Daniel Brière et Roberto Luongo sont jeunes et ambitieux. Kent Hughes et Émilie Castonguay sont des négociateurs aguerris. Mathieu Darche et Stéphane Quintal connaissent les rouages de la Ligue nationale de hockey et sa convention collective. Patrick Roy et Danièle Sauvageau sont des gestionnaires d’expérience, qui ont remporté les plus grands honneurs.

Publié le 5 janvier

Tous ont des atouts pour devenir le prochain DG du Canadien.

Qui sera choisi ?

D’abord, il faut savoir ce que le club cherche. Le président Geoff Molson et le vice-président exécutif aux opérations hockey, Jeff Gorton, ont glissé quelques indices en conférence de presse. On sait que la personne retenue devra :

  • avoir « une excellente connaissance du hockey et de l’industrie » ;
  • avoir une expertise « complémentaire » à celle de Gorton ;
  • avoir un profil « un peu en dehors de la boîte », selon Gorton ;
  • être bilingue ;
  • mener les discussions avec les autres DG. « Le DG sera le responsable des décisions finales de l’équipe », a assuré Molson.

Un profil complémentaire. En dehors de la boîte. Des idées neuves. Ça plaide en faveur des agents de joueurs. De Mathieu Darche, aussi, qui grandit dans une culture d’entreprise différente au sein du Lightning de Tampa Bay. Mais c’est également le profil d’un homme qu’on voit presque tous les jours dans notre téléviseur.

Marc Denis.

Marc Denis est un analyste de hockey exceptionnel. Le meilleur que j’ai vu en français à la télévision. Il pourrait continuer de briller ainsi jusqu’à sa retraite. Or, il a d’autres ambitions avouées.

En 2019, l’ancien gardien de la LNH m’avait confié son intérêt pour un poste dans les opérations hockey d’une équipe. « Ce n’est pas impossible que je me dirige de ce côté-là un jour. La gestion, ça m’intéresse. »

C’est pourquoi, en marge de son travail à RDS, il était, jusqu’en novembre, vice-président des opérations hockey des Saguenéens de Chicoutimi. Non, ce n’était pas qu’un titre honorifique pour rehausser le prestige de l’organisation.

« Marc n’était pas qu’un prête-nom », m’a indiqué le directeur général et entraîneur-chef des Saguenéens, Yanick Jean. « On s’entend, il ne coachait pas le club. Mais on se parlait quasiment tous les jours. Il aime être impliqué. Il aime être dans l’action. C’est un homme très intelligent, qui a de bonnes idées, et qui travaille en équipe. »

Les deux hommes ont travaillé ensemble pendant six ans.

« Marc s’intéresse au développement et au recrutement. Ça fait partie de ses forces. Il a aussi des qualités de communicateur qui sont essentielles pour le poste de DG du Canadien. Peu de gens ont sa facilité pour livrer un message de la bonne manière, sur le bon ton, dans les deux langues. »

L’adjoint au commissaire de la LHJMQ, Martin Lavallée, connaît lui aussi très bien Marc Denis. Les deux furent coéquipiers dans le hockey mineur, et ils ont partagé le même casier à l’école.

« Marc, c’est un gars rigoureux. Très intelligent. Toujours bien préparé. Il ne saute jamais d’étape. Il veut bien faire les choses. » Autrement dit, un premier de classe. D’ailleurs, Denis a été nommé joueur-étudiant de l’année dans le midget AAA et dans la LHJMQ. Martin Lavallée renchérit. « Côté hockey, c’est un très bon évaluateur de talent. Là-dessus, il n’a rien à envier à d’autres candidats. Sa connaissance de la convention collective n’est peut-être pas sa force. Sauf qu’il est tellement intelligent, je suis convaincu qu’il apprendrait très vite. »

Son intelligence. Sa rigueur. Son désir du travail bien fait. Ce sont quelques-unes des qualités qui ont convaincu le gouvernement de la Coalition avenir Québec de lui confier la présidence du comité sur l’avenir du hockey québécois. Marc Denis a impressionné ses nouveaux collègues grâce à son leadership, sa droiture et son écoute. Comme me l’a souligné un membre du comité : « [Marc] peut être à la fois poli et challengeant. Deux grandes qualités pour un leader. »

Le commissaire de la LHJMQ, Gilles Courteau, ne siège pas au comité. Mais il m’a confirmé que Marc Denis avait quand même pris le temps de l’appeler, après sa nomination, pour connaître ses idées. Un geste apprécié.

