(Pékin) Elle s’appelle Sarah Fillier. Elle a 21 ans. Elle étudie en psychologie. Elle aime cuisiner, voyager, écouter de la musique et regarder des émissions de téléréalité. Une jeune femme comme les autres – à un détail près.

Publié le 5 février

Elle est la meilleure hockeyeuse de sa génération.

Son tir est puissant. Son coup de patin, envoûtant. Sa vision du jeu, étourdissante. Des atouts qui font d’elle le plus bel espoir du hockey féminin canadien depuis 10 ans.

« Elle est électrique », s’exclame sa coéquipière Sarah Nurse.

« Elle a plus de talent que moi [au même âge] », s’enthousiasme son idole de jeunesse, Marie-Philip Poulin. Un beau compliment, considérant qu’à 21 ans, l’attaquante québécoise comptait déjà une sélection dans l’équipe d’étoiles des JO et huit buts aux Championnats du monde.

En fait, je ne me souviens pas d’une autre joueuse ayant eu un tel impact, si jeune, à ses débuts aux Jeux. Jeudi, lors de sa toute première période aux JO, contre les Suissesses, Sarah Fillier a inscrit deux buts et préparé celui de Natalie Spooner. Samedi, malgré l’absence de sa partenaire de trio Mélodie Daoust, la comète blonde a encore marqué deux buts, cette fois contre les Finlandaises, dans un massacre de 11-1.

PHOTO MATT SLOCUM, ASSOCIATED PRESS

Natalie Spooner (24) et Sarah Fillier (10) lors du match contre la Suisse, le 3 février 2022

Et quels buts ! Le premier, sur un tir du poignet foudroyant. Le second, d’un lancer du revers dans la lucarne. Renversant – sauf pour les spectateurs chinois, restés stoïques.

De deux choses l’une. Ou bien ces partisans ont regardé en boucle la Coupe Canada 1987, et plus rien ne les impressionne. Ou bien ils n’ont absolument aucune idée de ce qui se déroule sous leurs yeux.

Mais pour l’œil averti, ou même occasionnel, impossible d’être insensible au talent déployé par Sarah Fillier contre la Suisse et la Finlande, deux équipes parmi les cinq meilleures au monde. Dans ces deux matchs, elle a cadré 15 tirs, et présenté un différentiel de + 8. Des chiffres surréalistes, dans une compétition de ce niveau.

Être jeune comme elle, arriver sur une scène comme celle des Jeux olympiques et démontrer son talent ainsi, c’est incroyable. Elle est prête. Elle est confiante. Elle parle de plus en plus dans le vestiaire.

Marie-Philip Poulin

C’est comme si Fillier avait trouvé un raccourci vers le sommet de la courbe d’apprentissage. « Vous demande-t-elle quand même des conseils ? », ai-je demandé à la vétérane Brianne Jenner, qui a réussi un tour du chapeau contre les Finlandaises.

« Ha ! Ha ! Ha ! Ce serait plutôt à moi de lui demander des trucs pour marquer plus de buts ! »

« [Sarah] est super », renchérit l’entraîneur-chef du Canada, Troy Ryan. « Elle m’impressionne depuis le début de la saison. Elle joue de la bonne façon. Elle est rapide. Elle est dangereuse. Elle aime marquer des buts, et elle sait comment s’y prendre. »

Et visiblement, elle gère mieux la pression que d’autres. Plus tôt cette semaine, des journalistes canadiens l’ont surnommée la Connor McDavid du hockey féminin. Cette comparaison avec un homme était-elle vraiment nécessaire ? Ça a fait tiquer Marie-Philip Poulin. « Elle peut être la Sarah Fillier du hockey féminin, tout simplement. »

Un collègue a rappelé à Poulin qu’au début de sa carrière, elle-même avait déjà été comparée à Sidney Crosby. Est-ce mettre trop de pression sur les jeunes joueuses ? L’attaquante québécoise ne semblait pas s’en faire pour sa jeune coéquipière. « Tu apprends à gérer ça. Oui, c’est de la pression. Mais c’est un privilège aussi. »

Un court mot en terminant sur la victoire de 11-1, samedi : les Canadiennes ont cadenassé les Finlandaises dans le fond de leur territoire, avec un échec avant soutenu de la première à la dernière minute. Cette pression a causé un nombre démesuré d’interceptions, dont certaines ont mené à des buts. Si les Canadiennes peuvent maintenir ce rythme de jeu pour encore une semaine, leurs chances de battre les Américaines sont bonnes.

Gagner ensemble, perdre ensemble

Autant l’équipe de hockey est tricotée serré, autant celle de patinage courte piste s’est effilochée, samedi, après sa disqualification en finale du relais mixte.

PHOTO BERNAT ARMANGUE, ASSOCIATED PRESS

Petra Jászapáti et Florence Brunelle lors de leur chute

Florence Brunelle, 18 ans, a tenté un dépassement par l’intérieur. Elle a poussé un peu trop, et touché la lame de son adversaire hongroise. Une erreur. Son coach, Stéphane Cros, ne lui en voulait pas. « Quand on veut gagner, il faut y aller, il faut prendre des risques. Et des fois, ça ne marche pas. Quand ça fonctionne, on est content. Quand ça ne marche pas, il faut l’accepter et recommencer. »

Sauf que sur le coup, les patineurs, justement, ne l’ont pas accepté. Florence Brunelle est arrivée seule dans la zone mixte et a délibérément ignoré le contingent de journalistes canadiens. Les hommes, frustrés, ont suivi quelques minutes plus tard, et l’ont imitée.

Témoin de la scène, Kim Boutin a agi en leader et en a pris une pour l’équipe, en acceptant d’être la seule à répondre aux questions de la presse écrite. Merci, d’ailleurs.

« C’est crève-cœur [pour Florence], a commenté la triple médaillée olympique. Ça m’est arrivé aussi à mes premiers Jeux, aussi avec le relais. Nous avions subi une disqualification à cause de moi. Dans un relais, on prend tous la responsabilité. Pour nous, c’était vraiment important d’avoir un bon échange de l’autre côté. Dans cette situation-là, ç’aurait été mieux de rester calme. Mais on s’était dit au début qu’on voulait tout donner. Ce sont des risques qu’on prend. Ça arrive. C’est vraiment dommage. »

Je souligne : « on prend tous la responsabilité ». Des paroles sages, dont ses coéquipiers devraient s’inspirer pour la suite des choses. Dans un sport d’équipe, on gagne ensemble. On perd ensemble. Et surtout, on affronte l’adversité ensemble.

Le succès en dépend.