Kent Hughes s’est exprimé avec l’assurance d’un directeur général à sa première sortie publique devant les fans du Canadien. Mais la question demeure : en aura-t-il les responsabilités ?

Publié le 20 janvier

Impossible de répondre à cette question pour l’instant. Seul l’avenir nous dira s’il exercera un véritable pouvoir décisionnel ou s’il sera l’adjoint « glorifié » de Jeff Gorton, le grand patron hockey de l’équipe.

Cela dit, Hughes a fait excellente impression lors de ce premier contact avec les journalistes. Réglons tout de suite un enjeu crucial : son français est excellent et il relève haut la main le test du bilinguisme. Au-delà de la langue, il a aussi énoncé avec clarté une ébauche de sa vision. Son désir de transformer le Canadien en « organisation très moderne » m’est apparu, pour deux raisons, le point d’ancrage de ses propos.

D’abord, cela confirme que Hughes connaît bien les lacunes du Canadien, une institution hyper conservatrice qui semble à la traîne des bouleversements dans le hockey professionnel. Son utilisation modeste des statistiques avancées et le manque d’efficacité de son système de recrutement en sont une preuve.

Ensuite, Hughes envoie ainsi un message fort : le Canadien ne veut plus se contenter de suivre la parade. L’objectif est d’innover et d’utiliser les meilleures pratiques de l’industrie, notamment dans l’évaluation des joueurs.

Le nouveau DG a cité des formules chocs pour renforcer son message, comme « le caractère est un talent » et « la familiarité apporte la connaissance ».

Avec des mots simples et justes, il a évoqué la nécessité de créer un environnement où tous les membres de l’organisation fonceront dans la même direction. On a senti le gestionnaire aguerri pour qui l’ambiance au travail est une composante essentielle du succès.

Tout cela est rafraîchissant. En fait, je n’ai pas entendu un dirigeant du Canadien s’exprimer avec autant de profondeur depuis longtemps. Je n’en doute pas un seul instant : Hughes a sûrement fait forte impression durant le processus d’entrevues. La capacité de communiquer est un atout clé dans ce type d’exercice, et le Québécois est manifestement champion à ce chapitre.

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Après avoir dit tout cela, il faut néanmoins regarder la réalité en face. Hughes a très peu d’expérience pour occuper ce poste névralgique dans une organisation aussi célèbre.

Oui, sa carrière d’agent est une réussite. Mais il n’a jamais travaillé pour une équipe de hockey professionnel, n’a jamais réalisé une transaction, n’a jamais supervisé le secteur du recrutement et n’a jamais été le supérieur d’un entraîneur-chef. Il a été le conseiller de nombreux joueurs, mais n’a jamais été leur patron.

Kent Hughes fera donc ses classes avec le Canadien. Il a beau avoir un solide palmarès dans le sport, la marche est très haute.

J’espère qu’il aime la pression, car celle-ci sera beaucoup plus forte sur lui que sur Gorton. Pourquoi ? Tout simplement parce que le VP aux opérations hockey ne parle pas français et, par conséquent, ne sera pas connecté comme Hughes sur l’humeur des amateurs et des médias francophones.

(On a d’ailleurs eu droit à un moment symbolique durant cette conférence de presse. Geoff Molson a demandé à un journaliste lui ayant posé une question en français s’il pouvait répondre en anglais pour inclure Gorton dans la conversation. Il faudra s’y habituer, c’est la nouvelle réalité du Canadien. Désolé si vous n’êtes pas d’accord avec moi, mais je perçois cela comme un recul.)

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Au cours des dix dernières années, le Canadien a été dirigé par Marc Bergevin, un ex-défenseur de la LNH. Celui-ci s’est entouré d’autres anciens joueurs, comme Rick Dudley et Scott Mellanby, qui ont occupé des postes importants à ses côtés.

L’entrée en scène du duo Gorton-Hughes marque une rupture brutale avec ce passé récent. Aucun des deux n’a joué dans la LNH. Leurs apprentissages, leurs expériences, leurs réussites et leurs échecs sont donc très différents. Cela apportera au Canadien une perspective fraîche.

Étant donné les défis gigantesques qui attendent l’organisation, cette nouvelle approche est une bonne idée. Bravo à Geoff Molson de l’avoir mise en place.

Comment Gorton et Hughes travailleront-ils ensemble ? Chose certaine, ils se connaissent depuis longtemps et s’apprécient. J’ignore si, parmi les dix autres personnes considérées pour le poste de DG, certaines estiment aujourd’hui que l’embauche de Hughes était dans les cartes depuis l’entrée en poste de Gorton et qu’elles n’avaient aucune chance véritable d’être choisies. Si c’est le cas, je les comprends de penser ainsi. Une fois que Hughes s’est déclaré disposé à faire le saut, l’affaire a semblé entendue.

Hughes a d’ailleurs paru irrité lorsque mon collègue Simon-Olivier Lorange a, avec raison, talonné Gorton à ce sujet. Hughes s’est interposé dans l’échange : « Je ne serais pas ici aujourd’hui si je n’avais pas confiance en mes capacités d’être le directeur général du Canadien. » Il a ajouté qu’il ne doutait pas que Gorton n’était pas le seul favorable à sa nomination, les autres membres du comité de sélection partageant cette opinion.

Au-delà du fond des répliques de Hughes, j’ai surtout été impressionné par son désir de placer dans les paramètres qu’il croit justes son arrivée chez le Canadien. Cela montre un homme alerte, vigoureux et soucieux de défendre ses intérêts.

Si Hughes montre les mêmes qualités comme directeur général, l’organisation pourrait connaître un rebond plus rapide qu’anticipé. Dans ce milieu coupe-gorge, le cran est un atout essentiel.

Alors bonne chance, Kent Hughes. Je vous souhaite du bonheur dans votre nouveau poste et du succès avec le Canadien. J’espère surtout que vous aurez les coudées franches pour agir.