Mon voisin Giuseppe (nom fictif) était excité à l’idée de remplir son restaurant avec toutes les réservations de la veille du jour de l’An. Ça faisait des jours qu’il peaufinait son menu, le passionné de cuisine aime ça, il n’est pas chef pour rien !

Publié le 14 janvier

Pour l’occasion, il a commandé des huîtres, du saumon et plein de bonnes choses coûteuses. Son petit restaurant italien raffiné du centre-ville de Montréal est sous perfusion depuis le début de la pandémie… 2022 allait être meilleure. Il lui arrivait même de sourire quand je le croisais dans l’escalier. Des sourires de restaurateur, c’est très rare en ces temps de pandémie !

Puis, une fois les marchandises achetées, les viandes marinées, les alcools stockés… il y a eu cette annonce du premier ministre François Legault, tombée comme le couperet d’une guillotine qui a fracassé les espoirs du quinquagénaire, juste un jour avant la veille du jour de l’An ! « Les restaurants doivent fermer. » Depuis, Giuseppe, avec son accent italien, a intégré le nom du premier ministre à tous ses jurons. « Cri… de Legault, le tab… de Legault », et plein d’autres mots en italien que je ne comprends pas.

Sa femme, qui a peur que son mari ne fasse un autre infarctus, le soulage du mieux qu’elle peut. Quand, sur son perron, elle me voit arriver et que je lui demande comment ils vont, elle passe une main sur son visage à la façon des Méditerranéennes pour afficher leur situation désespérante. « Lego » aurait dû faire son annonce une semaine avant, on n’aurait pas acheté tant de bouffe pour le restaurant et eu à annuler tant de réservations. Ses mains vont dans tous les sens malgré le froid !

Pour se venger de Legault, mes voisins menacent de ne pas se faire administrer leur troisième dose.

Le ras-le-bol de cette pandémie se fait sentir non seulement parce qu’elle perdure, mais aussi à cause des décisions du gouvernement que les gens trouvent incompréhensives, voire parfois électoralistes. Et ceux qui critiquent les décisions du gouvernement de la CAQ sont automatiquement associés aux antivax, sur lesquels tout le monde peut se défouler en leur incombant toutes les tares de cette pandémie et même du système de santé qui s’écroule !

Mais qui sont ces antivax ? Plus ça va, plus je vois des gens vaccinés prendre les positions des non-vaccinés. Ce sont des gens qui remettent en question les décisions du gouvernement en place. Des gens qui se donnent le droit de se poser des questions et de douter, au risque de se faire diaboliser.

Gérer une crise sanitaire avec de l’autoritarisme n’est pas acceptable en démocratie. Ce manque d’écoute du premier ministre exaspère les gens et fait grincer des dents même ceux qui suivaient toutes ses recommandations auparavant.

Mercredi soir, par exemple, le premier ministre nous a annoncé à 20 h dans un tweet la réouverture des écoles lundi. Il a même commencé par dire que c’était une bonne nouvelle ! Les enseignants et les parents sont ahuris. Ils ont deux jours pour préparer une rentrée dans des classes pas assez ventilées et sans stock de masques N95. Les nombreux commentaires critiques et virulents des parents et des enseignants ne semblent pas faire réfléchir le premier ministre pour autant.

Aussi, incomber tout le délestage et le manque de place dans les hôpitaux aux antivax n’est pas honnête.

Le problème de notre système de santé ne date pas de la pandémie. La pandémie n’a fait que l’exacerber.

Pendant cette pandémie, notre médecin de famille a décidé de prendre sa retraite, à 50 ans. Pour faire autre chose ou aller vers le privé, peut-être. C’était notre quatrième médecin de famille à quitter la profession ou le pays pour faire fortune aux États-Unis ! Chaque fois, c’est au moins 2000 patients (c’est le maximum que peut prendre un médecin) qui se retrouvent sur les longues listes d’attentes pour un médecin de famille.

Là, je ne parle même pas de la détresse des gens qui souffrent d’un trouble de la santé mentale ; ils ont plus de chance de gagner à la loto que de trouver de l’aide.

Finalement, on se retrouve à vivre dans un des pays les plus riches du monde où on paye beaucoup de taxes, mais on ne peut voir de médecin quand on est malade… et ça, c’est plus que troublant !

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