La lettre s’adresse au premier ministre François Legault

Publié le 3 février
Nick Farkas Vice-président principal, programmation, concerts et évènements, evenko, et 11 autres signataires de l’industrie du spectacle*

Monsieur le Premier Ministre, au risque de nous répéter, allons-y d’une introduction claire : à l’instar de la restauration, de l’hôtellerie et du tourisme d’affaires, l’industrie du spectacle a été l’un des secteurs économiques les plus touchés par la pandémie.

Votre gouvernement a récemment annoncé qu’à compter du 7 février, les évènements intérieurs pourront accueillir un nombre de spectateurs équivalant à la moitié de leur capacité, jusqu’à un maximum de 500 personnes. Quant aux évènements extérieurs, un maximum de 1000 participants doit être respecté. Aucune annonce n’a été faite pour le moment sur les règles qui seront éventuellement applicables pour les spectacles et évènements de l’été.

Pour le milieu culturel, cette annonce est nettement insuffisante. Après deux ans d’incertitude et de mesures sanitaires changeantes, nous demandons de la prévisibilité quant à une reprise complète de nos activités, car les défis auxquels nous faisons face deviennent, cette fois, insurmontables. Dans notre cas, les annonces de réouverture d’une semaine à l’autre ne fonctionnent pas.

Dans un premier temps, il importe de réaffirmer que les jauges réduites sont peut-être perçues comme une soupape pour le public affamé de retrouver la scène culturelle, mais en aucun cas elles ne le sont pour les organisateurs d’évènements et les promoteurs de spectacles.

Pour plusieurs, en plus d’être un casse-tête logistique, une salle à 50 % de capacité fonctionne à perte. Ils doivent donc annuler les spectacles prévus. Il est à prévoir que bon nombre d’entre eux ne pourront surmonter financièrement une nouvelle période d’activités à capacité réduite.

Perte de confiance des partenaires d’ici et d’ailleurs

L’incertitude quant à la date d’une réelle reprise cause aussi une perte de confiance chez les artistes et leurs équipes. Les spectacles ont été trop souvent reportés et nous assistons maintenant à une vague d’annulations sans précédent.

La confiance s’est également effritée avec les artistes internationaux. Puisque les évènements intérieurs et extérieurs doivent toujours composer avec des capacités réduites et autant de restrictions sanitaires, il nous est de plus en plus difficile de convaincre les artistes internationaux de venir performer en sol québécois. D’autres villes, en sol canadien ou américain, reprennent des dates qui nous étaient initialement destinées. Un changement qui n’est pas anodin : c’est un marché qui se décompose au profit d’autres, qui prennent forme. Faut-il le rappeler : nulle part en Amérique du Nord les tournées doivent-elles composer avec des restrictions aussi sévères qu’ici au Québec.

Alors que le Québec était autrefois un arrêt obligatoire en tournée nord-américaine, notre manque de cohésion par rapport aux mesures sanitaires qui sont déployées partout ailleurs menace aujourd’hui notre présence sur la route des artistes internationaux.

Cette vague pèse extrêmement lourd sur la santé mentale des artistes et de l’ensemble des travailleurs de notre industrie. D’ailleurs, une conséquence prévisible mais regrettable de la situation actuelle sera l’accentuation de la pénurie de main-d’œuvre et d’expertise dans notre milieu, déjà mis à mal par la pénurie de main-d’œuvre qui touche l’ensemble des secteurs. Qui veut encore travailler dans une industrie aussi instable aux prises avec des règles toujours changeantes ?

Le manque de prévisibilité quant à la date de la reprise inquiète aussi les évènements extérieurs. Moteur socio-économique important et vitrine touristique exceptionnelle, les évènements doivent composer chaque année avec un risque financier considérable. Ils engagent des sommes faramineuses en coûts de production et de programmation, en prenant le pari de renflouer les coffres en quelques jours tout au plus. Combien de festivaliers pourront-ils accueillir ? Combien de revenus autonomes pourront-ils générer ? Sans prévisibilité, comment prendre un pari calculé et ne pas risquer des pertes financières extrêmement importantes ? Difficile de planifier et de coordonner des opérations fluides avec une expérience-client intéressante lorsqu’on ne sait pas où l’on s’en va.

La prévisibilité demandée

L’expérience acquise dans les salles et les grands évènements dans le monde démontre qu’ils sont largement sécuritaires. Or, si l’on veut une reprise du milieu culturel, ce moteur générateur de bonheur collectif et de retombées économiques importantes, c’est maintenant qu’il faut le remettre en marche.

Ce que nous vous demandons respectueusement, Monsieur le Premier Ministre, c’est l’annonce d’une date à laquelle les évènements intérieurs et extérieurs pourront se tenir à pleine capacité.

*Cosignataires : Laurent Saulnier, vice-président, programmation évènements culturels et festivals, de Spectra ; Michel Sabourin, porte-parole de l’Association des salles de spectacles indépendantes du Québec (ASSIQ) et président du Club Soda ; Martin Roy, président-directeur général du Regroupement des évènements majeurs internationaux (REMI) ; François-G. Chevrier, directeur général d’Évènements Attractions Québec (EAQ) ; Patrick Kearney, président du Regroupement des festivals régionaux, artistiques et indépendants (REFRAIN) ; Patrick Rozon, vice-président contenu francophone de Juste pour rire et directeur général et artistique du ZOOFEST ; Anne Hudon, présidente-directrice générale de BLEUFEU et du Festival d’été de Québec ; Louis Bellavance, vice-président au contenu et à la direction artistique de BLEUFEU et du Festival d’été de Québec ; Thomas Grégoire, directeur général et artistique de Festivoix ; Pascal Lefebvre, président d’Igloofest et de Piknic Électronik ; Wayne Zronik, président de Business Operations, Live Nation Canada

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