PHOTO PATRICE LAROCHE, ARCHIVES LE SOLEIL

Gilles Courteau, commissaire de la LHJMQ

« Marc est un gars avec une très bonne tête, affirme Gilles Courteau. Il est hyper intelligent. Il est capable de prendre la place qui lui revient, sans empiéter sur le territoire des autres. » Un trait de caractère important, dans le contexte où le futur DG du Canadien travaillera en binôme avec Jeff Gorton.

« À Chicoutimi, il n’a jamais fait ombrage à l’autorité de Yanick Jean ou Rénald Nepton. S’il était nommé chez le Canadien, il s’intégrerait très bien et [respecterait] son rôle et ses nouvelles tâches. Au fil du temps, il serait capable de mettre sa couleur. »

Après sa carrière de hockeyeur professionnel – près de 350 matchs dans la LNH –, Marc Denis a vite fait le saut comme analyste à la télévision. Une transition rapide, et réussie, qui démontre sa capacité à s’adapter à un nouvel environnement. Comme bien d’autres, Nicolas-Étienne Côté, producteur senior à RDS, est impressionné par le talent de son collègue.

« Je lui dis souvent à la blague : ‟Marc, tu es le premier que je rentre dans la machine à clones !” Au-delà de ses qualités visibles à l’écran, il est très impliqué. Comme producteur, généralement, il faut [prendre] le lead. Mais Marc, lui, arrive souvent avec des idées. »

Des exemples ?

L’utilisation des statistiques avancées. Un domaine d’ailleurs cher à Jeff Gorton, qui souhaite moderniser ce département chez le Canadien.

Nous avons été les premiers au Québec à offrir des statistiques avancées dans nos reportages. Marc a vraiment été dans les premiers à pousser pour ça.

Nicolas-Étienne Côté, producteur senior à RDS

Denis a aussi démontré un intérêt pour ces données dans son rôle avec les Saguenéens. « Je ne sais pas jusqu’à quel point il croit qu’il faut baser les décisions de hockey là-dessus, mais il a une grande ouverture. Il est fervent de ça. Il est aussi à l’affût de toutes les nouvelles tendances. Il était en avant de la parade pour parler des nouveaux patins des gardiens, ou de la palette trouée de Bauer. »

Derrière le travail de Marc Denis en ondes, il y a une somme de travail importante, précise Nicolas-Étienne Côté. « Quand il fait son palmarès des gardiens, il appelle des entraîneurs des gardiens dans la LNH. Ensuite, il fait son idée. Il est professionnel. Il est exigeant dans sa façon de préparer ses dossiers. C’est aussi un homme qui a des principes. S’il a des trucs en tête, il est capable de tenir son point, mais il va toujours le faire de façon respectueuse. »

Le descripteur Pierre Houde, qui travaille et voyage sur la route avec Marc Denis, m’a parlé en bien de son collègue pendant une demi-heure. Il est d’avis que le Canadien doit lui offrir un poste important au sein des opérations hockey. Il en a d’ailleurs glissé un mot au principal intéressé, récemment, lors d’un souper à Washington.

PHOTO BERNARD BRAULT, ARCHIVES LA PRESSE


Pierre Houde et Marc Denis

« Je lui ai demandé : ‟Marc, est-ce que je te perds cette année ?” Son morceau de bœuf a passé tout droit [rires]. Il m’a répondu : ‟Qu’est-ce que tu dis là ?” C’était avant les changements à la direction du Canadien, mais tout le monde se doutait que ça s’en venait. Je lui ai dit : ‟Écoute, Marc, la direction du Canadien ne peut pas ne pas te considérer pour un poste dans la structure des opérations hockey.” Est-ce que c’est comme directeur général ? Comme directeur du recrutement ? Dans le développement des joueurs ? Je pense que Marc peut être une excellente ressource à ces échelons-là. »

« J’insiste : pour moi, ce serait extrêmement triste de le perdre. Sur le plan professionnel, mais surtout sur le plan de la complicité humaine. Moi, ma passion, ce n’est pas le hockey. Ma passion, c’est mon métier. Mais Marc, lui, sa passion, c’est le hockey. […] Je l’observe regarder le talent. Je le regarde analyser un match. J’ai vu l’ardeur qu’il mettait dans son travail avec les Saguenéens. […] Je suis convaincu que Marc doit être considéré, et je suis convaincu que ça doit le brûler à l’intérieur. »

Avec raison.

Pensez-y : Marc Denis n’a que 44 ans. Il est curieux. Intelligent. Éloquent. Capable de s’adapter. À l’écoute des autres. C’est un triple champion du monde. Un ancien joueur de l’organisation, qui excelle dans l’évaluation des joueurs, qui est sensible au hockey québécois et qui possède une fine connaissance du marché médiatique.

Marc Denis comme futur DG du Canadien ? Il coche toutes les cases.