Aucune organisation ne peut survivre longtemps sans mesurer sa performance. Notre réseau de la santé semble s’empêtrer dans la médiocrité en n’évaluant pas ses pratiques. Et si, effectivement, la main-d’œuvre était suffisante dans un contexte où la pratique serait de qualité ?

Publié le 14 février
Jacques gagnon Gestionnaire du réseau de la santé de 1985 à 2018

Après plus de 30 ans à analyser les besoins en approvisionnement dans notre réseau de la santé, je n’ai pu que constater la difficulté d’implanter une culture organisationnelle axée sur la mesure de l’efficacité des pratiques médicales et leurs coûts globaux.

Combien coûte la non-qualité en entreprise ? Plusieurs études le démontrent et sont révélatrices en ce qui a trait aux économies de main-d’œuvre possibles, et ce, simplement en adoptant les meilleures pratiques dès le début de la chaîne de production ou de soins.

Loin de vouloir blâmer les infirmières, elles sont placées dans un contexte de surcharge et où le temps de formation est insuffisant. Il devient alors difficile pour elles de remettre en question leurs pratiques. Dans les faits, les infirmières s’enlisent dans la non-qualité, participant sans le vouloir à leur propre fardeau.

Voici quelques exemples probants de non-qualité dans les soins prodigués dans notre réseau de la santé :

Infections urinaires

Parmi les indicateurs de non-qualité, mentionnons les trop nombreuses erreurs médicamenteuses pouvant mener à des hospitalisations prolongées.

L’un de ces autres indicateurs est celui lié aux infections urinaires à la suite de l’insertion d’une sonde urinaire. Quelque 3 % des patients hospitalisés développeront ainsi une infection en raison de mauvaises pratiques ou, parfois, de l’usage de fournitures inadéquates ou de mauvaise qualité. Ainsi, pour un seul centre hospitalier qui compte 10 000 admissions par année, cela peut aisément se traduire par 900 jours d’hospitalisation supplémentaires, avec ce que cela exige en termes de temps infirmier.

Infections et soins de plaies

Un autre indicateur de non-qualité courant et des plus coûteux est celui lié aux soins de plaies. Voilà probablement l’un des soins où la qualité dans la pratique permettrait au réseau de récupérer des milliers d’heures de temps infirmier, tout en améliorant la qualité au patient sur les soins prodigués.

Rappelons que la considération première du soin des plaies complexes est le risque d’infection. La prévention des infections devrait donc être un objectif prioritaire pour tous les professionnels de la santé. Voici quelques exemples de plaie mal soignée et leurs conséquences :

Brûlures d’épaisseur partielle :

  • le taux d’infection acquise en centre hospitalier atteint jusqu’à 10 % des patients admis ;
  • conséquences : séjour prolongé (en moyenne 10,2 jours de plus).

Ulcères veineux :

  • 70 % des ulcères sont d’origine veineuse, donc traitables ;
  • les deux tiers des personnes de plus 65 ans vont souffrir d’ulcères avec la pratique actuelle ;
  • la moitié de la population affectée présente des ulcères depuis 5 à 10 ans.

Ulcères du pied diabétique (UPD) :

  • plus de 50 % des UPD s’infectent avec les techniques actuelles ;
  • 85 % des amputations du membre inférieur chez un diabétique sont précédées d’un ulcère du pied.

Manipulation de cathéters

Parlons également des erreurs de manipulation des cathéters intraveineux causant un besoin de soins supplémentaires de la part du personnel infirmier. Elles sont en grand partie causées par des complications qui auraient pu être évitées, si seulement on prenait le temps d’adopter les bonnes pratiques.

Le taux d’échec des installations de cathéters est de 30 %. Les causes sont multiples. En voici quelques-unes : mauvais choix de site d’insertion, pansement/stabilisation inadéquat, sang ou liquide sous le pansement, rougeur au site, exposition au sang, présence de sang au point de raccordement, etc.

Les conséquences de ces échecs sont importantes : infection, phlébite, occlusion, délogement, extravasation.

Évaluation des pratiques

En fait, il y a beaucoup d’autres exemples où la qualité n’est pas mesurée dans notre réseau de la santé, et ce, malgré les standards d’Agrément Canada qui sont supposément atteints.

Dans le contexte de la pandémie de COVID-19, de la pénurie de main-d’œuvre et de la « refondation » promise par le ministre Dubé, la récupération du temps infirmier associée à l’adoption des meilleures pratiques dans les soins s’avérerait une mine d’or pour la gestion du réseau de la santé. Il est impératif de prendre le temps d’intégrer l’expertise clinique basée sur les meilleures pratiques pour améliorer les soins et ainsi réduire leurs coûts et le temps infirmier. Malheureusement, pendant ce temps, certains pansements se posent à l’envers…

Qu'en pensez-vous? Exprimez votre opinion