Si le gouvernement Charest devait déclencher une commission d'enquête, quel devrait être la portée de son mandat?  La commission devrait-elle se pencher sur la corruption au Québec dans son ensemble? Ou devrait-elle se limiter à l'industrie de la construction? Ou bien se concentrer sur le processus d'attribution des contrats gouvernementaux ? Ou alors porter sur le financement des partis politiques?

Publié le 17 nov. 2010
CYBERPRESSE





VOS COMMENTAIRES

Pour changer la société québécoise

On ne pourra me suspecter, je crois, de complaisance envers les corrupteurs, corrompus ou simplement «compromis» du système qui est dévoilé un peu plus chaque jour. Après tout, j'ai réclamé publiquement au PQ cette commission d'enquête en des termes durs (conseil national, juin 2009) et j'ai croisé le fer depuis sur ce sujet en politique municipale. Aussi, je pourrais en surprendre certains dans l'effervescence actuelle, en disant que les mots qui doivent guider une telle commission d'enquête sont: amnistie et réconciliation. Le but de cette éventuelle commission d'enquête ne peut plus être de révéler le pot au rose: on en sait déjà beaucoup plus qu'en 2009, lorsque plusieurs d'entre nous ont fait de nos observations d'initiés un sujet de croisade. Le but n'est pas non plus de réprimer. À tout prendre, que la police reçoive alors l'argent et fasse le travail. Quel est-il, ce but? Changer radicalement la donne, c'est-à-dire changer les attitudes, amener les compromis à dénoncer les corrompus, les corrompus à dénoncer les corrupteurs, amener les corrupteurs à s'amender, bref, casser le système. L'amnistie est le prix du changement. Il faut garantir aux témoins non seulement qu'ils ne seront pas inquiétés, mais encore que les gens dénoncés ne seront pas inquiétés s'ils se prêtent au jeu à leur tour. Ainsi sera démonté, pièce par pièce, le système. Il y a un parallèle à établir avec les différentes «commissions vérité et réconciliation» qui ont eu cours dans le monde, mais ici, il ne s'agit pas de liquider le passé, mais bien le présent. Aussi, l'État doit conserver ses dents. Les gens convoqués, qui refusent de témoigner, devront être poursuivis. Les gens qui ne diront pas toute la vérité ou qui se parjureront devront être poursuivis pour l'ensemble de leurs crimes, y compris ceux avoués. Les gens qui récidiveront après leur pardon devront être poursuivis pour l'ensemble de leurs crimes, encore une fois y compris ceux avoués. Je laisse aux juristes le soin d'imaginer les lois d'exception que ceci demanderait. Ainsi, l'amnistie doit être conditionnelle et non un marché de dupe. L'assurance du changement de système est le prix d'une réconciliation à la suite de laquelle tous, malins ou victimes, pourront retrouver leur honneur. Ceux qui tiennent absolument à faire des coupables, je les invite à réfléchir sur les limites du libre arbitre des gens face à un système organisé et surtout à ne pas gaspiller l'occasion historique qui se présente à nous de changer la société québécoise.

Frédéric Lapointe

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Du pareil au même

Plus ça change, plus c'est pareil. Les politiciens (municipal, provincial, fédéral) n'ont jamais pris l'intérêt du petit peuple. La prise de la Bastille a éliminé beaucoup de rats.

Pierre-André Descôteaux, Shawinigan

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Existe-t-il une limite à la liberté d'expression?

À quand faut-il remonter dans notre histoire pour exiger la démission de notre premier ministre? Plus de 100 000 Québécois auraient signé une pétition pour condamnercelui qui a été démocratiquement et majoritairement élu pour diriger leQuébec. Ce nombre diminuerait de 75% si chacun avouait avoir trompé le fisc, leurs femmes ou maris, les lois de la circulation, le travail au noir, l'abus de l'alcool et de la drogue et la violence sous toutes ses formes durant sa vie. La vertu, ce n'est pas l'apanage des nôtres. Bref, que ces braves et sans-reproches Québécois se regardent dans le miroir et répètent cent fois «que celui qui n'a jamais péché lance la première pierre». Ce débat futile, alimenté par des frustrés de l'absence d'une opposition crédible et par certains journalistes en quête de notoriété, tient d'une exigence de tenir une enquête sur le monde de la construction. Vite, faites le bilan du nombre d'enquêtes de ce genre qui ont accouché de résultats probants depuis l'époque de Duplessis. Le faire, c'est constater combien nous ignorons notre histoire.  

Pierre Dufault, Brossard

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Québec naïf ou corrompu?

