Avec tout ce qui se passe au sein de l’industrie du camionnage, il ne faut pas s’attendre à la perfection au supermarché.

Publié le 27 janvier

Dans de nombreuses régions du pays, les consommateurs signalent un nombre croissant d’étagères vides dans les épiceries. Cela se passe ici, aux États-Unis et dans de nombreuses autres régions industrialisées du monde ; ce phénomène outrepasse le territoire canadien.

Au Canada, des étagères vides s’observaient déjà à l’automne, mais elles passaient quelque peu inaperçues et apparaissaient de manière sporadique alors que les problèmes de la chaîne d’approvisionnement se poursuivaient et que notre industrie alimentaire peinait à suivre la cadence. Les protocoles sanitaires imprévisibles, la pénurie de main-d’œuvre et des coûts d’intrants plus élevés depuis des mois tendent à créer une tension accrue sur la chaîne d’approvisionnement, vouée à céder un jour ou l’autre.

La propagation virulente d’Omicron n’a fait qu’empirer la situation. La plupart des entreprises alimentaires, de la ferme au magasin, fonctionnent au ralenti avec de 15 à 30 % de leur personnel en moins pour gérer la charge de travail. Et puisque l’on manipule souvent des ingrédients périssables, pour de nombreux agriculteurs, transformateurs et détaillants, attendre ne constitue tout simplement pas une option.

Nouveaux défis

Toutefois, le scénario de janvier 2022 à l’épicerie ne ressemble nullement à celui de mars 2020. Cette fois-ci, les problèmes de chaîne d’approvisionnement et la hausse des coûts de distribution représentent des facteurs déterminants. Tandis qu’en mars 2020, les pénuries de papier hygiénique et de nourriture résultaient de la panique des consommateurs et de l’effondrement de l’industrie de la restauration. Cette fois-ci, le variant Omicron, la météo hivernale et, bien sûr, les mandats de vaccination à la frontière constituent les grands défis de la chaîne d’approvisionnement.

Alors qu’Omicron a donné un véritable coup de poing à l’industrie alimentaire, les mandats de vaccination pour les camionneurs privent l’industrie de l’oxygène dont elle a désespérément besoin en ce moment. Mais puisque la décision semble irrévocable, l’industrie l’affrontera et trouvera assurément un moyen de remplir les tablettes, advienne que pourra !

On compte près de 140 000 camionneurs qui ne peuvent plus traverser la frontière, d’un côté ou de l’autre, depuis le 22 janvier.

Il faudra donc s’attendre à ce que la nourriture coûte plus cher et à ce que sa qualité soit amoindrie. On constate déjà moins de fraîcheur pour plusieurs produits frais puisqu’ils arrivent en magasin beaucoup plus mûrs qu’à l’habitude.

Des coûts logistiques plus élevés rattraperont les consommateurs éventuellement. Les coûts de transport entre les États-Unis et le Canada pour certaines routes ont pratiquement doublé depuis une dizaine de jours. Les épiciers devront réajuster leurs prix, mais ils le feront de façon graduelle pour ne pas répéter le tollé créé lors de la fameuse « crise du chou-fleur » en 2016. Le dollar canadien avait alors baissé en quelques jours, en plein hiver, forçant les importateurs à payer plus cher pour les légumes. La tête du chou-fleur atteignait 9 $ à certains endroits, forçant plusieurs consommateurs à bouder le produit. Gaspillage, mauvaise image, disons que les détaillants ne veulent pas répéter les mêmes erreurs. Mais avec les coûts logistiques qui gonflent, certains importateurs décideront peut-être de délaisser des produits pour l’instant au lieu de les importer.

Il ne faut pas oublier que l’industrie alimentaire a su faire face à de nombreuses crises au cours des dernières décennies et, malgré la pandémie, elle a continué de traiter et de livrer la marchandise. Les mandats de vaccination aux frontières posent un problème, bien sûr, mais l’environnement réglementaire a toujours représenté un facteur parmi tant d’autres.

Nous ne devons pas sous-estimer la résilience de notre industrie alimentaire. Les consommateurs ne trouvent pas toujours ce qu’ils veulent ces temps-ci, mais ils trouveront toujours ce dont ils ont besoin.

Cela est rendu possible grâce au travail et aux efforts des entreprises et des personnes prêtes à surmonter tous les obstacles qui se trouvent sur leur chemin.

PHOTO DAVID LIPNOWSKI, LA PRESSE CANADIENNE

Un convoi de camions en route vers Ottawa pour contester les mandats de vaccination est acclamé près de Winnipeg, au Manitoba.

Mais pour les camionneurs, la situation n’est pas rose. Des milliers de camionneurs indépendants ont perdu leur emploi à cause des mandats de vaccination. En guise de protestation contre ces mandats, un convoi s’est organisé et près de 4 millions de dollars ont été amassés. En partance de la Colombie-Britannique, il se dirige vers Ottawa en amalgamant d’autres chauffeurs tout au long de sa route. Les camionneurs ont parfaitement le droit de manifester, mais ce convoi en lui-même est futile et ne fera probablement pas une grande différence, outre le fait de causer des perturbations dont personne n’a besoin en ce moment. Il y a moins de deux ans, au début de la pandémie, on considérait les camionneurs comme des héros, mais ce mouvement de protestation pourrait miner considérablement leur image.

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