En conférence de presse lors du dépôt du projet de loi, le 13 mai 2021, sur la langue officielle et commune, le ministre Simon Jolin-Barrette a annoncé : « Aux Québécois d’expression anglaise, je le réitère, le gouvernement du Québec agira dans le respect le plus complet des institutions de la communauté anglo-québécoise. Les mesures visant à renforcer le statut du français comme langue commune se feront à l’avantage de toutes les Québécoises et de tous les Québécois, sans exception. » En rétrospective, force est de constater que le ministre a brisé sa promesse. Et les conséquences seront lourdes pour les élèves, les établissements et le réseau collégial dans son ensemble.

Publié le 15 avril
Patrick Bérubé
Patrick Bérubé Directeur général de l’Association des collèges privés du Québec

Des mesures à l’avantage de tous les Québécois sans exception ?

Le sous-amendement ajoutant trois cours en français obligatoires pour tous les élèves sera un frein à l’accessibilité aux études supérieures et à la réussite des élèves dits anglophones. En adoptant ce sous-amendement, le ministre vient aussi torpiller les deux axes prioritaires du Plan d’action sur la réussite en enseignement supérieur porté par sa collègue de l’Enseignement supérieur.

Imposer trois cours en français est la recette idéale pour favoriser l’échec de plusieurs élèves d’expression anglaise qui ne sont tout simplement pas préparés à réussir des cours de formation spécifique dans une langue seconde. Peu importe qui a proposé ce sous-amendement, une occasion s’offre au ministre de faire valoir l’intérêt de tous les Québécois, sans exception, comme promis.

Le Québec accuse déjà un retard sur la moyenne canadienne lorsqu’il est question d’accessibilité aux études universitaires et cet écart se creusera encore plus.

L’objectif du plan d’action est pourtant clair : permettre à toutes les personnes qui le désirent d’entreprendre des études à l’enseignement supérieur.

Par ailleurs, cette ingérence dans la gestion des programmes collégiaux est un dangereux précédent qui vient menacer l’agilité des collèges, toutes langues d’enseignement confondues, à répondre aux besoins de la société québécoise. En prescrivant des moyens plutôt que des finalités, le ministre ouvre une brèche qui aura un impact durable sur l’autonomie des établissements qui appartiennent pourtant à l’Enseignement supérieur. En effet, la porte est maintenant ouverte afin que tout ministère puisse effectuer des changements majeurs dans les programmes collégiaux sans consulter les principaux intéressés.

Agir dans le respect des établissements de la communauté anglophone

Il existe au Québec un réseau des collèges privés subventionnés qui contribue à la société québécoise. Malheureusement, le projet de loi 96, dans sa forme actuelle, met en péril la survie même de plusieurs collèges privés subventionnés tels que le collège Centennial, le collège Marianopolis et le collège TAV.

Il ne s’agit pas ici d’une campagne de peur, le problème est réel. Les collèges privés subventionnés ne sont pas gérés comme les cégeps puisque, contrairement au secteur public qui est entièrement soutenu par le gouvernement, ces établissements sont des OBNL qui doivent se développer un tant soit peu pour équilibrer leurs budgets. Au cours des dernières années, ils ont investi des millions de dollars de leurs fonds propres afin d’améliorer leurs infrastructures en prévision de la hausse de fréquentation à venir due à un boom démographique à Montréal. Le gel permanent de leurs effectifs vient mettre à mal leur capacité de rembourser les dettes contractées lors de ces investissements récents. Les règles du jeu ont été changées, et ce, sans préavis.

Afin d’éviter un impact négatif majeur sur la réussite et la diplomation, la fermeture à terme d’établissements d’enseignement supérieur, il faut au moins que le calendrier de mise en œuvre du projet de loi pour le collégial soit reconsidéré et fait de façon réaliste avec l’ensemble des partenaires du réseau collégial.

Si rien n’est fait, des fleurons de l’enseignement supérieur disparaîtront dans la plus grande indifférence. Et avec eux, des « emplois payants ». Le premier ministre en est-il conscient ? Est-ce vraiment ce qu’il souhaite ?

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