Ici, nous ne tolérons pas la violence. Intimider, exclure, harceler, c'est criminel. Est-ce que c'est clair?  

Marie-Danielle Lemieux<br><i>L'auteure réagit ici aux chroniques de Patrick Lagacé publiées les 23 et 25 juin derniers, portant sur un adolescent victime d'intimidation à l'école.*</i>

Ici, nous ne tolérons pas la violence. Intimider, exclure, harceler, c'est criminel. Est-ce que c'est clair?  

NON, ça ne l'est pas. Pour l'ensemble du système scolaire et dans la majorité des écoles primaires et secondaires du Québec, avoir deux, trois élèves souffre-douleur par classe, c'est «normal». On connaît aujourd'hui l'étendue du problème, entre 10% à 16% des élèves subissent, chaque jour, du harcèlement, des moqueries, du rejet. Ce que nos voisins américains appellent du «bullying».

«Change-le d'école, c'est un bouc» (émissaire, sous-entendu). Combien de fois ai-je entendu cette phrase de directeurs d'école. J'étais alors responsable du dossier des suspensions d'école dans une commission scolaire. Le changer d'école, mais pourquoi? Il est victime, pas agresseur. Notez aussi, comme le souligne M. Lagacé («Manuel contre les loups» et «Manuel contre les loups, la suite»), qu'on me reprenait sur le terme.  Il n'est pas agresseur, il est intimidateur. Vous voyez une différence? Moi pas. Une agression, qu'elle soit verbale, physique ou psychologique est une agression. Elle laisse des traces, elle démolit, elle déstabilise. Au sens de la loi, c'est un acte criminel. (Art. 423 (1) du Code criminel). Mais ça, ce n'est pas clair. Pas assez connu et reconnu tant par les intervenants que les enfants. On ne le dit pas. Pas assez.

C'est juste de la taquinerie. Ce sont des jeux d'enfants. Un passage obligé. Ignore-le, disent-ils. NON. Ne l'ignore pas. Parce que, NON, ce n'est pas «normal».  

Tant que notre système tolérera de tels actes comme étant un mal nécessaire, une façon de prendre sa place à l'école, tant que l'on fermera les yeux parce qu'on ne sait pas quoi leur dire, quoi faire, on aura des Francis, des Manuel, des Isabelle bousculés, frappés.   

Tant que le ministère de l'Éducation se cachera derrière une belle politique (Plan d'action pour prévenir et traiter la violence à l'école, MELS, 2008-2011) et des plans d'action qui ne sont toujours pas actualisés dans les écoles après trois ans d'études et de comités, on aura des Pierre, Manuel et des Johanne ostracisés, rejetés.  

Tant que les intervenants scolaires organiseront des rencontres entre l'agresseur et la victime pour leur dire : serrez-vous la main (!) et oubliez ça (!) on continuera à redorer le blason de celui qui intimide: Je l'ai bien eu, «il en-a-braillé-une-shot». Effet pervers s'il en est un. On confirme à l'agresseur qu'il a du pouvoir sur la victime et c'est exactement ce qu'il recherchait. On aura encore des David, des Philippe sans cesse menacés et humiliés.  

La violence, ça s'apprend, mais ça se désamorce aussi. Encore faut-il savoir la reconnaître et avoir les moyens de la contrer. Formation obligatoire des enseignants, des directions et de tout le personnel scolaire sur les faits, les méfaits et les dangers liés à l'intimidation. Sensibiliser, mais aussi outiller les jeunes et les moins jeunes. Ne pas craindre d'accroître la présence policière dans les établissements pour prévenir, intervenir ou enquêter auprès des jeunes à risque. Leur offrir des modèles prosociaux, favoriser l'entraide, leur apprendre la compassion, l'empathie. Ça s'enseigne, ça aussi. C'est mille fois mieux que de leur dire: laisse-le faire et ignore-le, qui ne fait qu'aggraver la détresse et l'humiliation.

* Doctorant à l'Université Laval, l'auteure prépare une thèse sur la violence dans les écoles.