Les normes environnementales sont des règles qui contraignent les entreprises à produire sans détruire les ressources naturelles pour protéger l’environnement. Des normes sont aussi établies pour protéger des populations.

Publié le 18 août
Marie-Claude Letellier
Marie-Claude Letellier Vice-présidente, rayonnement et relations publiques, Association des spécialistes en médecine préventive du Québec

Dans le cas des cancérogènes, il faut viser l’exposition la plus basse possible selon le principe du « aussi bas que raisonnablement possible ». Le principe de précaution doit guider les actions.

Alors, pourquoi continuer à autoriser, même temporairement, des entreprises à avoir des rejets environnementaux plus élevés que la norme québécoise ? N’envoie-t-on pas le message que le non-respect des normes environnementales n’est pas si grave et que la pollution environnementale industrielle est tolérable ?

Si une norme existe pour minimiser les impacts à la santé, l’objectif est de la respecter.

Le politique peut parfois se permettre une décision de mitigation ou de compromis, cela relève de la sphère du politique. Et les recommandations de la santé publique doivent se baser uniquement sur le risque à la santé de la population.

Et si l’objectif final avec la Fonderie Horne est d’atteindre un seuil d’émissions de 3 ng/m3 annuellement, il va sans dire que le plus tôt possible ce seuil est atteint, le mieux s’en portera la population.

Insécurité

Repousser l’objectif de 3 ng/m3 annuel n’est pas sans impact. En plus des effets de l’environnement pollué, les impacts psychologiques doivent être appréhendés. Les personnes qui développeront des symptômes possiblement attribuables aux métaux lourds et aux contaminants auront toujours un doute sur la cause de leurs malaises jusqu’à ce que les rejets environnementaux soient totalement sécuritaires. Dans l’attente, les habitants se voient contraints de vivre dans l’insécurité pour leur santé et celle de leurs enfants.

Pour Rouyn-Noranda, l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) conclut en août que la tolérance temporaire d’un seuil de 15 ng/m3 permettrait de réduire le risque de cancer du poumon à compter de 2028. La transition par le 15 ng/m3 constituerait un risque médical « acceptable ». La question est de savoir si ce risque est aussi acceptable pour la population de Rouyn-Noranda. Surtout que le ministre Benoit Charette laisse cinq ans pour y arriver…

D’autant plus que ce seuil temporaire de 15 ng/m3 n’est pas parfait. Il a été défini selon les études faites sur les effets neurocognitifs de l’arsenic sur les populations vulnérables, principalement pédiatriques. L’arsenic et les autres polluants identifiés (ou non) comportent néanmoins d’autres risques à la santé pour les populations exposées, par exemple des maladies du rein ou des maladies respiratoires.

Un dangereux cocktail

De plus, le cumul des contaminants auxquels est exposée la population de Rouyn-Noranda (cadmium, plomb, nickel, etc.) représente aussi une source d’inquiétudes et d’incertitudes. Au mieux, un effet cumulatif peut être anticipé. Au pire, il faut envisager la possibilité d’effets multiplicatifs sur la santé. L’INSPQ recommande d’accompagner la cible intermédiaire de 15 ng/m3 d’autres règles comme des concentrations maximales journalières de plomb et de cadmium, et le respect des normes annuelles pour le plomb, le cadmium et le nickel. Cela est essentiel.

Encore une fois, le principe de précaution devrait s’appliquer, et nous devrions même parler de prévention, les effets étant bien démontrés ou fortement suspectés.

À l’heure où l’on essaie de prévenir les maladies afin de soulager le système de santé et de diminuer ses coûts, la santé publique doit assurer une vigilance sur les données de pollution industrielle et viser le respect rapide des seuils sécuritaires pour la santé, en particulier pour les populations les plus exposées aux alentours de la fonderie.

Certains avanceront que le risque zéro n’existe pas. Mais l’exposition aux matières dangereuses et polluantes fait incontestablement partie des risques à la santé des populations. Si l’on connaît les facteurs de risque, les contaminants et leur source, intervenir avec un déploiement de mesures pour diminuer les émissions toxiques est un devoir. Et c’est notre rôle de médecins en santé publique de protéger la santé des populations et diminuer les inégalités sociales de santé.

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