Dans presque toutes les régions du Québec, la population étudiante est frappée de plein fouet par la crise du logement1. De nombreuses personnes étudiantes doivent se résigner à payer des loyers bien au-delà de leurs moyens, tandis que d’autres renoncent carrément à leur projet d’étude, incapables de trouver un logement à proximité de leur institution d’enseignement.

Publié le 19 août
Laurent Levesque
Laurent Levesque Directeur général de l’Unité de travail pour l’implantation de logement étudiant (UTILE)

Cette situation était malheureusement prévisible : même si la population étudiante est en constante augmentation, il ne se construit pratiquement plus de logements étudiants au Québec depuis des décennies. Conséquemment, une forte proportion de la population étudiante – 7 universitaires sur 10 – doit se tourner vers le marché locatif privé pour se loger. Lorsque le coût des loyers disponibles à la location explose, les étudiants, qui doivent souvent quitter le logement familial pour poursuivre leurs études, sont donc parmi les premières victimes de ces augmentations.

À l’Unité de travail pour l’implantation de logement étudiant (UTILE), un organisme à but non lucratif (OBNL) spécialiste de la question du logement étudiant, nous estimons qu’il faudrait construire 15 000 chambres de logement étudiant abordable au cours des 10 prochaines années afin de répondre aux besoins.

Des institutions d’enseignement planchent présentement sur des projets de résidences sur leurs campus, mais ces résidences étudiantes ne peuvent répondre qu’à une fraction de cette demande.

Les promoteurs privés, de leur côté, ont peu d’appétit pour la construction de logements étudiants neufs à loyer abordable.

L’économie sociale, une partie de la solution

Heureusement, il existe une troisième voie qui combine la flexibilité du privé avec l’orientation sociale du secteur public, et qui est en mesure d’offrir une solution durable à la pénurie de logements étudiants : l’économie sociale. Les entreprises d’économie sociale opèrent comme des entreprises privées, avec une différence majeure : plutôt que de chercher à maximiser leurs profits, elles cherchent plutôt à maximiser les retombées sociales positives de leurs activités.

Construire du logement étudiant abordable en économie sociale comporte de nombreux avantages. D’abord, les logements construits étant opérés par un OBNL, ceux-ci se retrouvent à l’abri de la spéculation immobilière et des hausses de loyer abusives. De plus, grâce à leur modèle d’affaires flexible, les entreprises d’économie sociale peuvent attirer des capitaux privés pour financer leurs projets, réduisant ainsi la part de financement public nécessaire à la réalisation d’un projet de logement abordable.

Ce modèle a déjà été employé pour réaliser des immeubles étudiants, comme le Gîte universitaire à Trois-Rivières ou la Cité étudiante Desjardins de Val-d’Or. L’UTILE travaille à déployer cette approche à plus grande échelle en s’appuyant sur la participation financière de nombreux partenaires privés, comme les fonds de travailleurs, les associations étudiantes et les institutions financières de l’économie sociale. Dans les quatre dernières années, l’UTILE a déjà livré ou mis en chantier plus de 400 unités de logements étudiants abordables. Le ministère des Affaires municipales et de l’Habitation, quant à lui, s’est récemment saisi de l’enjeu, notamment en investissant 4,6 millions dans l’Ardoise, un projet de 204 logements que l’UTILE construit à Québec au coût de 35,5 millions.

Doublement gagnant

Investir dans le logement étudiant abordable est bénéfique pour tout le monde. Évidemment, cela permet à la population étudiante de se loger à prix modique dans des appartements répondant à leurs besoins. Sachant que les coûts d’habitation, et non les frais de scolarité, représentent la principale source d’endettement étudiant, une telle mesure favorise grandement l’accessibilité aux études supérieures.

La population non étudiante bénéficie elle aussi de la construction de logements étudiants abordables : chaque fois qu’un étudiant choisit d’habiter dans un logement étudiant en colocation, un appartement se libère sur le marché privé.

Cela a pour effet de réduire la pression sur les loyers dans les quartiers étudiants, en plus de libérer de grands logements pour les familles.

L’UTILE planche sur de nouveaux projets totalisant 1500 logements destinés à la population étudiante dans de nombreuses villes québécoises, dont Trois-Rivières et Sherbrooke. La réalisation rapide de ceux-ci constituerait un important premier pas vers la résolution de la crise actuelle. L’absence de financement prévisible dédié à la construction de logements étudiants abordables complique toutefois leur réalisation.

Alors que la rentrée scolaire qui approche a exposé l’urgence d’agir en matière de logement étudiant et que la campagne électorale s’amorcera sous peu, l’UTILE demande aux partis politiques de s’engager minimalement à appuyer financièrement la construction de ces 1500 logements étudiants. Ce premier pas vers une sortie de crise gagnerait à être suivi d’une stratégie nationale sur le logement étudiant.

Au cours des dernières années, les institutions d’enseignement et les gouvernements ont déployé beaucoup d’efforts afin d’attirer des étudiants internationaux et de favoriser la mobilité étudiante interrégionale. Il est maintenant temps de consacrer autant d’énergie à s’assurer que tout ce beau monde puisse se loger convenablement.

1. Lisez le dossier de Léa Carrier : « Sans toit pour la rentrée »
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