Ni l'un ni l'autre, et les deux à la fois. L'histoire d'une nation, d'une culture ou d'une société particulière est parfois assimilée à celle d'un individu. Il existe des théories sociales qui établissent ce parallèle avec les étapes du développement social et biologique humain pour la compréhension de l'histoire d'un peuple sur un territoire. Sans débattre de la validité scientifique, l'utilisation d'une telle perspective pourrait peut-être aider à comprendre l'effervescence actuelle au Québec. Il semble que seul le Québec soit, au Canada, en pleine «crise d'adolescence». Comme pour Don Quichotte dans le roman de Cervantès, même une personne âgée peut se retrouver en crise exaltée d'adolescence. De la même manière que l'histoire d'une société peut ne pas être totalement linéaire. Le Québec et son peuple sont nés lors de la Révolution tranquille, dont l'importance significative se mesure aussi à l'utilisation de la majuscule. La nation québécoise et les grandes lignes de ses politiques et de ses orientations actuelles proviennent de cette période. Aujourd'hui, c'est l'exaltation culturelle, politique et économique de l'adolescent qui s'éveille un peu naïvement au monde réel des institutions sociales et de la vie économique, après avoir été bien élevé et protégé par l'État Providence. Cet éveil s'accompagne de la réalisation exaltée des incompétences et des corruptions inhérentes au système politique et judiciaire. Les Québécois, pures laines ou «autres» doivent sortir de leurs souliers et commencer l'introspection individuelle et collective dans un contexte global pour parvenir à «l'âge adulte». De cette introspection double jaillira peut-être une maturité politique créative plus apte à régler nos problèmes que les flagellations publiques et les disgrâces médiatiques.

Marco Ghirotto

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Déboulonnons ce système corrompu

J'aimerais bien que le gouvernement Charest cesse d'invoquer l'importance de l'enquête policière pour être bien assuré de mettre en prison les gens coupables de malversation. Quelques mois de prison ne les empêcheront pas de reprendre leurs stratagèmes à la sortie. Personnellement, ce que je trouve important, ce n'est pas de les voir en prison, car en plus, ça nous couterait encore plein d'argent collectivement. Ce que je souhaite, c'est de voir le système corrompu déboulonné et les coupables, les culottes par terre. Les fanfarons ne fanfaronneront plus!

Diane Dubuc, Longueuil

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Quel genre d'enquête?

Pourquoi pas un bureau d'enquête permanent - sans limite de temps, vraiment permanent - qui serait truffé de personnes indépendantes et sans allégeance politique particulière - avec un système de signalement ouvert à tous, mais avec garantie d'anonymat, même si la personne devrait se nommer, que cet anonymat soit garanti par la suite et les coordonnées devraient être «top secret»? Il faudrait que ce bureau soit plus proactif que la Commission municipale du Québec qui semble n'avoir pas fait grand-chose depuis 20 ans...

Josette Lincourt

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Indispensable

Une commission d'enquête est rendue indispensable. On ne croit plus en la probité de nos élus, et on doute encore plus de la capacité des forces policières à faire le ménage lorsqu'il est question de corruption. Les profiteurs ont beau jeu de vouloir s'en tenir au statu quo. Il est grand temps de faire le ménage, les fonds publics ne sont pas infinis, plutôt que d'augmenter les taxes, commençons par éliminer la magouille, on va en sauver des dizaines de millions.

F. Bourbeau

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Une commission d'enquête sur le Québec?

Chaque semaine nous révèle son lot de controverse et de corruption et chaque semaine voit le groupe de partisans d'une commission d'enquête renflouer ses rangs. Mais il me semble qu'on mélange beaucoup d'éléments et que nous en sommes maintenant à réclamer une commission d'enquête sur le Québec. On a réclamé une commission d'enquête sur le financement des partis politiques, puisque certains politiciens se sont fait prendre la main dans le sac d'argent. On réclame une commission d'enquête sur le milieu de la construction, qui vise automatiquement le modèle syndical et tout ce que ces milieux englobent, puisque nous avons appris que nous payons trop cher pour les travaux, alors qu'un groupe limité semble avoir un sac bien rempli. Avec les dernières nouvelles concernant la corruption au niveau municipal, on réclame une commission d'enquête, puisque certains politiciens bien en vue se seraient fait prendre la main dans le sac ou, étrangement, distribuant des enveloppes. En regardant ces trois éléments, j'en viens à la conclusion que c'est une commission d'enquête sur le Québec qui est réclamée. Au niveau du financement des partis politiques, on se trouve à impliquer les politiciens ainsi qu'un nombre hallucinant de compagnies et un nombre tout aussi hallucinant de citoyens. Qui serait appelé à témoigner? L'ensemble de la classe politique, les firmes de génie-conseil, les firmes d'avocats, les entrepreneurs en construction, les gestionnaires de fonds, les fonctionnaires, la mafia? Une telle commission prendrait au moins un an. Dans le milieu de la construction, on se retrouve encore devant un nombre hallucinant de témoins potentiels. Et si on fait une commission d'enquête sur la construction, nous ferions nécessairement une enquête sur le syndicalisme québécois puisque les syndicats font partie intégrante du milieu de la construction. Alors, qui serait appelé à témoigner? Les politiciens, les fonctionnaires, les firmes de génie-conseil, les entrepreneurs en construction, la FTQ et l'ensemble des syndicats affiliés, la police, la mafia, les motards et qui encore? On aurait au moins deux ans de commission avec ce seul sujet. Au municipal, on parle d'une telle quantité de gestion de contrats, de grande et de petite envergure, dans plusieurs régions, que le nombre de témoins potentiels serait encore plus hallucinant. Les politiciens, les fonctionnaires, les firmes d'avocats, de génie, de comptables, les syndicats, les citoyens, les entrepreneurs, les promoteurs et j'en passe, de toutes ces régions. Un autre deux ans de commission. En regardant l'ensemble des témoins potentiels de cette commission, on ne peut qu'en venir à la conclusion que celle-ci impliquerait presque l'ensemble du système québécois. Une commission sur la politique à tous ses niveaux, sur la construction et tous ses acteurs et sur le syndicalisme me semble être une remise en question du modèle québécois. Il est peut-être effectivement temps de remettre en question notre modèle, mais est-ce qu'une commission d'enquête est la solution? Si on considère que la Commission Gomery nous a coûté 35 millions et, qu'à part un beau rapport, nous attendons encore de véritables résultats. La commission Oliphant nous a coûté 16 millions. Quels en sont les résultats? La commission Bastarache aura coûté environ 6 millions et y a-t-il quelqu'un qui s'attend à des résultats? Imaginez maintenant les coûts reliés à une enquête sur le financement, la construction et son syndicalisme, la corruption et le milieu municipal. Les coûts seraient astronomiques et, à part un bon divertissement télévisuel, comment peut-on croire qu'il y aurait de véritables résultats? Peut-être est-ce le coût nécessaire à la remise en question du modèle québécois!

