(Pékin) À 15 ans, Maxence Parrot avait un rêve assez simple. « Je voulais juste voyager autour du monde, faire du snowboard, gagner de l’argent et ne pas aller à l’école », raconte-t-il, le sourire en coin. La compétition ? Ce n’était même pas une arrière-pensée. « Je voulais juste vivre de mon sport. »

Mis à jour le 15 février

Douze ans plus tard, le planchiste québécois est triple médaillé olympique. Il a remporté l’or, la semaine dernière, en descente acrobatique. L’argent, à PyeongChang, aussi en descente acrobatique. Et le bronze, mardi, au grand saut, au terme de ce qui fut, selon lui, « une des plus grandes finales de l’histoire du snowboard ».

Alors, comment se sent-on, avec trois médailles, de trois couleurs différentes ?

« Je ne sais même plus quoi penser. J’ai énormément dépassé mon rêve… »

Cette troisième médaille aura été la plus difficile à gagner. L’après-midi ne s’est pas passé exactement comme prévu. Ses adversaires ont démarré en force. Maxence, lui, a chuté. Il a dû s’ajuster. Réviser sa stratégie. Sortir sa calculatrice, même, pour calculer ses chances de gagner. C’était stressant. J’ai même vidé le bac de biscuits, dans le centre de presse, au bas de la piste. Imaginez Maxence, en haut de la plateforme…

Justement, Maxence, peux-tu nous raconter comment tu as vécu cette compétition complètement folle ?

Le premier tour

Du haut de la plateforme, Maxence regardait les grosses notes tomber, les unes après les autres. Comme des résultats à un examen d’éducation physique à choix de réponses.

92. 89. 89. 87. 83. 82. 80.

Ses adversaires enchaînaient les sauts spectaculaires. Surtout des 1800 degrés, une figure difficile, mais très payante aux yeux des juges. Comme Maxence avait terminé en tête des qualifications, il était le dernier à descendre la piste. La pression montait.

« C’est dangereux de regarder les pointages des autres, explique-t-il. Ça te stresse. Tu te dis qu’après, il faut que tu aies 95 ou 96. Tu dois rester concentré, faire tes affaires, et ne pas trop regarder les autres. Je connais les autres riders. Je savais exactement ce qu’ils allaient faire. Sauf que de les voir quasiment tous [réussir] des 1800, je ne m’attendais définitivement pas à ça. »

Parrot a lui aussi choisi un 1800 audacieux. « J’étais trop lent. Je n’ai pas été capable d’atterrir comme il le faut. J’ai crashé. » Résultat : 28,25 points. Loin, très loin de la note de passage. Comme le pointage final est constitué des résultats des deux de trois sauts, « ça m’a mis beaucoup de pression pour la suite ».

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, LA PRESSE

Maxence Parrot a chuté à son premier saut.

Après un tour

1. Chris Corning, États-Unis : 92,00

2. Yiming Su, Chine : 89,50

3. Mons Roisland, Norvège : 89,25

9. Maxence Parrot, Canada : 28,25

Le deuxième tour

Les adversaires de Maxence Parrot ont continué d’enregistrer des résultats spectaculaires. Ce fut notamment le cas de Yiming Su, déjà dans le trio de tête, qui a réussi un saut de 93 points. Dès lors, Maxence Parrot se doutait que ses chances de gagner l’or venaient de fondre.

Su, 17 ans, est la vedette montante du surf des neiges. « Il y a deux ans, je ne le connaissais même pas, a reconnu Maxence. Mais il s’améliore vite, vite, vite. » Comment ? En étudiant les sauts du Québécois, et ceux d’un autre planchiste canadien, Mark McMorris. « Ce sont mes idoles », a raconté le jeune Chinois après la course. « Ça m’a fait un petit velours d’entendre ça, a confié Parrot. Il m’a dit que je suis celui qui l’a forcé à se dépasser au cours des dernières années. Je lui ai répondu : maintenant, c’est toi qui vas me pousser à faire mieux. »

Pour son deuxième saut, Parrot a retenté celui qu’il avait raté quelques minutes plus tôt. Cette fois, il l’a réussi. Presque à la perfection. Les juges l’ont récompensé avec une note de 94, la deuxième plus élevée de la journée. « C’était ma meilleure descente de la semaine. J’étais vraiment fier de celle-là. »

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Après deux tours

1. Yiming Su, Chine : 182,50

2. Mons Roisland, Norvège : 165,00

3. Niek van der Velden, Pays-Bas : 162,00

10. Maxence Parrot, Canada : 94,00*

*Lorsqu’un planchiste effectue deux fois le même saut, seul son meilleur résultat compte.

