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Santé: doit-on priver les Québécois des avancées technologiques?

Faut-il priver les Québécois des dernières avancées technologiques... (PHOTO: JERRY LAMPEN, REUTERS)

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Faut-il priver les Québécois des dernières avancées technologiques en santé si l'État n'en a pas les moyens?

PHOTO: JERRY LAMPEN, REUTERS

John R. Keyserlingk, Dawn Anderson, Goffredo Arena, Gordon Brabant, Margaret H. Hughes, Naim Otaky, Daniel Tozzi, Marie Yaremko, Mariam Yassa
Les auteurs sont médecins au Centre du sein Ville-Marie à Montréal.

Actuellement, la loi sur l'assurance-maladie du Québec interdit «d'exiger une contribution financière, de quelque manière que ce soit, à une personne assurée pour avoir accès ou avoir une priorité d'accès à un médecin pour des services assurés». Depuis quelque temps, on constate une multiplication d'articles dans les journaux et de reportages télévisés sur des cliniques médicales québécoises qui font l'objet d'enquêtes de la part de la Régie de l'assurance-maladie du Québec (RAMQ) quant aux frais facturés. Tous mettent en lumière le même acteur, la RAMQ, qui émet le même jugement: des frais soi-disant illégaux sont facturés aux clients en contravention de la loi.

Mais qu'arrive-t-il si des médecins, pour assurer la qualité de leur travail, doivent se prévaloir d'un équipement technologiquement plus avancé que le système public n'a pas les moyens de s'offrir? Actuellement, ils sont dans l'illégalité, selon la RAMQ.

Un bel exemple de cette situation est notre Centre du sein qui s'est doté de deux réseaux de mammographie numérique plein champ au coût de plusieurs millions de dollars pour optimiser la détection du cancer du sein. Depuis que les résultats du projet DMIST (Digital Mammography Imaging Screening Trial), financé par le National Cancer Institute, ont été publiés dans le New England Journal of Medecine il y a six ans, cette nouvelle technologie a déjà remplacé la précédente qui est encore couverte par la RAMQ (mammographie analogue sur film) dans la grande majorité des centres du sein aux États-Unis et en Europe.

Ici, au Québec, nous l'offrons depuis 2003 et plus encore, toutes les patientes qui ont eu le choix entre cette nouvelle technologie et l'ancienne ont opté pour la nouvelle, même si cela signifiait devoir débourser de l'argent pour ce service.

Nous comprenons que le système public est surchargé à tout point de vue et qu'il ne peut pas se permettre les toutes dernières avancées technologiques dont la croissance est phénoménale. Par contre, il est aussi inacceptable de vouloir faire un procès sur la place publique à des médecins qui s'équipent d'une meilleure technologie et de ne pas avouer que c'est parce que l'État prétend ne pas avoir les moyens de se l'offrir.

C'est d'ailleurs ce qui explique l'accès encore très limité au Québec à la mammographie numérique plein champ, même si celle-ci a été identifiée en 2003 comme l'avancée la plus significative en imagerie du sein en trois décennies. Incidemment, l'utilisation de cette technologie aurait peut-être pu aider à éviter la récente vague de lecture de mammographies jugées inacceptables.

Il est urgent de repenser le financement de la santé au Québec, peu importe la formule, que ce soit sous forme de frais lors de l'utilisation d'un service non subventionné par l'État, ou sous forme d'un forfait annuel tel que la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ) et la Fédération des omnipraticiens du Québec (FMOQ) l'ont suggéré à leurs membres.

Pour assurer la qualité du système de santé public et ne pas priver les Québécois des dernières avancées technologiques dans le domaine, il est aussi urgent que l'État identifie de façon transparente la part qu'il peut financer et donc, par le fait même, les services que les patientes devront elles-mêmes assumer. Il est temps d'élargir la définition des frais accessoires.

Sans une ouverture de ce genre, il devient impossible de concilier le devoir professionnel des médecins qui exige que ceux-ci fournissent les meilleurs soins possible selon la science médicale d'une part, et ce que l'État peut offrir d'autre part.

En attendant une solution courageuse à cette impasse, soyons transparents et arrêtons de laisser croire à nos patientes que l'État couvre des services qu'il ne finance pas. Réformons plutôt les méthodes de financement de la santé pour que des centres ambulatoires spécialisés puissent encore évoluer dans le système public.




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