Stéphane Rivard

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Dénoncer

Du temps que Serge Ménard était ministre de la Justice, il a instauré l'obligation à tout policier de dénoncer un confrère policier qui commettait une faute en service, peu importe la nature de cette faute. Quelques années auparavant, M. Ménard lui-même n'a pas senti le besoin de dénoncer un confrère politicien. Les policiers doivent se dénoncer entre eux pour identifier les pommes pourries, mais en politique, cette règle ne s'applique pas. Et ainsi s'accentue le mépris du public envers cette politicaillerie complaisante. C'est une commission d'enquête sur le fonctionnement de la politique elle-même qui devrait avoir lieu, car c'est elle qui engendre tous les vices. C'est une question de pouvoir et d'argent qui est incessante depuis des temps immémoriaux.      

Mike McLauchla, canton d'Orford

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Non!


Il ne faut pas de commission d'enquête. À lire et écouter certains médias, tout est corrompu au Québec. Beau résultat de votre campagne de justiciers et de moralistes patentés, gens des médias! Quant à y être, pourquoi ne pas faire aussi une enquête sur l'éthique et le sérieux des journalistes. On en découvrirait là aussi des vertes et des pas mûres! Non à toute commission d'enquête, et que la police fasse son travail. Encore faut-il que les gens aussi « respectables » que nos députés n'attendent pas des années avant de parler... Triste spectacle!

Michel Lebel

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Pour une véritable enquête en profondeur

Déclencher une commission en ce moment apporterait peu de résultats, compte tenu des alliées au pouvoir si le dossier est peu étoffé par les services de police. Si, par contre, Québec voulait une enquête majeure, il serait avisé de créer une commission d'enquête permanente ou quasi permanente, dont le mandat d'environ deux ans, pas plus, permettrait d'écorcher quelques maires au passage et de miner les alliances libérales. Une véritable enquête en profondeur. Cela prendra beaucoup de courage, trop d'alliés politiques seraient menacés. Qui aura ce courage? Des séances à huit clos, où les témoins d'importance ignorent ce que les autres ont raconté ou ce que la commission a comme preuves, permettraient de bâtir une preuve solide que personne ne pourrait nier une fois en audiences publiques, faute de parjure. Pas de trous de mémoire, pas d'approximation, mais de la cohérence et de la recherche, des faits fouillés, liés entre eux. Le travail de la police est de trouver les preuves de malversation, de mettre en évidence les aspects criminels, pour ensuite mener une véritable enquête de fond. Tout comme la Commission Cliche et la Commission Gomery, c'est rendre l'examen public, d'un système avec ses zones franchement illégales, immorales ou irrégulières, qui constituent l'arme la plus efficace pour paralyser des pratiques contraires à l'intérêt public et à l'éthique. Faire la lumière sur ces aspects par une commission d'enquête publique, contrairement aux tribunaux ou trop souvent rien ne sort, si les accusés évitent le procès par des aveux, permettra de rétablir un climat sain et une confiance en l'institution de gouvernance au pouvoir.  Avec tous les chantiers qui ont débuté et ceux qui débuteront au cours des prochaines années, il n'est pas superflu de demander ce courage politique à un élu. Tout comme ces commissions ont « mis au monde » des politiciens et des législateurs, celle-ci permettra l'émergence d'un nouveau type d'élu, une nouvelle gouvernance, une nouvelle rigueur pour le représentant élu par ces citoyens et pour les hauts dirigeants de la structure institutionnelle gouvernementale.

N. Blanchet, Québec

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Ne pas mêler les cartes

La police est en train de faire le travail, alors pourquoi mêler les cartes et en faire une affaire politique. Actuellement, les rats de toutes les allégeances se mangent entre eux.

Jacques Fréchette