Cela fait maintenant près de deux ans qu’en tant qu’urgentologue, je suis un témoin direct des multiples interruptions des soins, de l’épuisement physique et mental de mes pairs ainsi que de la détresse généralisée que causent la COVID-19 et ses variants au sein de la population.

Publié le 14 janvier
Abdo Shabah
Abdo Shabah Urgentologue et porte-parole de l’Association médicale canadienne

Plus la pandémie avance, plus je suis à même de faire des parallèles avec ce que j’ai vécu en tant que médecin humanitaire lors du tremblement de terre de 2010 en Haïti. Cette comparaison peut paraître excessive pour certains, mais à mon avis, la situation au Québec et ailleurs au pays nécessite une réponse aussi forte et ordonnée que lors d’une catastrophe naturelle.

Reprendre le contrôle de la situation

Force est d’admettre qu’Omicron nous a fait perdre nos moyens. On pourrait dresser la liste des erreurs qui ont été commises et qui auraient pu être évitées, mais j’ai appris qu’en situation d’urgence, il vaut mieux se concentrer sur ce que l’on contrôle et sur ce que l’on peut faire.

J’ai pu retenir d’importantes leçons depuis ma première intervention humanitaire. D’abord, toute situation d’urgence est répartie en quatre phases : la préparation, la réponse, le rétablissement et la mitigation.

Nous avons échoué à la première, puisque nous n’avons pas été en mesure d’anticiper adéquatement la menace. Nous sommes maintenant en pleine phase de réponse, qui connaît aussi ses difficultés, mais pour laquelle nous avons des pistes de solution, que j’énumérerai sous peu. Finalement, le rétablissement et la mitigation seront des étapes cruciales sur lesquelles nous pouvons agir. Il faudra un jour rétablir le système après ce tsunami virologique, et nous pouvons commencer dès aujourd’hui en pensant à la remise sur pied des soins de première ligne (le point d’accès au réseau), aux clientèles prioritaires et, à plus long terme, en anticipant et en préparant la prochaine crise.

Pour répondre adéquatement à la présente crise, selon le principe des 5S, il faut réunir simultanément (synchronicity) les éléments critiques suivants : la main-d’œuvre (staff), l’équipement (stuff), l’espace (space) et le système (systems). Dès que l’un d’eux est déficient, la réponse d’urgence est inadéquate et met en péril les résultats. Jusqu’à maintenant, ces éléments n’ont jamais été réunis, ce qui explique en partie le cataclysme que l’on connaît.

Utiliser les moyens à notre disposition

Compte tenu des difficultés que nous avons à réunir simultanément les quatre éléments critiques nécessaires à une réponse d’urgence optimale, il importe de réduire considérablement l’entrée de nouveaux malades dans le réseau pour limiter les dommages. Cela repose en grande partie sur l’adhésion de toute la population aux mesures sanitaires, mais surtout à la vaccination. Le vaccin est l’outil le plus efficace à notre disposition pour atténuer les effets de la crise.

Tous les jours, je vois des admissions à l’hôpital de patients atteints de la COVID-19 qui souffrent et sont gravement malades. Ils sont majoritairement non vaccinés.

Actuellement, au Québec, les patients non vaccinés sont surreprésentés à l’hôpital en comparaison de leur poids réel dans la population générale : ils sont 7,5 fois plus susceptibles d’être hospitalisés que ceux qui ont reçu deux doses de vaccin. C’est énorme !

Je me désole de voir des patients qui seraient autrement en santé faire un tel choix. Nous avons le privilège de vivre dans un pays du G7 et d’avoir accès aux vaccins. Il me semble logique d’opter pour la vaccination, tant pour soi-même que pour nos aînés, nos enfants et notre personnel soignant.

Qu'en pensez-vous? Exprimez votre opinion