Les crises mondiales se succèdent et ne semblent pas s’essouffler : à peine sortis d’une pandémie, nous voilà plongés dans une crise énergétique déclenchée par la guerre en Ukraine, le tout sur fond de crise climatique.

Publié le 16 mars
Johanne Whitmore
Johanne Whitmore Chercheuse principale de la Chaire de gestion du secteur de l’énergie, HEC Montréal, et 26 autres signataires*

Ces évènements exposent les limites de nos systèmes économiques, sociaux, environnementaux et énergétiques qui sont étroitement liés. Il devient ainsi de plus en plus évident que se contenter de retourner à un état d’« avant » les crises ne nous mettra pas sur la bonne voie.

Les prochains mois mettront à rude épreuve les engagements de nos gouvernements à réconcilier croissance économique, sécurité énergétique, équité sociale et lutte contre les changements climatiques. Ceci est d’autant plus vrai que plusieurs experts prédisent que la crise énergétique en cours ne s’améliorera pas de sitôt, si bien que certains s’affairent déjà à raviver des projets défunts d’exportation de gaz naturel liquéfié et de pétrole. Or, la réalité est que ces projets ne verraient pas le jour avant plusieurs années et ne feraient qu’accroître notre dépendance aux hydrocarbures plutôt que de nous inciter à tendre vers la sobriété et la transition énergétique qui, le plus souvent, se conjuguent avec une plus grande autonomie locale des ressources.

La crise énergétique qui sévit ne doit pas servir à exacerber la crise climatique. Au contraire, il nous faut saisir l’occasion pour accélérer la transition vers une économie plus juste, prospère et durable qui, d’ailleurs, constitue déjà un objectif adopté par plusieurs gouvernements et défendu par de nombreux acteurs de la société civile.

Devant une telle situation, comment pouvons-nous tirer profit des apprentissages issus des crises auxquelles nous sommes confrontés afin de ne pas les « gaspiller » ? Trois pistes de réflexion sont proposées ici.

Prioriser l’économie circulaire

Ces crises sont interreliées. Il faut donc éviter de les résoudre de façon isolée. Les pays prennent conscience de leur dépendance vis-à-vis des chaînes d’approvisionnement très complexes, intégrées et intensives en ressources énergétiques et stratégiques en provenance d’autres pays. Afin de nous en affranchir un tant soit peu, il nous faut revoir nos processus et modes de production et de consommation. Pour favoriser la croissance économique et réduire notre dépendance aux carburants fossiles, les gouvernements doivent augmenter la création de richesse par l’optimisation, la réduction de pertes et l’utilisation efficace des ressources matérielles et énergétiques à travers la chaîne de valeur d’un produit ou d’un service. La transition vers une économie circulaire ne fait pas qu’améliorer la productivité et la résilience des entreprises et de l’économie, elle permet de réduire son empreinte environnementale.

Faire plus, avec moins

Avec la hausse des prix du pétrole et de l’inflation, notre pouvoir d’achat collectif et individuel s’en trouve réduit. Il nous faut donc trouver des moyens pour en avoir plus pour notre argent et en faire plus avec moins. Durant la crise du pétrole des années 1970, les gouvernements avaient établi de nouvelles normes d’efficacité énergétique et d’écofiscalité afin de mieux utiliser les ressources qui coûtaient alors plus cher (tels que pour les voitures et les bâtiments). Ceci a eu pour effet d’augmenter la productivité de notre énergie : c’est-à-dire que pour chaque litre d’essence ou kilowattheure consommé, l’utilisateur en tire plus de bien-être. Être plus performant dans notre utilisation des ressources est de l’argent dans nos poches.

Mieux intégrer la science dans la prise de décision

Au cours des deux dernières années, il a généralement été admis qu’il fallait éviter de politiser la gestion de la pandémie afin de s’en sortir. Les voix ont été nombreuses pour reconnaître l’importance d’avis et d’analyses publiques produits par des structures scientifiques compétentes et indépendantes.

La pandémie a permis d’illustrer à quel point l’accès aux données scientifiques est un facteur clé du processus décisionnel et de l’acceptabilité sociale pouvant mener à une action efficace et collective en temps de crise.

Dans la même veine, les gouvernements doivent appuyer leurs décisions sur des données probantes et mettre de l’avant des structures pérennes et transparentes capables de fournir des expertises interdisciplinaires, indépendantes des cycles électoraux et capables de définir des actions qui réconcilient de façon optimale l’environnement, l’équité sociale, les besoins énergétiques, les menaces à la santé publique et l’économie.

Les changements climatiques demeureront une menace que nous devrons gérer, en parallèle des autres crises complexes, qu’il s’agisse de pandémies, de guerres ou de crises énergétiques. La création d’une économie résiliente à faibles émissions exigera des décennies d’investissements publics et privés pour transformer nos modèles économiques et nos comportements individuels. Plutôt que recourir à des solutions opportunistes à court terme, il nous faut des solutions intégrées qui nous permettent d’avancer simultanément sur tous les fronts à la fois.

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