Dans le cadre de la campagne fédérale qui s'amorce, la «conquête de l'Ouest» est un véritable défi, car cette région est moins homogène qu'un regard superficiel pourrait le laisser croire. Le seul moyen de mieux comprendre cette région et de saisir le défi politique à relever pour les partis fédéraux qui s'y font la lutte est de la parcourir d'ouest en est, en s'arrêtant dans chacune de ses quatre provinces, qui sont plus fragmentées qu'on ne le pense généralement, vu du Québec.

Publié le 31 mars 2011
Daniel Béland<br><i>L'auteur est titulaire de la chaire de recherche du Canada en politiques publiques à l'Université de la Saskatchewan.</i>

Dans le cadre de la campagne fédérale qui s'amorce, la «conquête de l'Ouest» est un véritable défi, car cette région est moins homogène qu'un regard superficiel pourrait le laisser croire. Le seul moyen de mieux comprendre cette région et de saisir le défi politique à relever pour les partis fédéraux qui s'y font la lutte est de la parcourir d'ouest en est, en s'arrêtant dans chacune de ses quatre provinces, qui sont plus fragmentées qu'on ne le pense généralement, vu du Québec.

La Colombie-Britannique est la plus populeuse des provinces de l'Ouest et elle possède une culture politique bien distincte. Cette culture se caractéristique par un fort clivage gauche-droite marqué par l'influence durable des néo-démocrates ainsi que par de forts accents populistes, présents notamment dans le récent mouvement d'opposition à la taxe de vente harmonisée (TVH), qui a coûté son poste au premier ministre Gordon Campbell et qui, cette année, pourrait nuire au Parti conservateur fédéral.

En fait, la bataille s'annonce particulièrement féroce dans les régions urbaines et, notamment, à Vancouver (par exemple, dans la circonscription de North Vancouver). Bien que l'Ontario et le Québec demeurent les deux provinces les plus cruciales au plan électoral, la Colombie-Britannique devrait être le théâtre de luttes serrées, qui devraient influencer l'issue finale des élections du 2 mai.         

En Alberta, à la lumière de sondages qui leur demeurent très favorables, il faut s'attendre à ce que les conservateurs continuent de dominer. Une circonscription à suivre sera toutefois celle d'Edmonton-Strathcona, où la néo-démocrate Linda Duncan a remporté la victoire de justesse en 2008. Les conservateurs aimeraient bien reprendre cette circonscription, ce qui leur assurerait une domination totale dans la province de Stephen Harper, qui reste la plus conservatrice au pays, malgré les difficultés récentes du Parti conservateur provincial, au pouvoir sans interruption depuis 1971, mais qui a perdu des plumes sous le leadership du premier ministre démissionnaire Ed Stelmach.

En Saskatchewan, le clivage rural-urbain est toujours un facteur. En général, les conservateurs ont l'avantage dans les régions rurales, mais la situation en milieu urbain est plus nuancée. Contrairement à ce qui se passe au Manitoba, il n'existe cependant pas de circonscription purement urbaine en Saskatchewan, même dans les deux plus grandes villes (Regina et Saskatoon), où toutes les circonscriptions comptent une large portion de territoire rural, ce qui avantage les conservateurs.

En fait, lors des élections fédérales de 2008, une seule circonscription leur a échappé: Wascana, fief du libéral Ralph Goodale, qui devrait remporter à nouveau la victoire cette année. À part une ou deux exceptions potentielles, les conservateurs devraient à nouveau dominer la province en 2011, surtout que la décision récente du gouvernement Harper dans le dossier de la potasse lui a permis d'éviter un conflit ouvert avec le très populaire Brad Wall et son Parti de la Saskatchewan, qui sont d'ailleurs proches des conservateurs sur le plan idéologique.

Plus encore que la Saskatchewan, le Manitoba illustre la fragmentation relative des provinces de l'Ouest. D'un côté, les circonscriptions agraires de la moitié sud de la province sont dominées sans partage par les conservateurs. Plus au nord toutefois, l'immense circonscription de Churchill, qui couvre plus de la moitié du territoire de la province, est présentement aux mains des néo-démocrates. Marquée par sa population autochtone, cette circonscription n'a pas élu de député conservateur depuis 1979. Quant à la région de Winnipeg, où environ les deux tiers de la population de la province habitent, les conservateurs n'ont remporté que quatre des huit circonscriptions en 2008. Cette année, une lutte féroce s'annonce d'ailleurs dans au moins trois d'entre elles. Durant le reste de la campagne, après la Colombie-Britannique, le Manitoba est probablement la province «à suivre» dans l'Ouest.