Au cours des dernières semaines, plusieurs sondages par internet ont été publiés par les grands médias. Ils comportent de nombreux avantages: entre autres, la flexibilité pour le répondant, la rapidité d'exécution et les faibles coûts. Toutefois, il faut souligner les raisons pour lesquelles les chercheurs et les associations les regroupant invitent à la plus grande prudence quant aux résultats des sondages de type panel faits par internet.

Claire Durand<br><br><i>L'auteure est professeure titulaire au département de sociologie à l'Université de Montréal et secrétaire-trésorière de la World Association of Public Opinion Research (WAPOR).</i> LA PRESSE

Au cours des dernières semaines, plusieurs sondages par internet ont été publiés par les grands médias. Ils comportent de nombreux avantages: entre autres, la flexibilité pour le répondant, la rapidité d'exécution et les faibles coûts. Toutefois, il faut souligner les raisons pour lesquelles les chercheurs et les associations les regroupant invitent à la plus grande prudence quant aux résultats des sondages de type panel faits par internet.

Dans un avis paru il y a à peine deux semaines, l'American Association of Public Opinion Research (AAPOR), la plus grande organisation regroupant les chercheurs et praticiens de la recherche par sondage, émettait l'avis suivant: «Les chercheurs devraient éviter le recours aux panels internet lorsque le but de la recherche est de représenter adéquatement les paramètres dans la population... On ne peut parler de représentativité lorsque l'on utilise de tels échantillons.» Le groupe de travail constate que «la majorité des études comparant les résultats de sondages utilisant des panels internet et ceux de sondages téléphoniques utilisant des échantillons probabilistes font le constat de résultats différents pour un large éventail de comportements et d'attitudes».

Les études montrent que plus de 80% des sondages par internet sont complétés par seulement 3% des internautes, entre autres parce que, attirés par les rémunérations promises, certains internautes sont inscrits à plus d'un panel.

Au Canada, les principales firmes font état d'environ 300 000 membres de panel, ce qui signifie qu'elles ne peuvent rejoindre qu'à peine 1% de la population canadienne, ou environ 2% de la population adulte ayant accès à l'internet. Que dirions-nous si les répondants aux sondages téléphoniques étaient toujours choisis parmi les mêmes 300 000 ménages?

Dans ce contexte, qu'en est-il des sondages électoraux? Mes analyses ont montré que les sondages internet effectués par Angus Reid dans le cadre des élections fédérale et québécoise de l'automne 2008 ne donnaient pas des résultats significativement différents des sondages téléphoniques.

Toutefois, pour ce qui est de l'élection municipale montréalaise de 2009, cette même firme est arrivée à de très mauvaises estimations, soit des écarts de 7% avec les résultats du vote pour les deux principaux candidats et un «ordre d'arrivée» mal prédit pour les trois candidats. Notons que cette élection s'est déroulée dans un contexte de tempête médiatique similaire au contexte actuel. Dans de telles circonstances, les sondages, quelle que soit la méthode utilisée, tendent à donner l'heure «média» plutôt que l'heure juste.

Le monde des sondages est en train de changer parce que nos modes de communication changent, tout comme notre manière d'utiliser les outils de communication. Dans ce contexte, il faut travailler à développer des outils qui nous permettront un jour, bientôt probablement, de faire des sondages par internet ou en utilisant plusieurs modes au choix du répondant, qui seront basés sur des échantillons probabilistes et fiables.

En attendant que se développent de telles méthodes, la prudence est de mise, particulièrement en ce qui a trait aux sondages électoraux.