Luc Wiseman, Gilbert Rozon, Philippe Bond, André Boisclair, Jeffrey Weinstein, Bill Cosby, joueurs de hockey et combien d’autres ? Je n’en peux plus d’entendre ces histoires d’abus sexuels. En tant que femme, et surtout en tant que victime d’agression sexuelle, je ne sais plus quoi penser, quoi espérer. Je vois le cas de Simon Houle avec son absolution conditionnelle, et je me demande comment le « juge » Poliquin a pu en arriver à une telle décision.

Publié le 5 août
Stéphanie Auclair
Stéphanie Auclair Montréal

Qu’on parle de femmes ou d’hommes, les victimes sont souvent laissées derrière, faute de « preuves ».

Je me demande comment c’est possible d’avoir une preuve d’un geste qui est surtout commis en privé. Pas de témoin, donc pas de crime ? Mais où est la justice, la vraie ?

Dans le cas de Philippe Bond, on entend à répétition que « tout le monde savait ». Tout le monde savait ? J’ai envie de crier ma rage à tout le monde. Les victimes sont souvent craintives et traumatisées. Si tout le monde « sait » et ne dit rien, c’est une autre façon de les abandonner. C’est une autre façon de leur dire « je suis avec toi, mais je ne peux rien faire ». Et en tant que victime, je comprends tous ces gens qui savent et ne font rien. Parce que la loi actuelle requiert des preuves tellement improbables que tout le monde sait que la partie est perdue d’avance. Tout le monde, surtout les agresseurs.

Statu quo

Si j’étais l’une des nombreuses victimes qui voient leur agresseur s’en sortir avec une tape sur les doigts, une absolution conditionnelle ou un « deux ans moins un jour », je ne sais pas comment je réagirais. Qu’est-ce qu’il nous manque, comme société, pour défendre ceux et celles qui méritent de l’être ? Depuis quand la « belle carrière » d’un agresseur justifie-t-elle une absolution ? Depuis quand le pouvoir public, artistique ou politique prime-t-il sur l’intégrité humaine ?

Je n’en peux plus de lire sur toutes ces histoires d’abus, d’attouchements, de viols collectifs. Il me semble qu’après tout ce qu’on a entendu au cours des dernières années, on devrait être rendu ailleurs. Et par « ailleurs », je veux dire : sévir plus durement. Je veux dire : fournir plus de ressources et d’écoute aux victimes. Je veux dire : arrêter de juger les cas indépendamment les uns des autres.

Parce que le fléau nous concerne tous et toutes. Et s’il ne nous touche pas déjà directement, les statistiques semblent indiquer qu’il nous touchera bientôt…

Pendant que les démolisseurs font des ravages, les victimes, elles, rament à contre-courant. Et elles ne se battent pas seulement pour la justice. Elles se battent pour leur (sur)vie physique et mentale.

Parce que oui, quand on se sort d’une agression, on n’est pas juste une victime. On est un.e survivant.e.

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