Depuis que La Presse a dévoilé les conclusions de deux rapports affirmant que le pont Champlain pouvait s'effondrer «partiellement», tout le monde s'accorde pour que les travaux de construction du nouveau Champlain débutent le plus rapidement possible. Pourtant, il est essentiel de se «hâter lentement».

Publié le 21 mai 2011
Christian Leray
L'auteur est président de Prisme Média, compagnie d'analyse de presse.

Depuis que La Presse a dévoilé les conclusions de deux rapports affirmant que le pont Champlain pouvait s'effondrer «partiellement», tout le monde s'accorde pour que les travaux de construction du nouveau Champlain débutent le plus rapidement possible. Pourtant, il est essentiel de se «hâter lentement».

En effet, si l'on revient quelques années arrière, on constate qu'il serait bon de ne pas répéter les erreurs du passé et d'en tirer les leçons. Une des principales est la construction de l'aéroport de Mirabel, qui a couté à l'époque 500 millions de dollars... et qui est aujourd'hui fermé! La raison: les deux chocs pétroliers des années 70 qui ont stoppé net le développement du trafic aérien. Alors que tout le monde pensait que celui-ci allait exploser et que Dorval serait très rapidement débordé.

Aujourd'hui, le cours du pétrole ne cesse d'augmenter. Le prix de l'essence est à son plus haut niveau historique. Il frôle les 1,50$ le litre à Montréal. Les ressources pétrolières étant limitées, ce prix ne fait que commencer à grimper. Lorsque le litre d'essence dépassera les 2$, ce qui ne devrait tarder, la circulation automobile fléchira immanquablement.

Non seulement l'impact sur notre économie sera majeur, car nous ne serons pas prêts à faire face à une telle hausse, mais en plus, nous nous retrouverons avec des infrastructures désuètes alors qu'elles nous auront couté les yeux de la tête. On parle déjà de 6 milliards de dollars pour bâtir le nouveau Champlain. Et il ne s'agit que des études préliminaires. Rappelons-nous des coûts du métro à Laval, qui ont presque triplé, passant des 300 millions prévus à plus de 800 millions!

Bref, nous nous apprêtons à payer très cher pour des infrastructures qui dans 10 ans ne répondront peut-être plus aux besoins. Car ces besoins, quels seront-ils avec le litre d'essence à plus de 2$ le litre? Il s'agira de transporter au moindre coût passagers et marchandises alors que la voiture et le transport routier seront devenus exorbitants. Et la solution sera le rail.

La plupart des gens qui empruntent le pont sont les banlieusards. L'AMT (Agence métropolitaine de transport) va donc avoir une grosse commande au cours des prochaines années, notamment si le pont doit être fermé pendant plusieurs semaines ou mois à cause de travaux d'entretien. Les stratèges de l'AMT doivent déjà plancher sur des plans d'urgence et sur les besoins dans 10 ans, lorsque le prix de l'énergie forcera le public à emprunter massivement les transports en commun.

Car il est faux de croire que la voiture électrique résoudra le problème. En effet, il faudra toujours produire de l'énergie pour la propulser. Ensuite, les batteries sont constituées de minerais appelés «terres rares». Leur nom est justement dû au fait qu'ils sont très rares. Cela signifie qu'il y aura une pénurie de ces minerais dès que la voiture électrique se démocratisera. Cette fausse solution n'est donc pas viable à long terme.

Autre importante préoccupation: le transport de marchandises. Les gens d'affaires nous répètent que Montréal risque l'asphyxie si un nouveau pont n'est pas construit rapidement. Là encore, la solution doit passer par le rail. C'est le moyen le plus écologique, économique et efficace dans un contexte de pétrole cher de transporter les marchandises. Avec un système bien rodé, Montréal ne craindrait aucune pénurie.