En réponse à l’éditorial « Du calme, docteurs ! », signé par Alexandre Sirois dans La Presse du 5 février

Publié le 9 février
Marc-André Amyot
Marc-André Amyot Président de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec

D’abord, nous voulons préciser que les médecins de famille refusent simplement de servir de boucs émissaires pour des ratés systémiques du réseau de la santé qui dépassent de très loin leurs responsabilités et leur volonté. Après deux ans de pandémie qui a demandé des efforts inédits aux médecins de famille en raison de leurs responsabilités sur le plan de la prise en charge et du suivi de patients, jumelées à un travail considérable en établissement (urgences, hospitalisation, cliniques COVID-19, CHSLD et soins de longue durée, obstétrique, réadaptation, soins intensifs, etc.), le dénigrement gratuit et l’intimidation législative dont ils sont victimes n’ont aucunement raison d’être et doivent cesser.

Les médecins de famille sont conscients des difficultés d’accès aux soins. Ils en souffrent aussi et ils jugent inacceptable le statu quo. Toutefois, sur le terrain, nous devons composer avec des faits inéluctables : il manque approximativement 1000 médecins de famille au Québec, plus de 400 postes de résidence en médecine familiale sont demeurés vacants depuis 2013 dans les facultés de médecine de la province, les Groupes de médecine de famille ont été délestés de nombreuses ressources depuis le début de la pandémie et les médecins de famille doivent toujours consacrer près de 40 % de leur pratique à des tâches en milieu hospitalier, une particularité unique au Québec.

Les médecins de famille font et veulent faire partie de la solution pour améliorer l’accès aux soins de première ligne, mais ils ne peuvent pas être l’unique solution dans le contexte actuel. De nouvelles façons de faire doivent émerger.

Voilà pourquoi la Fédération a fait siennes plusieurs propositions novatrices au cours des derniers mois, notamment en s’assurant d’une adhésion importante de ses membres à un éventuel système de prise de rendez-vous simplifié, mais surtout en prônant la mise en place à la grandeur du Québec de Guichets d’accès à la première ligne (GAP). Ces propositions ont d’ailleurs été reprises par de nombreux acteurs du réseau de la santé ayant témoigné en commission parlementaire la semaine dernière.

Le déploiement de GAP, entre autres, dans chaque région, permettrait à d’autres professionnels de la santé (infirmières, psychologues, travailleurs sociaux, physiothérapeutes, pharmaciens, etc.) d’être la porte d’entrée du système de soins tout en diminuant la surcharge des médecins de famille.

L’avenir est là : le bon professionnel pour le bon patient au bon moment. Si on ajoutait au déploiement fonctionnel du GAP une prise en charge de groupe comme nous le proposons depuis des mois, plutôt qu’individuelle et reposant sur les épaules du seul médecin de famille, ainsi qu’un allègement de la charge administrative pour les médecins, nous aurions alors réellement des conditions gagnantes pour améliorer l’accès.

Malheureusement, à ce jour, le gouvernement, au-delà du discours, refuse de s’engager dans ces voies prometteuses et d’offrir des garanties à cet égard. D’ailleurs, le projet de loi 11 ne fait nullement référence à ces solutions novatrices et ne contient aucune mesure structurante qui permettra un meilleur accès aux soins de première ligne.

Ce projet de loi n’en est pas un sur l’accès, mais plutôt sur le contrôle bureaucratique de la profession médicale. Alors, tenter d’associer le projet de loi 11 à une « refondation » du système de santé relève uniquement du marketing politique. Allons plutôt de l’avant avec de véritables solutions pour améliorer l’accès aux soins de première ligne, développées et mises en place en concertation avec les professionnels de la santé. Il est là, notre message ! Le gouvernement doit choisir cette voie et, s’il le fait, les médecins de famille seront au rendez-vous. Les Québécois méritent une telle concertation.

Lisez l’éditorial « Du calme, docteur ! »
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