Le Parti libéral de l’Ontario a subi une amère défaite lors des élections du 2 juin dernier. En plus d’arriver troisième en nombre de sièges, son chef, Steven Del Duca, n’a pas remporté sa circonscription et a aussitôt donné sa démission. N’ayant guère mieux fait qu’aux élections de 2018, le Parti libéral est-il destiné à demeurer la deuxième opposition à Queen’s Park ou peut-il redevenir une solution de rechange au pouvoir ?

Publié le 22 juin

Un parti usé par le pouvoir

Après avoir passé quatre ans sur les bancs de l’opposition, les libéraux souffrent toujours de l’usure du pouvoir. On dit qu’en politique les électeurs ont la mémoire courte, mais les Ontariens n’ont toujours pas passé l’éponge sur les 15 ans de règne libéral de 2003 à 2018.

Au cours de la dernière campagne électorale, Del Duca a vanté sa nouvelle équipe de candidats qui devait injecter du sang neuf dans les rangs libéraux. Mais cela n’a pas suffi à faire oublier son association avec son impopulaire prédécesseur Kathleen Wynne, vu qu’il avait été ministre au sein de son cabinet. Les adversaires politiques de Del Duca n’ont pas hésité à rappeler ce fait à la population et cela lui a grandement nui.

Pour redorer son image, le Parti libéral de l’Ontario aurait avantage à choisir un nouveau chef sans lien avec l’ancien gouvernement de Kathleen Wynne. Même si le caucus actuel de huit députés compte des candidats potentiels pour la chefferie à cet égard, les instances du parti ne devraient pas hésiter à chercher à convaincre des candidats vedettes externes de postuler à ce poste.

Un parti déconnecté

Le Parti libéral de l’Ontario n’a par ailleurs pas réussi à se départir de l’image qu’il a d’un parti élitiste. Lorsqu’on regarde la carte électorale, on se rend vite compte que les libéraux occupent presque uniquement des sièges dans les deux grands centres urbains de la province, soit Toronto et Ottawa.

Les libéraux représentent donc seulement des circonscriptions très riches, non représentatives de l’ensemble de la province.

Le Parti libéral a insisté sur le fait que sa dernière plateforme électorale avait été construite après une consultation intensive des Ontariens, mais ceux-ci n’ont pas été convaincus par ce discours. Il existe toujours cette perception dans la population que les libéraux infantilisent les citoyens en leur imposant des politiques qu’ils croient être les meilleures pour eux. On peut penser ici notamment aux changements controversés apportés au programme dans les écoles.

Certains stratèges libéraux ont suggéré que le parti devrait faire un bilan avant même que ne soit déclenchée une course au leadership, question d’établir les erreurs commises dans le passé. Cette introspection est certes nécessaire si le parti entend réellement répondre aux besoins des Ontariens.

Un parti décentré

D’abord sous le leadership de Wynne, puis sous celui de Del Duca, les libéraux ont délaissé le centre de l’échiquier politique. Lorsqu’ils étaient au pouvoir, les libéraux ont augmenté les déficits budgétaires et, lors de la dernière campagne, ils étaient prêts à délier de nouveau les cordons de la bourse pour créer de nouveaux programmes sociaux.

Ce virage à gauche du Parti libéral a eu pour effet de laisser le champ libre aux progressistes-conservateurs de Doug Ford pour occuper le centre politique et remporter aisément les dernières élections.

Ça a aussi eu pour effet que les libéraux se sont battus contre les néo-démocrates pour obtenir le vote des électeurs de gauche et se sont retrouvés ainsi dans une mauvaise posture.

Vu la modération de l’électorat ontarien, il est avantageux électoralement pour tout parti politique d’adopter une position centriste. Le Parti libéral doit donc réaffirmer son identité première, celle d’un parti qui croit en l’égalité des chances pour tous, tout en agissant de façon fiscalement responsable.

Tout n’est pas perdu

Tout n’est pas perdu pour le Parti libéral de l’Ontario. Cette formation politique représente une tradition bien ancrée dans la province. Au cours des 40 dernières années, la moitié des gouvernements portés au pouvoir ont été libéraux. Plusieurs Ontariens s’identifient encore comme libéraux et ont voté en grand nombre pour le Parti libéral de Justin Trudeau aux dernières élections fédérales en 2021.

Il viendra un temps où ce sera au tour des progressistes-conservateurs de Ford de souffrir de l’usure du pouvoir. Afin de s’y préparer, le Parti libéral devrait remobiliser sa base partisane et s’assurer que les forces anti-Ford ne se coalisent pas autour du Nouveau Parti démocratique qui forme présentement l’opposition officielle en Ontario. Pour ce faire, les militants libéraux devront choisir judicieusement leur prochain chef. Ils devront être véritablement à l’écoute de l’électorat et faire preuve d’humilité. Enfin, ils devront partir à la reconquête du centre de l’échiquier politique.

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