Depuis la Révolution tranquille, on nous a enseigné que l'État était bon et bienveillant et qu'il était juste qu'il confisque plus de 50% de la richesse créée par les travailleurs et entrepreneurs pour la donner à ceux qui avaient convaincu les élus et les fonctionnaires de leur bon droit d'obtenir de l'aide de l'État. Cette présence sans cesse grandissante de l'ogre étatique a occulté toutes sortes d'initiatives privées, communautaires ou religieuses qui, jusque-là, avaient rempli ce rôle d'aide sociale.

Adrien Pouliot<br><i>L'auteur est président de Draco Capital et vice-président de la commission politique de l'ADQ.</i>

Depuis la Révolution tranquille, on nous a enseigné que l'État était bon et bienveillant et qu'il était juste qu'il confisque plus de 50% de la richesse créée par les travailleurs et entrepreneurs pour la donner à ceux qui avaient convaincu les élus et les fonctionnaires de leur bon droit d'obtenir de l'aide de l'État. Cette présence sans cesse grandissante de l'ogre étatique a occulté toutes sortes d'initiatives privées, communautaires ou religieuses qui, jusque-là, avaient rempli ce rôle d'aide sociale.

Ce qui s'est passé en fin de semaine démontre que les Québécois sont bien capables, sans l'État, d'aider leurs voisins. Vu le départ de l'armée, des bénévoles de partout se sont serrés les coudes pour lancer une grande corvée de nettoyage pour les sinistrés du Richelieu. Tout l'équipement, les collations et même le repas du midi leur ont été fournis, gracieuseté des entreprises de la région et d'ailleurs qui ont aussi donné de nombreux outils, brouettes, diables, râteaux et produits assainissants. Les clubs de services, tels les Lions, ont donné un coup de main, des radiodons et des bingos ont été lancés pour recueillir des fonds, la Croix-Rouge s'est mobilisée, des groupes de Haïtiens et de Camerounais ont côtoyé des mormons, des avocats, des employés d'IBM, du personnel du service de sureté de l'Université McGill et toute une panoplie de simples citoyens pour aider. Et tout ça, sans aucune subvention gouvernementale. Eh oui! Il semble qu'on puisse encore réaliser des initiatives privées au Québec sans subventions.

Aussi paradoxal que cela puisse paraître pour les collectivistes de gauche, l'économie de marché qui, selon eux, est motivée par l'avarice crasse qui ne fait qu'enrichir les riches, est en fait celle qui permet le mieux d'aider les démunis. Non seulement créée-t-elle de la richesse pour tous (par exemple, elle a sorti 400 millions de Chinois de la pauvreté en 10 ans), mais aussi permet-elle aux individus qu'elle a ainsi enrichis de juger d'eux-mêmes, sans programme politique, des priorités quand vient le temps d'aider par charité privée ceux qui sont dans le besoin.

Les Québécois sont parmi les moins généreux des Canadiens quand on considère le pourcentage des contribuables qui effectuent des dons, le pourcentage du revenu consacré aux dons et l'importance moyenne des dons. Y a-t-il une corrélation entre ces statistiques et le fait qu'ils ont «donné», sous la contrainte de la loi, plus de 130 milliards de dollars l'an dernier en impôts et taxes de toutes sortes à tous les paliers de gouvernement? Est-ce un cercle vicieux: plus le gouvernement «aide», plus il nous suffoque avec des taxes, moins on a d'argent à donner aux oeuvres de charité et donc plus ces dernières doivent compter uniquement sur le gouvernement et la roue continue de tourner? Quoi qu'il en soit, cette dernière fin de semaine démontre que même si les Québécois sont les Canadiens les plus étouffés fiscalement parlant et ne peuvent peut-être plus se permettre autant de dons monétaires que leurs concitoyens d'ailleurs au pays, ils sont encore capables de donner leur temps et leur énergie à des causes qui méritent, selon leur libre choix et non celui de l'État, leur générosité.

Quelques lettres des lecteurs

Nous n'oublierons jamais!

Le samedi 11 juin était la première journée de la Grande Corvée. Ici, à Sainte-Anne-de-Sabrevois, les équipes ont accompli un boulot imposant qui a redonné le goût aux résidents affectés par l'inondation de poursuivre l'immense tâche de nettoyage, de réparation et de reconstruction. Les mots «merci et reconnaissance» ne sont pas assez forts pour représenter l'impulsion que vous, les bénévoles, avez donnée dans le processus de rétablissement de nos villages et municipalités. Cette Grande Corvée, pensée et organisée par Michel Fecteau et ses collègues, participera de la mémoire collective dans notre région. Les inondés, leur famille proche et les autres riverains de la belle rivière Richelieu n'oublieront jamais votre présence, vos sourires, vos bons mots, vos bras et vos jambes qui nous aideront à poursuivre la tâche colossale de la restauration du territoire.

Nicole Mallette et André Tougas, Sainte-Anne-de-Sabrevois

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Bravo M. Fecteau

Bravo à Michel Fecteau, organisateur de SOS Richelieu ! C'est tout le Québec que vous avez réconforté, pas seulement les sinistrés de la vallée du Richelieu. Les 3000 bénévoles, par leur  action, ont comblé ce besoin de montrer que l'action citoyenne, dégagée des méandres de la politique, pouvait s'imposer comme une énergie positive et valorisante. M. Fecteau, vous avez collaboré avec les autres instances, mais vous n'avez pas attendu la fin de la partie d'échecs politique pour enclencher l'action. Votre leadership tranquille et serein s'impose comme un exemple. Voilà ce que le Québec, le simple citoyen, sait faire de mieux : porter l'épaule à la roue et ne rien attendre en retour. Mille mercis.

Farida Élias

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Le miracle de la 56e avenue

De bon matin, nous prenons la route de Saint-Paul-de-l'Île-aux-Noix. Nous allons donner un coup de main à nos amis dont la propriété est inondée depuis sept semaines. La tâche de nettoyage s'annonce herculéenne. Nous avons beau être huit, comment allons-nous transporter tous ces débris le long de la rue, qui est séparée du terrain par un beau fossé rempli d'eau? Et voilà que, tel un miracle, s'amène un groupe d'une dizaine, d'une vingtaine, de personnes toutes vêtues d'un dossard à l'effigie de l'Église mormone. Ils sont plus de 400 mormons venus de partout au Québec, mais aussi de l'Ontario et des Maritimes. Ils sont beaux, ils sont jeunes, ils sont enthousiastes. En moins d'une heure, le terrain est complètement vidé, et les débris chargés dans des camions. Nos amis peuvent enfin voir la lumière au bout du tunnel. Laissés à nous-mêmes, combien de temps aurions-nous mis pour effectuer ce travail? Aux actualités de fin de soirée à Radio-Canada, on n'a rien vu du miracle de la 56e Avenue, à Saint-Paul-de-l'Île-aux-Noix. En revanche, on a vu pour la énième fois Jacques Parizeau et Lisette Lapointe! Merci à nos bénévoles mormons. Votre sens de l'entraide et votre générosité suscitent l'admiration.

Guy Robitaille, Longueuil