Derrière l’image bucolique des Laurentides, la quatrième région du Québec souffre d’un des pires accès aux soins de santé au Québec. Pour de nombreux soins (physiques, gériatriques, psychiatriques, néotalalogie, etc.), celle-ci se classe dernière ou avant-dernière.

Publié le 14 mai
Marc L’Heureux
Marc L’Heureux Président de la Coalition Santé Laurentides et préfet de la MRC des Laurentides, et 13 autres signataires*

Devant cet état de crise permanent, la Coalition Santé des Laurentides (CSL) a été créée à l’automne 2020. Elle regroupe les 76 municipalités, 8 MRC, associations de médecins, mouvements communautaires, chambres de commerce, institutions d’enseignement supérieur, citoyens et autres.

Des besoins essentiels urgents

Le 6 mai 2021, à la suite du travail de la CSL, l’Assemblée nationale a adopté une résolution qui reconnaît le rattrapage financier important et l’accélération de ses infrastructures hospitalières à faire dans les Laurentides. Une autre motion portant sur l’application du Plan santé urgemment pour la région été adoptée le 11 mai dernier, encore à l’unanimité. Cette dernière motion a été coprésentée par le député Guy Ouellet, avec les partis de l’opposition, mais également avec le ministre de la Santé. Le gouvernement est donc tout à fait conscient de la situation.

Malgré la reconnaissance des besoins, les engagements réels du gouvernement demeurent extrêmement insuffisants. Sauf pour des aménagements mineurs, l’Hôpital régional de Saint-Jérôme (HRSJ) n’a pas été rénové depuis plus de 30 ans alors que la population a doublé.

Les sommes prévues par le gouvernement précédent ne sont toujours pas en chantier, et ne représentent qu’un tiers de ce qui est urgent comme investissement : soit 1,2 milliard de dollars pour l’actualisation de l’HRSJ. La même réalité frappe les autres centres hospitaliers, comme Saint-Eustache et Mont-Laurier (situé à plus de 250 km de Montréal). Ceux-ci nécessitent des investissements trois fois plus élevés que ce qui se retrouve actuellement dans les plans. Le tout sans parler des trois autres hôpitaux de la région toujours sans projet et qui peinent à donner les soins de base.

La vétusté de ces six centres hospitaliers est sans équivoque. Ils n’ont jamais été conçus pour traiter le nombre actuel de résidants des Laurentides, ainsi que l’affluence toujours croissante des villégiateurs.

Sous-financement systématique

Aujourd’hui, la région est la quatrième en termes démographiques. Ces 650 000 citoyens du Québec (7,5 %) ne reçoivent pourtant qu’entre 4,3 % et 5 % du budget en santé. La situation est plus dramatique lorsque l’on tient compte des villégiateurs, qui placent alors les Laurentides au troisième rang des régions du Québec les plus peuplées.

La budgétisation étant historiquement négative, les manques criants d’espace et d’équipement rendent le recrutement des professionnels en santé, particulièrement les médecins, extrêmement difficile. À cette situation s’ajoute l’attribution par le gouvernement d’un nombre très faible de postes ouverts aux médecins intéressés à s’installer dans la région. La région a le pire ratio médecins par 100 000 habitants, soit 147 au lieu des 248 de la moyenne nationale. Plus de 91 000 citoyens attendent un médecin de famille.

Des effets dramatiques

Pire encore, près du tiers des patients des Laurentides doit aller se faire soigner à l’extérieur de la région, bien en deçà des cibles du ministère de la Santé et des Services sociaux. C’est extrêmement problématique, d’autant que les transports sont longs, difficiles et onéreux. Les listes d’attentes s’allongent, les délestages se prolongent, les attentes pour des tests diagnostiques créent énormément d’anxiété. De plus, ces délais provoquent souvent une détérioration de l’état de santé des patients.

L’espoir pour une région oubliée

Le Plan santé du gouvernement peut offrir de l’espoir. Il vise des réinvestissements dans les infrastructures médicales, de meilleurs soins à domicile et une décentralisation. Cependant, ce Plan énumère des régions prioritaires au Québec, mais oublie carrément les Laurentides.

Le 11 mai dernier, lors d’une rencontre avec le ministre de la Santé, Christian Dubé, ce dernier s’est dit préoccupé par la situation et s’est engagé à y travailler activement. On ne peut que le souhaiter ardemment. Déjà en 2018, la vérificatrice générale du Québec identifiait trois centres hospitaliers dans un état pitoyable : Chicoutimi, Maisonneuve-Rosemont et Saint-Jérôme. Les deux autres ont obtenu des engagements concrets, et c’est parfait. Mais nous attendons toujours pour Saint-Jérôme et pour notre région. Nous persisterons.

* Cosignataires, membres du comité directeur de la Coalition Santé Laurentides : Dre Lyne Couture, présidente de l’Association des médecins omnipraticiens Laurentides-Lanaudière (AMOLL) et médecin de famille ; Dr Daniel Picard, président de l’Association des médecins pour l’avancement et le progrès de l’Hôpital régional de Saint-Jérôme (AMPAHRSJ) et médecin spécialiste en médecine nucléaire ; DSimon-Pierre Landry, médecin de famille à Mont-Tremblant et médecin à l'urgence de l'Hôpital Laurentien de Sainte-Agathe-des-Monts ; Dr Paul-André Hudon, président du Conseil des médecins, dentistes et pharmaciens (CMDP) du CISSS des Laurentides ; Marc Bourcier, maire de la ville de Saint-Jérôme ; Michael Leduc, directeur général de la FADOQ Laurentides ; Annie Bélanger, directrice générale, Moisson Laurentides ; Pierre Charron, maire de la ville de Saint-Eustache et préfet de la MRC de Deux-Montagnes ; Daniel Bourdon, maire de la ville Mont-Laurier et préfet de la MRC d’Antoine-Labelle ; Nadine Le Gal, directrice générale du cégep de Saint-Jérôme; Muriel Laberge, rectrice de l'Université du Québec en Outaouais

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