Je ne parlerai pas cette fois de COVID ni de pandémie.

Publié le 25 janvier

Comme plusieurs, j’éprouve un ras-le-bol, je suis au bord de la rupture d’adhésion, moi, la bonne fille solidaire et triple vaccinée. C’est rendu que le matin, depuis début janvier, je saute les nouvelles COVID-19 dans les journaux et passe directement à la culture ou aux affaires. Plus capâble du sujet national incontournable depuis deux ans. Lasse. Tannée. Car il continue malgré la pandémie à se passer des choses, et la vie se glisse parfois dans la section économie des quotidiens.

Le dimanche 16 janvier, dans les pages Vos finances de La Presse+1, Martine Letarte exposait le cas d’une jeune sexagénaire qui retardait sa retraite, son budget étant défoncé par… les dépenses de son couple, financièrement inéquitable. Elle payait pour une maison dont elle n’était pas propriétaire, une voiture alors qu’elle ne conduit pas, partageait tout à 50 % malgré un revenu modeste et les avoirs importants de son conjoint. Après des décennies de féminisme et des montagnes de chroniques financières au fil des ans, la situation décrite était sidérante.

La question encore épineuse et piégée du rapport des femmes à l’argent est un de ces sujets disparus de la conversation depuis deux ans, avalé par le trou noir monomaniaque de la COVID-19.

C’est un sujet complexe, encore problématique, qu’on croyait réglé. Une question peu abordée par le féminisme actuel, plus intéressé par les questions de genre que par les classes sociales. Pourtant, le salaire médian des femmes équivaut encore aujourd’hui à 70 % de celui des hommes québécois. Parlons donc des femmes et de l’argent…

La question soulevée par le texte de La Presse+ est celle, jamais réglée, de l’intimité. Les féministes des années 1970 ont fait faire des bonds de géante aux femmes quant à leur place sociale et politique dans la société. Mais leur angle mort a toujours été la question de l’intimité, du couple, de la famille. Comment y vit-on, qui fait quoi, qui paye ? Les naufrages amoureux entraînant un appauvrissement des femmes sont malheureusement encore légion.

Cette question me touche parce qu’avec Marie Grégoire (avant qu’elle soit nommée à la direction de la BanQ), nous avons conçu une balado en cinq épisodes pour le Conseil du statut de la femme2. Sous le titre Les femmes et l’argent, nous abordons, au moyen d’entrevues, de données et de réflexions, la question de l’argent dans l’intimité du couple, mais aussi les thèmes de l’ambition, du pouvoir, des âges de la vie et des générations.

Ce qui m’a le plus troublée, au fil des épisodes, est le fait que malgré des progrès incontestables, l’apparition de modèles féminins, les pétages de plafonds de verre, les nouvelles générations plus décomplexées face à la réussite, les femmes continuent à avoir une relation trouble à l’argent.

La situation nous touche toutes, femmes privilégiées ou en situation précaire, immigrantes, chômeuses, cheffes de PME. L’ambition, le succès, la négociation, le sentiment d’avoir de la valeur sont encore problématiques. J’irais jusqu’à dire qu’au Québec, en général, aussi bien chez les hommes que chez les femmes, le rapport à l’argent est encore tabou, ou du moins une zone trouble.

Nous sommes peu éduquées sur ces questions. On parle d’économie, mais peu de notre salaire. De retraite rêvée à 55 ans, mais pas de l’angoisse suscitée par l’inégalité financière dans de nombreux couples. L’argent des femmes n’est pas un thème à la mode, c’est peu dire. Pourtant, nous gérons des budgets, familiaux ou d’entreprises. Nous en avons besoin. Nous le dépensons. Nous en manquons. Nous en donnons. Et la pandémie actuelle aura touché les femmes de front, nombreuses dans les secteurs lourdement impactés : culture, évènementiel, restauration, hôtellerie. Elle aura questionné de nombreuses travailleuses de la santé et de l’éducation quant à leur avenir. Il y aura encore matière économique à réfléchir pour les femmes lorsque la situation sera « normalisée », car on constatera des reculs.

Les femmes (et les hommes aussi) pourraient être mieux formées financièrement, devraient plus s’intéresser à leurs revenus, à l’argent. EN PARLER. Mieux négocier individuellement, planifier, militer pour des programmes et actions collectives. Les femmes sont traditionnellement associées à l’altruisme, à la générosité, à l’abnégation. Quand il est question d’argent, ces belles qualités peuvent être des armes à double tranchant. Apprenons vite à voir l’argent pour ce qu’il est : un outil d’autonomie, un instrument de liberté, de choix. Un moyen de dire NON, un pouvoir de se dire OUI. Car c’est bien de la moitié du cash qu’il s’agit ici.

1. Lisez « Lorsque les finances du couple sont gérées inéquitablement »
2. Écoutez la balado Les femmes et l’argent
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