Depuis le début de la pandémie, s’il est un domaine où le gouvernement de la CAQ se vante d’avoir bien performé, c’est sa campagne de vaccination. Soit, la mise en place rapide de centres de vaccination de masse avec une prise de rendez-vous informatisée a effectivement réussi à vacciner massivement et relativement rapidement une portion appréciable de la population. Mais à ce stade-ci, on sent que cette stratégie s’essouffle, qu’elle a atteint les limites de sa performance et de ses capacités.

Publié le 21 janvier
Marie-Claude Blouin
Marie-Claude Blouin Ophtalmologiste, Sorel-Tracy

En date du 19 janvier, 85,6 % de la population québécoise avait reçu au moins une dose de vaccin, 78,3 % deux doses et 33,1 % trois doses. Partout, les graphiques disponibles montrent un plateau. Comment alors étendre davantage la couverture vaccinale ?

Parce qu’il serait faux de croire que tous les gens encore non vaccinés le sont par conviction, par adhésion à des théories complotistes « antivax ». En fait, de nombreuses personnes ne cadrent pas dans la stratégie vaccinale déployée jusqu’à maintenant, et ce pour plusieurs raisons. Les barrières potentielles à la vaccination sont multiples : barrière linguistique, désinformation ou non-information, mobilité réduite, misère sociale, isolement, itinérance, absence d’accès à l’internet pour la prise de rendez-vous, manque de ressources pour faire les démarches menant à l’obtention d’un rendez-vous, absence de transport, etc.

Encore une fois, le gouvernement s’est appuyé sur une logistique hypercentralisée, formatée, top-down, pour la campagne de vaccination.

Toute la population, toutes les régions, toutes les communautés doivent rentrer dans le même moule du seul et unique modèle proposé de vaccination. C’est une fois de plus oublier les particularités des clientèles propres à chaque région, chaque quartier, chaque communauté.

Oui, pour l’ensemble et la vaste majorité de la population, le programme de vaccination actuel basé sur une prise de rendez-vous majoritairement par internet et quelques centres ciblés de vaccination sans rendez-vous aura atteint la cible. Mais il faut maintenant se demander comment rejoindre les individus non vaccinés, ceux qui n’entrent pas « dans le moule ». C’est ici que le système doit se montre flexible, agile, ancré sur la réalité du terrain et qu’il trouve des solutions en dehors de la boîte, en dehors du moule imposé, près du terrain. Il faut laisser le terrain trouver des initiatives, des solutions adaptées à ses réalités.

Vivre avec le virus

Le gouvernement adopte de plus en plus le discours selon lequel nous devons maintenant apprendre à vivre avec le virus. Il faut donc que le vaccin puisse aller facilement et simplement sur le terrain, tout comme les autres vaccins facilement disponibles en cabinet, en groupe de médecine de famille (GMF), en pharmacie, en hôpital.

Vous vous êtes blessé et consultez à l’urgence pour des points de suture ? Ni une ni deux, on vous vaccine illico pour le tétanos. Sans cérémonial, sans tergiversations à n’en plus finir et sans montagne administrative. Vous consultez votre médecin pour votre rendez-vous annuel ? Il vous offre de vous vacciner ici, tout de suite, pour la grippe.

Le vaccin pour la COVID-19 devrait dès maintenant être facilement offert et accessible aux médecins et infirmières qui sont déjà déployés sur le terrain et qui ont toutes les capacités et tous les plateaux techniques nécessaires pour vacciner les patients qu’ils voient dans leur pratique quotidienne.

Les médecins et infirmières qui se rendent chez leur clientèle de soins à domicile. Les médecins de famille et spécialistes qui pratiquent en cabinet, bien souvent à proximité de pharmacies qui peuvent stocker des vaccins facilement. À l’urgence, à l’hôpital sur les unités de soins. Vous êtes en présence d’un professionnel de la santé pour un problème de santé ou un suivi non en lien avec la COVID-19, on vous questionne sur votre statut vaccinal, on vous offre la possibilité de vous vacciner. Aussi simple que cela.

Si une frange de population encore non vaccinée, qui consent pourtant à être vaccinée, est incapable de se rendre jusqu’au vaccin, il faut que le vaccin puisse se rendre à elle. Permettez dès que possible aux infirmières et médecins de vacciner leurs patients, tout en simplifiant les processus administratifs. Il faut décentraliser la vaccination. C’est la clé pour accroître de façon optimale la couverture vaccinale au Québec.

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