Le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, sera réélu sans opposition aujourd'hui par les membres de l'Assemblée générale. La procédure est une formalité après l'appui unanime qu'il a reçu la semaine dernière de la part du Conseil de sécurité. Son premier mandat a été sans histoire, qu'en sera-t-il du second?

Jocelyn Coulon<br><i>L'auteur (j.coulon@umontreal.ca) est directeur du Réseau francophone de recherche sur les opérations de paix, affilié au CÉRIUM.</i>

Le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, sera réélu sans opposition aujourd'hui par les membres de l'Assemblée générale. La procédure est une formalité après l'appui unanime qu'il a reçu la semaine dernière de la part du Conseil de sécurité. Son premier mandat a été sans histoire, qu'en sera-t-il du second?

On attend beaucoup du Secrétaire général de l'ONU. L'opinion publique mondiale lui fait souvent porter le sort du monde sur les épaules. Certains le voient même comme un contrepoids aux grandes puissances, qui rétablirait l'équilibre avec les États-Unis, plus particulièrement. Ces perceptions trouvent un fond de vérité dans la personnalité des hommes qui ont occupé la charge depuis 60 ans.

Le Suédois Dag Hammarskjold a sans doute été le plus flamboyant et le plus actif des titulaires. Entre 1956 et 1961, il s'est investi à fond dans le règlement de plusieurs crises, notamment celle de Suez, en orchestrant avec Lester B. Pearson la création des Casques bleus. Au Congo, il a affronté les grandes puissances afin d'imposer l'ONU comme acteur incontournable d'un règlement. Il est mort à l'ouvrage dans un accident d'avion aux causes toujours inexpliquées.

Il faudra attendre 30 ans avant qu'une forte personnalité prenne les rênes de l'organisation. L'Égyptien Boutros-Ghali a bousculé des habitudes et froissé des susceptibilités, celles des Américains entre autres, et il en a payé le prix en voyant sa réélection torpillée. Son successeur, le Ghanéen Kofi Annan, a été plus habile. Sans aspérités, peu loquace, ce pur produit du système onusien a convaincu les cinq Grands du Conseil de sécurité de lui faire confiance.

Son premier mandat s'est déroulé sans anicroche, et il a été réélu en 2002. Un an plus tard, la guerre contre l'Irak a donné à ce prix Nobel de la paix l'occasion d'affirmer haut et fort les grands principes du droit international sur lesquels l'ordre du monde est fondé. L'accrochage avec Washington et Londres a été inévitable, public, et particulièrement vicieux. Tony Blair a fait écouter ses conversations et l'administration Bush a lâché ses chiens contre lui afin de détruire sa crédibilité, mais sans succès.

Après un tel affrontement, l'ONU avait besoin de retrouver un peu de sérénité et les cinq Grands ont choisi un candidat plus effacé. Le Sud-Coréen Ban Ki-moon était l'homme de la situation. Candidat des Américains, ami des Chinois, francophile à ses heures, il a réussi à ne froisser personne, pour l'instant. Il a engagé l'ONU au Darfour et s'est fait l'apôtre d'une action résolue sur les changements climatiques. Plus récemment, il est monté au front sur les questions ivoirienne et libyenne.

À l'intérieur de la bureaucratie, il est contesté à cause d'une gestion qualifiée de «pitoyable» et même accusé de népotisme. Pour l'heure, son bilan sur la scène internationale est honorable et sa réélection ne pouvait faire de doute.

Qu'adviendra-t-il au cours des cinq prochaines années? Nul ne le sait, mais la fonction fait l'homme, dit-on, particulièrement en temps de crise. Par le passé, certains chefs de l'ONU ont été «secrétaire», d'autres «général». Annan est passé de l'un à l'autre. Si Ban Ki-moon apparaît aujourd'hui comme «secrétaire», il peut surprendre.

Toutefois, il faut se rappeler ce qu'est un secrétaire général de l'ONU. Le poste est celui du premier fonctionnaire de l'organisation. Il ne commande aucune armée, ne peut rien imposer aux membres. L'ONU n'est pas un acteur indépendant dans le système international. C'est un instrument aux mains des 192 pays membres, dont celles des cinq Grands. Le secrétaire général exécute ce qu'on lui dit. Il a toutefois un atout: s'il sait bien juger l'atmosphère politique, il sera en mesure d'exercer son influence et faire preuve de leadership. Ban Ki-moon sera-t-il «général»?