Le départ du DHoracio Arruda a fait couler beaucoup d’encre. Dans l’univers large de la santé publique, nous sommes nombreux à être attristés de sa démission comme directeur national, nous qui connaissons depuis longtemps son adhésion profonde aux enjeux de santé publique qui vont bien au-delà de la COVID-19.

Publié le 17 janvier
Élise Boyer
Élise Boyer Directrice générale, Fondation Olo

Cette lettre se veut un sincère merci et un complément aux hommages déjà rendus – et ô combien mérités ! – pour donner un espace aux autres combats qu’il mène et qui façonnent le Québec plus sain et plus juste que nous connaissons aujourd’hui. C’est aussi une invitation, dans les réflexions à venir sur le modèle, à ne pas limiter notre analyse à la seule réalité pandémique.

En effet, dans la clameur des réactions, plusieurs ont souligné son dévouement exceptionnel au cours des derniers mois et la difficulté hors norme d’avoir navigué sans boussole.

Peu auront parlé de son apport à la diminution des inégalités sociales, au soutien des populations vulnérables, à la lutte contre le tabagisme, aux saines habitudes de vie, aux environnements favorables à la santé, au développement et à l’adaptation sociale des jeunes, à la réussite éducative de tous les enfants et autres dossiers fondamentaux pour développer ce Québec plus sain et plus juste.

Sortir la santé publique de l’ombre

Depuis sa nomination comme directeur national de santé publique en 2012, son expertise, sa rigueur, son intelligence tout autant que son énergie et son charisme servent à mobiliser, outiller et soutenir une pléiade d’acteurs, au sein même du gouvernement, dans les milieux scientifiques ou dans des organisations comme la nôtre.

Son expertise et ses qualités ne rendent pas le défi moins difficile : défendre la prévention et rappeler constamment sa rentabilité est un travail de titan dans une société préoccupée par les urgences, le curatif et le court terme.

Au Québec, des personnes passionnées œuvrant dans plusieurs secteurs multiplient leur impact par leur collaboration. C’est notamment le cas dans le cadre de la Table québécoise en saine alimentation. Le DArruda y est un invité occasionnel, toujours apprécié, qui nous pousse chaque fois à poursuivre le combat de l’accès à une saine alimentation et des saines habitudes de vie.

D’ailleurs, l’impact de la Fondation Olo auprès des bébés ne serait pas ce qu’il est, n’eût été un allié comme le DArruda. Tout comme nous, il travaille à ce que soient mis de l’avant la prévention, l’importance d’accompagner les familles dans les 1000 premiers jours de vie et l’objectif que tous les enfants du Québec puissent avoir les mêmes chances de naître et de grandir en santé.

Éclairer tous les angles

Depuis peu, plusieurs voix s’élèvent pour réclamer une plus grande distance entre la fonction de directeur national de santé publique et celle de sous-ministre adjoint. Certes, le débat est sain, mais il faudra s’assurer de le tenir sans les œillères de la pandémie.

Déjà, il est ardu que les combats de la santé publique émergent parmi les priorités et ceux-ci ne sont pas suffisamment financés.

La perspective d’une révision du modèle qui accentuerait la distance entre ses acteurs et les décideurs nous laisse perplexes et inquiets.

Les prochaines années doivent être celles de la prévention. Nous n’avons pas les moyens de faire un autre choix. La crise de la COVID-19 doit avoir ces bénéfices : l’expertise en santé publique doit être davantage écoutée et la prévention et la promotion de la santé doivent être plus visibles qu’avant.

Si la pandémie a l’effet contraire, comment expliquerons-nous ce gâchis aux générations futures ?

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