Jusqu'où nos élus, leurs proches conseillers ainsi que les fonctionnaires de carrière qui exécutent leurs instructions peuvent-ils impunément se payer la tête des gens qui les ont portés au pouvoir?

Claude Delage<br><i>Associé directeur de IBS Capital, l'auteur a été mandaté par le comité Fortier pour trouver un acheteur pour la raffinerie Shell de Montréal-Est.</i>

Jusqu'où nos élus, leurs proches conseillers ainsi que les fonctionnaires de carrière qui exécutent leurs instructions peuvent-ils impunément se payer la tête des gens qui les ont portés au pouvoir?

La ministre Nathalie Normandeau induit les Québécois en erreur en affirmant qu'il n'existe aucun acheteur pour la raffinerie Shell de Montréal-Est alors que la preuve en a été faite devant un comité parlementaire de la Chambre des communes à Ottawa et devant la commission parlementaire de l'énergie de l'Assemblée nationale (CAPERN).

Pourquoi la ministre choisit-elle de s'exposer ainsi à la critique?La ministre Normandeau réduit certaines dispositions de la Loi sur les produits pétroliers à un simple devoir de validation des capacités d'approvisionnement alors que cette loi existe précisément pour garantir l'indépendance énergétique de la province et a été adoptée pour que cessent les fermetures d'actifs stratégiques pour la province.

Pourquoi la ministre choisit-elle de ne pas appliquer la loi dont elle est la gardienne ou, dans le doute, de soumettre la question aux tribunaux? Pourquoi porter ce fardeau plutôt que de le laisser à Shell ou aux tribunaux? La ministre Normandeau a choisi d'accorder le droit de démolir la raffinerie Shell de Montréal-Est alors que la CAPERN n'avait pas terminé ses travaux et ne lui avait pas encore communiqué ses recommandations. Pourquoi manquer de respect envers les parlementaires qui ont participé à cette commission et envers toutes les autres personnes qui y ont témoigné? Quel calcul politique peut justifier un tel manque de considération?

Qu'est-ce que la ministre Normandeau maîtrise aujourd'hui comme information dans ce dossier qu'elle n'avait pas avant? Où était l'urgence à satisfaire aux pressions de Shell? Est-ce que la science de la ministre se limite à une simple gestion des unes des quotidiens en attendant sournoisement entre la Fête nationale du Québec et celle du

Canada pour poser une action basée sur une décision prise il y a belle lurette?

J'ai personnellement été impliqué depuis l'annonce de la fermeture afin de redonner à Montréal et au Québec ce vaisseau amiral d'activités économiques. Mieux que quiconque, je sais que cela était possible, très très possible contrairement au discours actuel, alors que tous les éléments pour la continuation des opérations de la raffinerie ont été réunis, sauf peut-être un, la volonté de nos élus, de leurs proches conseillers ainsi que de certains fonctionnaires de carrière qui exécutent leurs instructions.

Pourquoi une telle position de la part de nos élus, de leurs proches conseillers ainsi que des fonctionnaires de carrière qui exécutent leurs instructions?

Pourquoi un tel gaspillage de temps, de ressources, d'argent et d'énergie?

Pourquoi tant de mépris?