De 2002 à 2008, le tourisme international a augmenté de quelque 30%. À l'exception du Canada, pratiquement tous les pays en ont profité. Nous affichons une baisse de 15% durant la même période, et notre part de marché (moins de 2%) continue de s'effriter. Pourtant, le Canada fait encore rêver, et nous jouissons d'atouts majeurs.

Jean-Marc Eustache* LA PRESSE

De 2002 à 2008, le tourisme international a augmenté de quelque 30%. À l'exception du Canada, pratiquement tous les pays en ont profité. Nous affichons une baisse de 15% durant la même période, et notre part de marché (moins de 2%) continue de s'effriter. Pourtant, le Canada fait encore rêver, et nous jouissons d'atouts majeurs.

Les pays qui tirent les marrons du feu sont ceux dont les gouvernements ont compris l'importance et les potentialités du tourisme comme vecteur de développement, et le rôle essentiel qui leur incombe. Ils se distinguent par une stratégie concertée et cohérente, une volonté très nette d'être compétitifs (notamment en matière d'accès aéroportuaires), leur rayonnement international croissant, et un souci de mettre en valeur leur patrimoine naturel et culturel.

Pour une destination long-courrier comme le Canada, de plus en plus chère, de moins en moins compétitive, avec un produit en transition, la leçon doit porter. Quand on demande aux gens ce qui les empêche de venir nous visiter, les réponses sont: c'est trop cher, c'est trop loin, et il y a d'autres endroits que je veux voir d'abord. Bref, pour le prix, le Canada ne semble pas valoir le voyage.

En 2009, le gouvernement fédéral a annoncé son intention de développer une stratégie touristique nationale, axée sur une meilleure cohérence des interventions et des investissements. Ironiquement, quelques semaines après sa déclaration, Ottawa annonçait l'imposition d'un visa aux visiteurs mexicains. Les résultats ont été immédiats. En 2008, nous avions reçu environ 270 000 voyageurs mexicains. C'était alors notre quatrième marché source en importance, et celui qui connaissait la plus forte croissance. L'élan s'est brutalement brisé, avec une chute de 37% en 2009.

Le gouvernement fédéral a aussi annoncé une augmentation des frais imposés aux voyageurs aériens pour financer la sécurité, de 50% dans le cas des vols internationaux. Ceci vient s'ajouter aux fameux loyers chargés par Ottawa aux aéroports, un mécanisme discret, qui rapporte à Ottawa des centaines de millions chaque année, et qui nuit au développement de l'industrie canadienne et à sa capacité de s'attaquer aux marchés étrangers. En somme, le Canada est en train de se sortir du marché. Il faudrait se donner un cadre qui pave la voie au développement de nos compagnies aériennes et de nos entreprises de tourisme, au lieu d'avoir pour politique de bêtement vampiriser les voyageurs et l'industrie.

Une ville et son fleuve

Montréal fait partie de la solution. Sans elle, il nous serait beaucoup plus difficile d'attirer des touristes. Avec elle, tout est possible. Montréal évolue, elle devient de plus en plus attirante et accueillante. Mais il y a encore beaucoup à faire.

Une autre piste de solution, c'est le fleuve. Les Montréalais et les Québécois ne le voient plus, le prennent pour acquis, quand ils ne le prennent pas pour une poubelle, un champ de tir, ou un égout. Pourtant, la vallée du Saint-Laurent, de Montréal au golfe, c'est l'épine dorsale de notre offre touristique. On y trouve des paysages et une richesse patrimoniale extraordinaires, souvent mal protégés et sous-exploités. Pourquoi pas un nouveau «plan Saint-Laurent» basé sur la protection et la mise en valeur de la vallée du Saint-Laurent, à la fois sur le plan environnemental et culturel? Le Canada et le Québec ont tout ce qu'il faut pour que les générations futures prospèrent grâce au tourisme, dans le respect de cet héritage que nous avons en commun. Pour y arriver, il nous faut une stratégie globale, de la cohérence et des décisions plus rapides.

* L'auteur est président et chef de la direction de Transat. Ce texte est inspiré du discours qu'il prononçait hier devant la Chambre de commerce du Montréal métropolitain.