La question de la place de la langue française à Montréal fait beaucoup parler d’elle depuis quelque temps. Moi qui habite le centre-ville depuis 21 ans, j’ai la nette impression qu’à mesure que te temps passe, l’on y entend toujours plus la langue anglaise que française. N’est-ce qu’une impression ? Et si ce n’en est pas une, à quoi est due la progression constante et régulière de l’anglais ?

Publié le 5 février
Richard Bergeron
Richard Bergeron Urbaniste

Nous vivons depuis deux ans une grave crise sanitaire. Les médias ont souligné qu’elle s’était traduite par une embellie démographique pour les régions éloignées du Québec, dont mon Lac-Saint-Jean natal qui a gagné près de 2000 habitants, ou encore cette chère Gaspésie, à la démographie qui semblait désespérée, qui en a pour sa part gagné 1600. Ce dont je me réjouis, évidemment.

Ces gains sont dus aux migrations interrégionales (à distinguer des migrations internationales et interprovinciales). Mais pour que des régions gagnent des habitants au titre de ce type de migrations, il faut nécessairement que d’autres en perdent. Ce fut le cas pour Montréal, qui a perdu pas moins de 84 200 habitants au seul titre des migrations entre régions du Québec en 2019-2020 et en 2020-2021.

Qu’est-ce que la langue a à voir avec ce constat ? vous demanderez-vous. Il faut savoir que les profils démo-linguistiques des populations évoluent lentement. Au dernier recensement dont les résultats sont connus, celui de 2016, le français était la langue maternelle de 83,4 % de la population de la grande banlieue montréalaise, de 92,4 % chez les autres régions du Québec. La relative stabilité de ces profils démo-linguistiques permet de formuler l’hypothèse, plutôt prudente, que 85 % des Montréalais qui ont quitté leur île pour les régions du Québec au cours des deux dernières années étaient des francophones, soit pas moins de 71 500 personnes.

Au recensement de 2016, la part du français langue maternelle sur l’île de Montréal est passée sous la barre des 50 %. Considérant ces tout récents 71 500 francophones en moins, il faut craindre la publication prochaine des résultats du recensement de l’an dernier (2021).

La pandémie COVID-19 n’a fait qu’accélérer ponctuellement un mouvement de fond qui est indéniablement la principale cause du déclin du français à Montréal, à savoir l’exode massif des francophones vers la grande banlieue depuis des décennies, auquel vient tout juste de s’ajouter un début d’exode vers les autres régions du Québec.

Qui dit français langue maternelle fait forcément référence aux Québécois francophones et aux immigrés français, belges et suisses. Or, je serais très étonné d’apprendre que nombre de personnes au sein de ces trois derniers groupes, de toute façon numériquement peu importants, ont quitté Montréal pour Sainte-Sophie, Saint-Félicien, Saint-Alexandre-de-Kamouraska et multiples autres saints au cours des deux dernières années. À l’évidence, ce sont les Québécois francophones qui tournent massivement le dos à Montréal.

On entend actuellement, de la part des défenseurs de la langue française, des concerts de louanges adressés à François Legault pour sa décision de ne pas financer l’agrandissement du collège Dawson. Il s’agit pourtant d’un bien petit évènement en regard de l’essentiel, à savoir que les Québécois francophones sont de plus en plus en rupture symbolique et culturelle avec leur métropole.

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