça a fonctionné, car on est ici aujourd’hui. » Réaction de Marcano : « J’ai commencé en octobre seulement, alors tout ça, c’est nouveau pour moi. C’est même la première fois, à Pékin, que je descends la piste comme telle. […] Je dois faire confiance à Axel. Le bobsleigh, c’est comme des montagnes russes. Tu ressens les mêmes choses, mais sans rien voir. J’adore ça ! »

Le moment cocasse des Jeux : le bob brésilien

Restons au bobsleigh, où le duo brésilien a connu quelques ratés lors de sa première descente d’entraînement. Au moment de la poussée, le freineur a glissé et est tombé. Sauf que le traîneau, lui, avait amorcé sa descente. Oh, oh… Le pilote faisait son mieux pour retenir le bob. Le freineur s’est relevé. Il est reparti – pour mieux retomber, cette fois sur le dos. La troisième fois fut la bonne. Pour la petite histoire, en compétition, les Brésiliens ont fini avant-derniers, quelques centièmes de seconde devant les Jamaïcains.

Le moment gênant des Jeux : la flamme éteinte !

Le moment-dont-on-ne-connaîtra-jamais-vraiment-la-vérité : la flamme olympique s’est-elle éteinte, dans la nuit du 12 au 13 février, lorsqu’une tempête de neige s’est abattue sur Pékin ? Une photo prise par le USA Today, devant le stade du Nid d’oiseau, montre clairement que c’est le cas. Le comité organisateur, vous vous en doutez bien, a refusé de le confirmer. Officiellement, « [l’]équipe du Nid d’oiseau affirme que la flamme se porte bien, a écrit le CIO au quotidien américain. Mais peut-être que la neige a nui à sa visibilité ».

La méprise des Jeux : le doigt d’honneur de Daniil Aldoshkin

PHOTO ASHLEY LANDIS, ASSOCIATED PRESS

Daniil Aldoshkin

Enfin, le patineur russe Daniil Aldoshkin, 20 ans, a célébré sa victoire face aux Américains, en demi-finale de la poursuite, d’une façon bien étrange : en levant ses deux majeurs bien haut vers le ciel. Un geste qui n’a pas échappé aux Américains, outrés. Explication du principal concerné : « J’ai levé mes bras. C’est ma première médaille, à mes premiers Jeux olympiques. Je ne voulais rien insinuer. Je suis désolé si j’ai offensé quelqu’un. » Propos renforcés par le président de la Fédération de patinage de la Russie. « Il n’y avait aucun sous-texte dans ce geste. Au nom de notre fédération, veuillez accepter nos excuses officielles. » Affaire classée. Si seulement ça pouvait toujours être aussi simple, avec les dirigeants russes…

Avec des informations d’abord relayées par le service d’information des Jeux olympiques, Francs-Jeux, RT, BBC News, The Guardian et USA Today