Avec les dernières vagues de la pandémie, les listes d’attente pour les opérations ont continué de s’allonger au Québec. Alors que 160 000 Québécois étaient en attente d’une opération, plus de 50 000 patients l’étaient depuis plus de six mois.

Publié le 4 mai
Benoit Gareau
Benoit Gareau Président du Groupe Espace Santé

La Presse rapportait également que le ministère de la Santé et des Services sociaux était en train de revoir sa stratégie de traitement du cancer et envisageait de prolonger les délais d’accès à une intervention chirurgicale pour les cas moins urgents1.

La pandémie exerce une pression énorme sur les hôpitaux qui peinent à retenir le personnel déjà épuisé. Avec comme conséquence des périodes de délestage lorsque les hospitalisations sont en hausse.

Selon le ministère de la Santé et des Services sociaux, la capacité opératoire du réseau de la santé atteint maintenant 85 % en tenant compte des cliniques médicales spécialisées qui ajoutent une capacité de 15 % à celle des hôpitaux.

Or, nos dirigeants savent que le réseau peut faire mieux, c’est pourquoi le Ministère a pris des actions pour attirer, retenir les employés et ainsi stabiliser la capacité opératoire des établissements publics. De plus, le ministre de la Santé, Christian Dubé, a annoncé qu’il voulait sous-traiter davantage d’interventions dans les cliniques médicales privées.

Cherchez et vous trouverez

Le ministre a également proposé un projet de récompenses pour les hôpitaux qui réussissent à optimiser les processus de gestion des séjours. Christian Dubé prend le pari qu’avec une approche participative, les équipes près du terrain trouveront des solutions si on leur fait confiance et si on leur donne des moyens. Des sommes pouvant atteindre 92,5 millions de dollars par année pourront servir à bonifier les équipes soignantes et mettre en place des équipes transversales de gestion et de coordination des séjours hospitaliers.

C’est dans ce contexte qu’au début avril, le CIUSSS du Centre-Ouest-de-l’Île-de-Montréal a dévoilé un nouveau concept de Centre de commandement installé dans les locaux de l’Hôpital juif de Montréal2.

Le Centre de commandement pourrait s’apparenter à une tour de contrôle où de nombreux écrans affichent des données en temps réel sur l’état et la situation des patients. L’équipe peut ainsi suivre le flux des patients et aider à la gestion des activités hospitalières. En plus de surveiller les activités de l’hôpital, le Centre de commandement suit le déroulement des activités de cinq CHSLD, trois centres de réadaptation et d’autres installations.

Pour la directrice adjointe du CIUSSS, Erin Cook, le but est de trouver le meilleur endroit pour que le patient puisse recevoir les soins dont il a besoin.

L’exemple de la Johns Hopkins Medicine

Le concept de Centre de commandement n’est pas nouveau. En octobre 2016, la Johns Hopkins Medicine lançait le premier Centre de commandement aux États-Unis.

La John Hopkins Medicine, située dans l’État du Maryland, est un regroupement de six hôpitaux universitaires et communautaires affiliés à la célèbre Université Johns-Hopkins. La Johns Hopkins Medicine accueille 2,4 millions de patients en consultation externe, 280 000 patients aux urgences et 115 000 patients y sont hospitalisés chaque année. Elle compte aussi plus de 2671 lits sur ces sites.

En 2021, le US News and World Report classait l’hôpital Johns Hopkins parmi les cinq meilleurs hôpitaux aux États-Unis.

Cependant, avant 2016, la Johns Hopkins Medicine éprouvait des problèmes organisationnels semblables à ceux du réseau de la santé au Québec, des retards dans les opérations, de l’attente aux urgences et des patients transférés à d’autres hôpitaux.

La Johns Hopkins Medicine a alors mandaté la société General Electric (GE) pour corriger le tir. GE a développé un Centre de commandement qui utilise des systèmes d’ingénierie et des technologies avancées permettant la collecte de données, des simulations et des modèles d’optimisation. Des données sont colligées sur les arrivées, le nombre de patients, les durées de séjour, le continuum de soins, les procédures et d’autres informations.

Le Centre de commandement ressemble aux tours de contrôle des aéroports où le bon avion doit arriver à la bonne porte au bon moment. Pour y arriver, un immense espace de 5000 pi2 a été aménagé avec plus de 200 écrans géants alignés sur les murs. De là, l’équipe suit des tableaux de bord avec de l’information en temps réel sur ce qui se passe sur le terrain.

Des écrans qui peuvent prédire le taux d’occupation pour les lits des différents services de l’hôpital. Des écrans qui montrent le nombre de lits en attente d’être nettoyés et préparés pour les prochains patients. Des écrans qui peuvent signaler le nombre d’opérations en cours pour chaque salle opératoire et le temps anticipé. Et d’autres écrans qui indiquent les transferts de patients d’un hôpital à un autre.

L’objectif est de suivre le patient, d’identifier les lits disponibles, de réduire le temps d’attente, d’accélérer les processus de congé et d’améliorer les flux des services de l’hôpital.

Avec le Centre de commandement, la Jonhs Hopkins Medicine évalue que le patient est assigné à un lit 38 % plus vite après qu’une décision eut été prise aux urgences de l’admettre. Et que les délais de transfert de la salle opératoire après la procédure sont réduits de 83 %.

L’information est le nerf de la guerre !

La pandémie a exposé au grand vent de graves lacunes organisationnelles. Dans le rapport de la commissaire à la santé et au bien-être, les acteurs consultés ont dit que les données concernant la logistique, et plus précisément les inventaires, étaient inconnues, non à jour et inaccessibles, ce qui a rendu la planification des besoins en matériel médical complexe pendant la pandémie. Même constat pour les ressources humaines alors qu’il y avait un manque de données sur le personnel permettant de gérer adéquatement les déplacements de personnel et le manque de main-d’œuvre.

Le Centre de commandement ne règlera pas tous les problèmes organisationnels du réseau de la santé, mais on peut espérer qu’avec des tours de contrôle pourvues en informations pertinentes et adaptées aux milieux, les hôpitaux pourront mieux s’organiser afin que le bon patient soit acheminé au bon lit au bon moment.

1. Lisez « Les cancers moins urgents pourraient être opérés moins vite »
2. Lisez « Un centre de commandement pour une gestion en temps réel »
Qu'en pensez-vous? Exprimez votre opinion