Le feuilleton tragique entourant l’allégation d’un viol collectif perpétré par huit joueurs étoilés et mis sous silence par l’organisation Hockey Canada a suscité l’ire générale cet été dans nos chaumières. Et avec raison. La victime aurait pu être vous, votre fille, votre sœur, votre mère. Cette histoire sordide creusée par le Globe and Mail a éveillé les consciences à l’égard d’une culture toxique de gestion des agressions sexuelles guidée par la loi du silence.

Publié le 16 août
Léa Clermont-Dion
Léa Clermont-Dion Chercheuse postdoctorale à Landscape of Hope – Université Concordia et documentariste

Les révélations dévoilées grâce aux audiences menées par le Comité permanent du patrimoine canadien ont permis de tirer les vers du nez des leaders de l’organisation, muets comme des tombes jusqu’ici, qui avaient tenté de sauver les apparences à coups de communiqués de presse rédigés par des relationnistes au talent limité.

En consultation, plusieurs instances ont tiré la sonnette d’alarme. La World Association of Ice Hockey Players Unions (WAIPU), comptant plus de 14 000 membres au Canada, a même rappelé au Comité qu’il était impératif d’examiner la culture de Hockey Canada fondée sur une banalisation des allégations de violences sexuelles, ce qui ferait écho à une norme toxique répandue au sein de la ligue. Rien de très rassurant.

Il y a une écœurantite aiguë devant l’impunité illégitime des agresseurs potentiels dans la société en général, mais aussi à l’égard de ceux qui possèdent certains privilèges tels que le pouvoir et l’argent. Et que dire de ceux qui protègent les plus favorisés ?

Si ceci est la pointe de l’iceberg, nous pourrions émettre l’hypothèse qu’il y a matière à concevoir que le problème n’est pas anecdotique, mais peut-être systémique.

Chez le philosophe Michel Foucault, le pouvoir s’inscrit au sein de relations, sommairement organisées, pyramidalisées, parfois inégales. Le pouvoir était entre les mains des huit jeunes hommes qui ont décidé, un soir de beuverie, de violer une jeune femme vulnérable, acte grégaire propre à une masculinité toxique exacerbée. Et à partir de ce moment, le pouvoir s’est transformé en domination.

La penseuse Jalna Hanmer affirmait que la violence faite aux femmes s’inscrit dans une volonté de contrôle, notamment par la force physique. L’ascendance du statut de célébrité en devenir des agresseurs allégués renforçait ainsi leur force de frappe. Ce n’est pas anodin. Comment se fait-il que les responsables de Hockey Canada n’aient pas poussé la démarche d’enquête ? Parce qu’ils avaient intérêt à ce que leurs jeunes poulains continuent de rayonner sur la glace.

Ce procédé opaque et scandaleux favorisé par Hockey Canada fait penser à ce que Martine Delvaux appelle le boys club. Il s’agit en clair d’une organisation qui exclut les femmes, qui est contrôlée par des hommes et dont les membres sont fortunés et détiennent un pouvoir. Ledit groupe de personnes en position de privilèges use de ses alliances pour assurer son propre bénéfice.

Cela s’applique à Hockey Canada. C’est exactement de cela qu’il est question avec ce scandale. La structure organisationnelle assurait la protection des fautifs au nom du gain du groupe grâce à un pouvoir financier.

En effet, faut-il rappeler que depuis 1989, une somme d’environ 7,6 millions de dollars a été mobilisée dans le « fonds national d’équité » de Hockey Canada afin de dédommager des victimes d’agressions sexuelles ? Un financement substantiel fourni entre autres par les cotisations des parents. Ce qui est fascinant et spectaculairement triste, c’est que l’opération a été orchestrée au détriment de la santé, de la sécurité et du bien-être de victimes et d’autres athlètes. Résultats ? Des violeurs allégués patinent en toute liberté, acclamés.

Derrière l’arbre se cache une forêt pourrie. Certains baliveaux gisent sur le sol, éclatés. Il faut nettoyer. Alors, on fait quoi devant une gestion autant scandaleuse que catastrophique ? Le grand ménage. Pour en finir avec les abus tous azimuts et surtout leur mise sous silence peu subtile, il est temps de mener une enquête publique du sport en général, marqué par ses propres codes, afin de répondre précisément à un problème extrêmement complexe qui ne peut être réduit à une seule solution magique.

Comment les organisations gèrent-elles les allégations d’agressions sexuelles ? Leurs mesures et pratiques sont-elles adéquates ? Comment améliorer les protocoles en place ? Il faut prendre le temps de réfléchir pour rectifier le tir.

Certes, Hockey Canada a embauché l’ancien juge de la Cour suprême Thomas Cromwell pour diriger un examen de la gouvernance de l’organisation. Le président du conseil d’administration, Michael Brind’Amour a démissionné. La victime alléguée du viol collectif s’est confiée au Globe and Mail. Elle a révélé s’être sentie coupable, état d’esprit qui rappelle la honte, après l’agression.

Mais les têtes dirigeantes qui avaient la responsabilité d’entamer un processus légitime et éthique, elles, n’ont-elles pas honte d’avoir agi avec autant de petitesse ? L’errance a ses limites tout comme le manque de jugement. Le président de Hockey Canada s’accroche au pouvoir de son boys club qui, on l’espère, est sur le point de sombrer. Scott Smith doit démissionner.

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