En tant que contribuables, nous avons 4,2 milliards $ d'excellentes raisons de nous réjouir de la manne que nous venons de récolter au terme des dernières enchères des bandes de fréquences pour les "services sans fil évolués" qui sont l'avenir de la téléphonie cellulaire au Canada. En tant que consommateurs, on doit espérer que l'arrivée de nouveaux joueurs dans le monde du "cellulaire" va, ET augmenter la concurrence, ET faire baisser les prix, ET accroître la pénétration du sans-fil dans la population en général.

Pierre Bergeron

En tant que contribuables, nous avons 4,2 milliards $ d'excellentes raisons de nous réjouir de la manne que nous venons de récolter au terme des dernières enchères des bandes de fréquences pour les "services sans fil évolués" qui sont l'avenir de la téléphonie cellulaire au Canada. En tant que consommateurs, on doit espérer que l'arrivée de nouveaux joueurs dans le monde du "cellulaire" va, ET augmenter la concurrence, ET faire baisser les prix, ET accroître la pénétration du sans-fil dans la population en général.

Le trésor s'est enrichi bien au-delà des revenus de 1,5 milliard $ qu'Industrie Canada croyait aller chercher avec ces enchères des ondes radio dont nous sommes les propriétaires. Ce bien public a donc une énorme valeur comme en font foi les sommes astronomiques que des entreprises sont prêtes à payer pour y avoir accès dans certaines régions ou bien à la grandeur du pays. Les experts s'entendent sur le fait que l'importance de ces investissements ne devrait pas ralentir les projets des nouveaux joueurs à se lancer dans l'aventure, à investir massivement dans de nouveaux équipements, à diversifier l'offre de services et, surtout, à faire baisser les prix.

Or l'objectif du gouvernement avec ces enchères, qui se sont tenues au cours des deux derniers mois, était d'augmenter la concurrence pour faire baisser les prix et d'accroître la pénétration du portable sur le marché canadien en général. Comme il y a trois grands joueurs au pays, Rogers, Telus et Bell, Industrie Canada a réservé 40 % des fréquences disponibles à de nouveaux concurrents plus petits (!) ou régionaux, comme Vidéotron. Le bloc de 60 % des fréquences restantes était ouvert à tous.

Certains de ces "petits" nouveaux se sont concentrés sur un marché en particulier (Vidéotron au Québec) alors que d'autres, comme Globalive (Yak), se sont associés à des partenaires étrangers (égyptien et islandais) pour couvrir tout le territoire.

Ce n'est donc que l'an prochain que l'on verra apparaître ces nouveaux concurrents sur le marché et que l'on sera en mesure de constater l'effet qu'ils auront sur les prix ainsi que sur la popularité du cellulaire auprès des consommateurs. En effet, le Canada traîne sérieusement de la patte lorsqu'on compare l'usage, la tarification et la pénétration du cellulaire par rapport au reste du monde. Avant-hier, un sondage de la firme TNS Canadian Facts confirmait ce que nous savons déjà, à savoir que les deux tiers des Canadiens de 16 à 60 ans utilisent un portable de façon régulière à comparer à 90 % des Américains et 97 % des Britanniques. Des 30 pays ayant fait partie du sondage, nous nous retrouvons dans le wagon de queue. Non seulement utilisons-nous moins le portable, mais ceux d'entre nous qui n'en ont pas ne prévoient pas s'en procurer. L'étude souligne enfin que les Canadiens sont moins convaincus de la valeur des communications sans fil que d'autres utilisateurs dans le monde.

Il faut espérer que dans un tel contexte, ces enchères permettront aux Canadiens, leaders mondiaux des communications, de combler leur retard de tarifs, d'usage et de pénétration du portable. Personne ne versera de larmes sur les gros joueurs qui ont largement profité de la situation souvent au détriment des consommateurs. Ces grands de l'industrie ont fait des choix technologiques qu'ils doivent assumer et qui peuvent jouer à leur propre désavantage. Cela jouera en faveur des nouveaux venus qui pourront mettre en place des équipements et des infrastructures à la fine pointe qui leur donneront un avantage incontestable lors de leur entrée dans le marché.

Pour l'instant, on ne peut que spéculer sur les véritables conséquences sur le marché, les tarifs et l'usage qui résulteront de la présence des nouveaux concurrents. Quant aux revenus de 4,25 milliards $, ils sont supérieurs à ce que le gouvernement s'attendait. À l'origine, le gouvernement voulait s'en servir pour éponger une partie de la dette. Hier, le ministre de l'Industrie Jim Prentice évoquait la possibilité d'une réduction d'impôt... juste avant les élections à l'automne. Ce serait bien mal avisé. Pourquoi ne pas s'en servir pour investir dans des programmes d'accès à Internet haute vitesse dans des zones rurales, par exemple. Ou pour solidifier les infrastructures et faciliter l'accès à de nouveaux services sans-fil.

pbergeron@ledroit.com