Quatre matchs. C’est la suspension imposée à Mark Scheifele, des Jets de Winnipeg, pour son attaque brutale envers Jake Evans, du Canadien de Montréal.

Publié le 4 juin 2021

Alors, est-ce trop ? Ou pas assez ?

Ceux qui boivent le Kool-Aid de la Ligue nationale de hockey vous répondront que c’est une sanction juste. La troisième quant à la longueur cette année. La punition la plus sévère pour un geste d’agression depuis 2016. Soit. Sauf que c’est se satisfaire de peu. De très peu, même. Ainsi, Mark Scheifele sera de retour au jeu dès vendredi prochain.

Jake Evans, lui ?

J’en doute.

Les peines bonbons imposées par la Ligue nationale sont gênantes. Tout autant que l’insoutenable légèreté avec laquelle son département de la sécurité des joueurs traite ses dossiers. Presque toutes les sanctions sont identiques. Un match. Deux matchs. Trois matchs. Quatre matchs. Après, pourquoi trois matchs, plutôt qu’un ? Ce n’est jamais clair. Parfois, je me demande si les dirigeants ne chiffonnent pas quatre boules de papier avant de les mettre dans un sac de Scrabble pour en piger une au hasard…

Cette saison, seulement deux joueurs ont été suspendus plus de quatre matchs. Pourtant, il n’y a pas eu pénurie de coups vicieux et violents. Ça veut donc dire que les agresseurs reviennent presque tous au jeu moins d’une semaine après leur attaque. Ce qui n’est pas toujours le cas de leurs victimes.

Des exemples ?

  • Zach Hyman a raté 11 matchs après avoir reçu un coup de genou d’Alexander Edler, suspendu 2 matchs ;
  • Brandon Carlo s’est absenté 10 matchs à la suite d’une mise en échec illégale de Tom Wilson, suspendu 7 matchs ;
  • Tobias Bjornfot a manqué huit parties, après un coup de coude de Chandler Stephenson, suspendu trois rencontres ;
  • Matt Roy, victime d’une commotion cérébrale à la suite d’une mise en échec par derrière de Kevin Fiala, a raté cinq matchs. Fiala ? Trois.
  • Justin Faulk, lui, n’est jamais revenu au jeu avant l’élimination de son équipe après un coup à la tête de Nazem Kadri.

En fait, les peines sont rendues tellement clémentes qu’elles n’ont plus aucun effet dissuasif. Et ça, c’est un gros problème.

Comment mettre fin à cette escalade de violence ?

La solution la plus simple, ce serait l’imposition de peines plus sévères. Pensez à 10, 15 ou 20 parties pour une agression. Avec une perte de salaire proportionnelle, plutôt que l’amende maximale de 5000 $. Dans le cas de Mark Scheifele, une suspension de 10 matchs en saison (plutôt qu’en séries) représenterait une perte de salaire de 660 000 $. Quinze matchs ? Plus de 1 million. Soudainement, on y pense deux, trois ou quatre fois avant d’attaquer un adversaire vulnérable.

C’est mieux pour la LNH que l’autre solution : les tribunaux. Mon collègue Yves Boisvert y consacre sa chronique du jour dans la section Actualités. Un texte éclairant.

À ce sujet, sachez que l’immunité sportive est un mythe. Elle n’existe pas. Les hockeyeurs de la LNH peuvent bel et bien être poursuivis. C’est rare, mais c’est déjà arrivé. Marty McSorley a été reconnu coupable d’attaque armée pour avoir assené un coup de bâton à Donald Brashear. Dino Ciccarelli a été condamné à une journée de prison pour s’en être pris à Luke Richardson. Dans les années 1970, le procureur général du Québec avait déposé des accusations contre Rick Jodzio, après une attaque contre Marc Tardif, dans une partie de l’Association mondiale de hockey.

Plus récemment, il y a eu plusieurs cas impliquant des hockeyeurs amateurs. Même ici. En avril, dans le Nord-du-Québec, un homme a été condamné pour voies de fait à la suite d’une mise en échec dangereuse lors d’une partie amicale. Le juge Michel Boudreault a alors expliqué que la loi ne s’arrêtait pas aux portes d’un aréna. Je vous relaie ses propos, rapportés dans Le Journal de Montréal.

« Le droit criminel ne tolère pas […] des actes excessifs qui n’ont rien à voir avec le hockey et qui sont souvent posés pour amuser une partie de la galerie qui préfère la violence au jeu, ou pour flatter l’orgueil mal placé. »

Un autre impact des recours aux tribunaux ? En 2011, 4500 anciens footballeurs de la NFL ont poursuivi la ligue pour son comportement face aux commotions cérébrales. Depuis cette année-là, la ligue a modifié substantiellement ses règlements pour tenter de diminuer les coups portés contre des joueurs vulnérables defenseless players.

C’est un concept intéressant. Le règlement stipule qu’« un joueur qui initie le contact envers un adversaire vulnérable a la responsabilité d’éviter un acte illégal. […] Une norme de responsabilité stricte s’applique pour tout contact contre un adversaire vulnérable. Même s’il s’agit d’un joueur en l’air qui revient au sol, [d’un joueur] en mouvement, et peu importe si l’adversaire vulnérable pose un geste [pour éviter le coup], comme esquiver sa tête ou se recroqueviller dans l’attente d’un contact ».

Ça évite de couper les cheveux de quatre, comme on le fait trop souvent dans la LNH. Genre : la victime avait-elle la tête basse, ou non ? Aurait-elle pu éviter d’être frappée, ou non ?

Le concept de « joueur vulnérable » est inscrit dans le livre des règlements de la LNH, mais il n’a pas la même force que dans la NFL. « Le joueur qui applique la mise en échec doit s’assurer que son adversaire n’est pas dans une position vulnérable, et si c’est le cas, il doit éviter ou minimiser le contact, peut-on lire dans le guide de la LNH. Toutefois, pour déterminer si un contact aurait pu être évité, les circonstances de la mise en échec, y compris si l’adversaire s’est placé dans une position vulnérable avant, ou en même temps que la mise en échec, ou si la mise en échec était inévitable, peuvent être considérées. Cet équilibre doit être pris en compte par les arbitres. »

La règle de la NFL a le mérite d’être claire. Ce n’est pas à la victime d’éviter le contact, mais à l’agresseur. Une formulation dont pourrait s’inspirer la Ligue nationale.

Encore faut-il qu’elle en ait la volonté.