Depuis la mort de Mahsa Amini le 13 septembre 2022, battue à mort pour un voile qui ne cachait pas l’entièreté des cheveux, les femmes iraniennes manifestent dans les rues, brûlent leur voile, coupent leurs cheveux, risquent la prison et la bastonnade, voire le fouet et la mort.

Avec l’appui de beaucoup d’hommes et de femmes de toutes les générations, elles osent défier un régime théocratique qui s’est appuyé sur le symbole du voile pour assurer son pouvoir sur la population et tout particulièrement sur les femmes.

En 1979, l’obligation du voile a été décrétée comme faisant partie des lois fondamentales de l’Iran.

Il faut visionner le document historique de la première marche des femmes du 8 mars 1979⁠1 pour comprendre l’opposition « viscérale » des femmes iraniennes à cette obligation du voile décrétée par celui qui deviendra peu après le « guide suprême de la révolution », l’ayatollah Khomeiny.

Alors qu’il est de retour d’exil depuis à peine un mois, on voit son empressement à interdire aux femmes d’aller tête nue. La date de ce décret, soit justement la veille de la Journée internationale des droits des femmes du 8 mars, est éloquente quant au symbole que représente le voile pour les fondamentalistes religieux, à savoir un moyen pour mettre fin aux aspirations d’émancipation des femmes iraniennes. À la suite des menaces et des violences subies par les femmes cette journée-là de la part de nombreux religieux, la peur fit en sorte que ce fut la dernière journée où les femmes purent aller tête nue en Iran.

Le hidjab comme instrument d’oppression des femmes

Avec l’instrumentalisation de la religion par l’islam politique, on note une hausse importante du port du voile par les femmes musulmanes partout dans le monde et une forte répression de celles qui refusent de le porter. Ces femmes se font emprisonner, violenter ou assassiner, et cela, même au Québec ou au Canada. De telles atrocités démontrent hors de tout doute que le voile des femmes n’est pas qu’un simple « bout de tissu », comme certains bien-pensants s’obstinent à le croire et le clamer : le voile a un sens qui dépasse ce qu’en disent celles qui le portent.

Alors que le Coran mentionne l’obligation pour les femmes de se couvrir la poitrine et non pas les cheveux, il existe tout un ensemble de pressions pour amener les femmes à porter un hidjab. Au-delà des justifications et des discours identitaires ou religieux pour justifier le port du hidjab, on ne peut que constater que ce sont des femmes et non des hommes qui ont la responsabilité de marquer l’identité de leur groupe ou qui affirment le porter à la suite d’une démarche qu’elles disent « spirituelle ».

PHOTO AGENCE FRANCE-PRESSE

Manifestation d’étudiants en arts de l’Université Azad de Téhéran, le 9 octobre

Pourquoi commencent-elles la plupart du temps à porter le voile à la puberté, plutôt que plus tard ou plus tôt dans la vie ? Un regard féministe met rapidement en évidence le besoin de contrôler la fertilité des femmes qui s’amorce à la puberté, en leur prescrivant la pudeur et la modestie, voire la réclusion derrière un voile intégral ou l’enfermement à la maison. En effet, comme les femmes sont les seules à pouvoir « produire » physiquement les enfants, les hommes et la société semblent éprouver le besoin d’encadrer cette capacité d’enfanter unique des femmes par un contrôle tant sur les plans sexuel, physique que social.

Un ensemble d’habitudes culturelles sont si bien intégrées depuis l’enfance que les femmes ne voient même plus leur aspect contraignant, sexiste et discriminatoire, le voile étant perçu et affirmé comme étant un choix personnel.

La répression physique des femmes par la violence, comme on le voit en Iran, est un indicateur que les autres moyens de contrôle des femmes sont en train d’échouer. Quand les femmes prennent conscience de ce contrôle ainsi que des inégalités et souffrances que ce voile comporte, il y a une incitation à contester ces contraintes. La plupart du temps, cela commence sur le plan individuel. Puis, quand elles se regroupent dans un mouvement collectif, la contestation devient plus efficace et la répression a moins de prise. La peur peut même changer de camp. C’est ce qui arrive actuellement aux femmes iraniennes : leur révolte ébranle le pouvoir religieux qui mène en Iran. Ce pouvoir politique et judiciaire est menacé, et cela, malgré les arrestations extrajudiciaires aléatoires et les tortures.

Depuis la révolution islamique en Iran, d’autres pays, tels l’Arabie saoudite, l’Afghanistan ou encore ceux où sévissent les groupes terroristes de l’État islamique ou d’Al-Qaïda, ont suivi le modèle de l’Iran et ont appliqué eux aussi la charia, cette loi islamique qui justifie l’existence de polices religieuses et de brigades ayant pour but officiel de « faire la promotion de la vertu et de prévenir le vice ». Ce sont ces polices des mœurs qui, en dernier recours, exercent la répression permettant le contrôle du corps des femmes.

Arrêter de banaliser ou de promouvoir le voile

Est-ce que cette révolte des femmes iraniennes pourra faire comprendre les véritables enjeux liés au voile islamique ? Est-ce que les personnes, les groupes ou les partis politiques qui banalisent ou font la promotion du voile au nom de la diversité et de l’inclusion pourront, enfin, saisir que le combat des Iraniennes est un combat contre le voile et que ce voile a le même sens partout dans le monde : que les femmes le portent en Iran, au Québec ou au Canada ?

Voilà pourquoi il est si important que des signes d’oppression des femmes ne soient pas diffusés dans nos écoles et promus dans nos institutions. Il en va de la liberté de conscience de nos enfants, et tout particulièrement de celle des petites filles.

1. Visionnez un document historique sur la première marche des femmes, le 8 mars 1979
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