Au moment où les premiers «réformés» vont entrer au collégial en septembre, la réalité risque de rattraper très brusquement les défenseurs de la réforme scolaire.

Simon Dansereau<br><br><i>L'auteur est étudiant de 2e année au collégial, au Collège Jean-de-Brébeuf.</i> LA PRESSE

Au moment où les premiers «réformés» vont entrer au collégial en septembre, la réalité risque de rattraper très brusquement les défenseurs de la réforme scolaire.

Tous les étudiants québécois de cinquième secondaire terminent présentement leurs examens de fin d'année et ils s'apprêtent à faire leurs études secondaires sous le régime de la réforme scolaire mise en place il y a 11 ans. Il s'agit de la première cohorte à compléter son instruction obligatoire sous le régime de ce renouveau pédagogique.

Bien que beaucoup l'aient critiqué, dont des spécialistes chevronnés provenant du milieu de l'éducation (certains syndicats et même l'ancien ministre péquiste Joseph Facal dans son dernier ouvrage), le gouvernement continue de le défendre et n'a fait que bien peu pour colmater cette plaie devenue de plus en plus évidente.

Par exemple, au printemps 2008, une coalition s'était mise en branle pour demander au gouvernement de stopper la réforme qui s'en venait en quatrième et cinquième secondaire et, bien sûr, il avait complètement ignoré cette proposition. La ministre Michelle Courchesne s'embourbe d'ailleurs de plus en plus dans ce dossier, ce qui n'augure rien de bon pour l'avenir.

Ce n'est pas tout : du côté de l'opposition (j'en ai la preuve pour avoir demandé personnellement à d'anciens et à d'actuels députés péquistes reliés au dossier de l'éducation), on ne cesse de prétendre que la réforme n'était pas une erreur et qu'elle a toujours sa raison d'être. C'est désolant...

Mais la réalité va finir par les rattraper, car désormais, le party achève... En effet, il achève pour tous ceux qui, depuis cinq ans (quand la réforme a fait son entrée dans nos écoles secondaires), la défendent sur toutes les tribunes en faisant fi des recommandations des spécialistes qui affirment clairement qu'elle ne représente rien d'autre que la longue chronique d'un désastre annoncé... Et qui menace sérieusement d'arriver plus rapidement qu'on le pense.

La récréation sera désormais bientôt terminée pour tous ceux qui font la sourde oreille à ces avertissements parce que les premiers «réformés» prendront la route du collégial dans environ 60 jours. À ce moment-là, on pourra vraiment juger s'ils sont bien préparés pour cette nouvelle étape importante de leur parcours, ce dont moi-même et plusieurs intervenants du milieu doutent.

Si ce n'est pas le cas, deux options vont s'offrir aux cégeps du Québec: ils vont soit pallier pour les lacunes que les étudiants auront héritées du secondaire à cause d'une réforme déficiente, soit ils vont baisser leur niveau global et ils diront que tout est beau.

La première option est louable. Néanmoins, ce n'est pas le travail du réseau collégial de donner du rattrapage académique aux élèves parce que leur formation précédente fut inadéquate.

Quant à la seconde, elle est selon moi à proscrire, car cela viendrait discréditer complètement notre système d'éducation, qui faisait pourtant bonne figure avant la mise en vigueur de cette réforme.

La solution est donc simple, logique et demandée depuis longtemps : il faut une révision complète de ce renouveau pédagogique dans des délais très rapides sur l'ensemble du programme, de ses fondements et de ses évaluations ; quitte à revenir partiellement ou en grande partie au programme précédent.