Le ministre de la Santé et des Services sociaux (MSSS) a déposé le 29 mars son « Plan pour mettre en œuvre les changements nécessaires en santé » selon quatre piliers : les ressources humaines, l’accès aux données, les technologies de l’information et la modernisation des infrastructures.

Publié le 2 avril
Patrick Cossette
Patrick Cossette Doyen de la faculté de médecine de l’Université de Montréal*, et trois autres signataires**

Pour les facultés de médecine du Québec qui forment les médecins et les futurs professionnels et professionnelles de la santé, le « rétablissement » du système de santé doit passer avant tout par la formation de la main-d’œuvre en santé, la valorisation de l’enseignement des soins de première ligne et les investissements dans les infrastructures d’enseignement et de recherche.

Former la relève en santé : une urgence

La pandémie a mis en évidence la pénurie de personnel, notamment en sciences infirmières et en médecine. Alors que le manque de médecins de famille, les départs massifs à la retraite anticipés et les difficultés d’accès aux soins de première ligne ont fait l’objet de nombreuses prises de position publiques, il convient de rappeler que plusieurs spécialités souffrent également d’un manque criant d’effectifs.

Une collaboration étroite entre les facultés de médecine et les décideurs s’avère essentielle pour bien planifier la formation de la main-d’œuvre au cours des prochaines décennies, et ce, dans tous les secteurs. Aussi, à la demande du MSSS, les facultés de médecine vont hausser de façon considérable leur capacité d’accueil dans leurs programmes d’études : d’ici 2025, le nombre d’admissions en médecine s’élèvera à 1050 par année, soit une hausse de 26,5 % depuis 2019. Ces augmentations, combinées aux effets de la pandémie, causeront toutefois une surcharge de travail importante pour nos équipes et nos établissements d’enseignement.

Médecine de première ligne : un changement de modèle s’impose

Un autre aspect mérite toute notre attention pour améliorer l’accessibilité aux soins : le renforcement de la première ligne par l’interprofessionnalisme. Pour ce faire, la formation de la nouvelle génération de médecins et de tous les professionnels de la santé doit s’effectuer en contact étroit avec les intervenants de l’ensemble des disciplines qui touchent les soins aux patients.

Ce nouveau modèle pédagogique va demander un effort collectif des facultés, de concert avec le MSSS, pour valoriser davantage la pratique en première ligne et promouvoir des modèles de soins misant sur un engagement plus soutenu de l’ensemble des professions de la santé.

La « refondation » devra également miser sur le potentiel humain et une organisation des soins davantage axée sur la bienveillance. Dans cette optique, les facultés de médecine préconisent déjà une participation plus active du patient – selon l’approche du patient partenaire, où celui-ci devient un acteur central, notamment dans la prise de décisions partagées. Ce type d’approche permet de bonifier et d’humaniser les soins offerts à la population, tout en contribuant à faire évoluer les pratiques par l’innovation sociale et la recherche.

Miser sur la recherche

Outre la formation, rappelons le rôle des universités et de leurs facultés de médecine comme moteurs de changement et d’innovation grâce à la recherche fondamentale, clinique et populationnelle. Si les fruits des travaux des professeurs-chercheurs sont parfois longs à récolter, il demeure que la création de nouveaux savoirs est essentielle pour répondre aux enjeux de société.

Pensons à la biologie des ARN qui sous-tend les vaccins contre la COVID-19 ou encore aux algorithmes d’intelligence artificielle aux multiples retombées, lesquels ont été découverts après des décennies de labeur dans des lieux de recherche neutres et indépendants. La communauté scientifique du Québec doit pouvoir compter sur les universités pour poursuivre la recherche selon des axes qui, autrement, ne seraient pas soutenus par l’entreprise privée.

Investir dans les infrastructures pour accomplir la mission universitaire

Depuis deux siècles, les facultés de médecine sont des acteurs incontournables du réseau de la santé au Québec. Les changements majeurs survenus dans la pratique médicale grâce aux avancées en médecine tertiaire et quaternaire, lancés par notre corps professoral, ont permis aux hôpitaux universitaires de développer des infrastructures modernes. Ces développements récents ont eu un impact important sur la qualité de la formation offerte à nos étudiants et étudiantes de même que sur les soins dispensés à la population.

Mais beaucoup de travail reste à faire pour moderniser l’ensemble des infrastructures hospitalières et universitaires, trop souvent obsolètes. La bonification de la formation, l’augmentation des cohortes étudiantes ainsi que le maintien et le développement des équipes de recherche vont nécessiter des investissements massifs dans nos infrastructures.

Ainsi, nous sommes heureux de voir que la formation du personnel se retrouve au sommet des 50 mesures du plan de refondation et que des investissements importants ont été annoncés pour la modernisation des infrastructures du réseau de la santé. Il nous apparaît tout aussi essentiel que le ministre Dubé tienne compte des besoins des universités dans son plan d’action et poursuive le dialogue avec nos instances, en collaboration avec le ministère de l’Enseignement supérieur. Il en va de notre mission, soit de construire des savoirs et de les transmettre aux nouvelles générations au bénéfice de la société.

* Le DPatrick Cossette est également président de la Conférence des doyens des facultés de médecine du Québec du Bureau de coopération interuniversitaire (BCI).

** Cosignataires : DDominique Dorion, doyen de la faculté de médecine et des sciences de la santé de l’Université de Sherbrooke ; DDavid Eidelman, vice-principal (santé et affaires médicales) et doyen de la faculté de médecine et des sciences de la santé de l’Université McGill ; DJulien Poitras, doyen de la faculté de médecine de l’Université Laval.

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