Le troisième tour

Entre les deux derniers sauts, Maxence Parrot a dû réviser sa stratégie.

« J’ai sorti ma calculatrice et fait des calculs. Mon but initial, c’était d’y aller pour l’or. Je savais que ça prenait un autre 1800. Le deuxième 1800 que je voulais faire, je l’avais tenté quelques fois à l’entraînement, mais je te dirais que j’atterrissais une fois sur deux. Là, il ne me restait qu’une descente. Si j’atterrissais, je gagnais. Si je n’atterrissais pas, c’était fini. Pour moi, c’était trop risqué. Je préférais assurer ma place sur le podium. »

Il a donc opté pour un saut plus conservateur. Un 1620 degrés, qu’il avait réussi toute la semaine. « Je savais que cette stratégie allait me priver de l’or, mais que la médaille d’argent, elle, était possible. »

Pour le dernier tour, l’ordre des participants change. Les planchistes descendent selon le classement intermédiaire inversé. Parrot était donc parmi les premiers à s’élancer. Son saut fut… correct. « J’espérais un plus bel atterrissage », a-t-il convenu. Les juges aussi. Leur note : 75. « Ce n’est pas beaucoup. Avec un plus bel atterrissage, j’aurais probablement eu 82 ou 83. Et j’aurais été très confiant [pour la médaille d’argent]. Mais là ? Je n’étais pas confiant. J’étais très nerveux. Je me disais : ouuuuh, est-ce que ça va tenir jusqu’à la fin ? »

Puis tout a déboulé. L’Américain Corning fut ordinaire. Le Japonais Otsuka a chuté. Le Norvégien Kleveland s’est planté. Le Néerlandais van der Velden aussi. Seul le Norvégien Mons Roisland a réussi à se faufiler entre Su et Parrot, par un tout petit point et demi. La prudence du planchiste de Bromont fut donc payante. « Je suis vraiment fier de ma stratégie », s’est-il félicité après la course.

Classement final

1. Yiming Su, Chine : 182,50

2. Mons Roisland, Norvège : 171,75

3. Maxence Parrot, Canada : 170,25

Maxence Parrot était fier, aussi, de ne pas s’être laissé abattre par la sortie odieuse de son coéquipier Mark McMorris, qui estimait plus tôt cette semaine que le Québécois n’aurait pas dû gagner l’or à la descente acrobatique, en raison d’une erreur qui a échappé aux juges.

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Maxence Parrot a remporté la médaille de bronze à l’épreuve du Big Air

« Ce fut un gros défi pour moi de devoir oublier tout ce drame-là. J’ai été capable de mettre ça de côté, et de ne pas laisser cette négativité-là m’affecter pendant les Jeux olympiques. Après aujourd’hui, le Big Air, ce sera seulement dans quatre ans. Tu ne veux pas avoir un regret et te dire : tabarouette, s’il n’y avait pas eu ça, j’aurais peut-être pu mieux faire. Toutes ces dernières années, passées avec mon psychologue sportif, m’ont appris à être fort mentalement, et à être capable de gérer des situations comme celle-là. »

Très satisfait de sa quinzaine olympique, Maxence Parrot a maintenant hâte de retrouver les siens – et de déboucher une bouteille de champagne. Ou deux. Ou trois. En tout cas, il l’a dit quatre fois pendant le point de presse. Ça va fêter fort chez les Parrot.

Et après ce toast de la victoire, quels sont les plans ?

« Un nouveau chapitre m’attend. Je serai papa dans quelques mois. Je suis extrêmement heureux. Je vais mettre le snowboard de côté pour un instant, mais c’est sûr que je vais continuer. »

« C’est ma passion. »