Les fans du Canadien ont bien changé au fil des ans. Il y avait jadis les purs et durs qui portaient fièrement leur blouson de l'époque Prince de Galles, été comme hiver. Il y avait aussi ceux qui se faisaient, littéralement, tatouer le CH sur le coeur, ou sur le bras, ou dans le dos.

François Gagnon<br><br><i>L'auteur est directeur d'un site de recherche d'emplois à Montréal.</i> LA PRESSE

Les fans du Canadien ont bien changé au fil des ans. Il y avait jadis les purs et durs qui portaient fièrement leur blouson de l'époque Prince de Galles, été comme hiver. Il y avait aussi ceux qui se faisaient, littéralement, tatouer le CH sur le coeur, ou sur le bras, ou dans le dos.

Ça n'a pas toujours été rose, mais bon Dieu qu'on aime cette équipe. On respire avec elle. On vit au même rythme qu'elle. Mais, les derniers bons moments remontent à loin déjà. À 1993, plus précisément.

Ronald Corey a fait le ménage après cinq matchs en 1995. Puis, il y eut le drame: LE Roy était échangé, voire donné, aux anciens Nordiques, qui remportaient, quatre mois plus tard, le trophée que ce même Patrick Roy nous avait gagné à lui seul, deux ans plus tôt. Et suivi une longue et agonisante «reconstruction». Au fait, est-elle terminée?

Puis, lentement, les irréprochables fans du Forum ont fait la place aux plus jeunes (et plus en moyens) fans du Centre Molson/Bell. Ceux-là, ils sont fans d'une seule chose: l'ambiance. Le party, le spectacle, le happening, bref le fun est devenu le seul gage de qualité retenu par cette nouvelle génération de partisans. On paie le gros prix, donc on veut «vivre l'expérience du Centre Bell» à plein.

Fini les soirées où on encourageait nos favoris, coûte que coûte. Fini les soirées où tu n'entends parler que de hockey autour de toi. Non, maintenant, il y a la grosse musique, les «tites-zamies» de Josée Lavigueur, le casse-tête Métro, le partisan POM du match, bref de tout, pour tout le monde. De tout, sauf du hockey, du vrai hockey. Vrai que le produit sur la glace laisse à désirer, donc aussi bien mettre l'attention ailleurs, non?

Je vois des gens payer le gros prix pour amener fiston d'à peine 3 ans dans les rouges. On lui achète le ti-chandail de Carey Price (qu'on huera copieusement, plus tard dans le match) à 150$, on paie un hot-dog à 6$, un Coke à 7$ (sans oublier le stationnement) et, comble de la soirée magique, fiston dort avant la fin de la deuxième période. Il sera brusquement réveillé par des huées bien nourries à l'endroit de Carey Price, quand celui-ci obtiendra une troisième étoile bien méritée. C'est Jacques Plante qui doit se retourner dans sa tombe.

Graduellement, les «GO HABS GO» ont été remplacés par des «TOOOOMAAASSSS» - ou des huées à l'endroit du meilleur joueur de l'équipe adverse. Voilà un autre phénomène inexplicable: pourquoi huer Sidney Crosby? Pourquoi huer Alex Ovechkin? Qu'on hue Mike Komisarek, Sean Avery ou Guillaume Latendresse pour des raisons personnelles, je peux comprendre, mais pourquoi les vedettes? Croyez-vous sincèrement déconcentrer ces professionnels? Et croyez-vous vraiment démontrer votre «connaissance» de ce si magnifique sport?

Il est devenu profondément désagréable de passer ses soirées au Centre Bell. Je suis détenteur de billets de saison depuis maintenant 13 ans. J'en ai vu passer des équipes plus qu'ordinaires, mais rien, rien ne m'aurait chassé du Centre Bell. Même pas la défaite. Un vrai partisan appuiera son équipe, dans la victoire bien sûr, mais surtout, quand elle en a le plus besoin: dans la défaite. Mais cette fois-ci, je m'avoue vaincu. J'abandonne mes billets de saison dès l'an prochain. J'ai d'ailleurs vendu mes billets des séries (ou, devrais-je dire, «la série»).

Vous avez réussi, M. Boivin. Vous l'avez désirée, cette clientèle, vous l'avez eue. Vous êtes arrivé à un moment où il y avait parfois 3000 sièges vides dans le Centre Molson. Je m'en rappelle, j'y étais. Vous avez rempli la place, M. Boivin. Remplir la place de fans de happening, de fans de party. Mais quand votre équipe piquera du nez (et je vous le souhaite), c'est des partisans comme moi que vous voudrez récupérer, mais ce jour-là, il sera trop tard. Vous m'avez chassé de cet établissement à grands coups de Black Eyed Peas. La grande taverne est à vous maintenant, partisans de happening...