La déception et la fatigue nous habitent tous un peu plus depuis qu’on nous demande de nous isoler une fois de plus durant cette période de l’année habituellement festive. Et pourtant, c’est le moment où on doit rassembler ce qui nous reste de motivation pour planifier et mettre en action nos résolutions du jour de l’An.

Publié le 31 déc. 2021
Eric Schlader
Eric Schlader Chirurgien orthopédique

Je vous invite à considérer 2022 comme le meilleur moment pour mettre en œuvre des changements dans votre vie qui pourraient vous épargner d’avoir besoin des ressources d’un système de santé chancelant. Un système qui entrevoit une déferlante dont on ne connaît pas encore l’ampleur et les dégâts qu’elle pourrait causer.

Plutôt que de ne se contenter que des mesures déplaisantes pour protéger le personnel du réseau, pourquoi ne pas se rendre utile en prenant soin de soi.

Vous connaissez déjà plusieurs des messages de prévention en santé qui sont devenus comme des publicités répétitives que nous n’avons plus envie d’écouter, mais des études, notamment sur le tabagisme, ont prouvé que la répétition d’un message encourageant la cessation tabagique par plusieurs professionnels de la santé augmentait le taux d’abstinence au tabac. On vous aura peut-être à l’usure…

Écrasez la cigarette

Je ne serai donc pas original en commençant par suggérer de cesser de fumer.

La plupart d’entre vous connaissez les ravages possibles de la cigarette sur les poumons, le cœur et tout le système cardiovasculaire. Mais les patients qui me consultent pour leurs douleurs sont souvent étonnés d’apprendre à quel point le tabagisme nuit à leur capacité de guérir leurs blessures.

Les plaies chirurgicales guérissent moins bien, le taux d’infection, de non-guérison ou les délais de guérison de fractures augmentent. Lorsque je répare une coiffe de rotateur à l’épaule, le taux de redéchirures postopératoires double. Si vous avez une vieille blessure qui traîne et que vous reportez l’idée d’écraser la cigarette pour de bon, j’espère vous faire réaliser que la nicotine nuit fortement à la guérison de vos tissus.

Faites de l’exercice

Le message sur l’activité physique peut lui aussi devenir lassant. Il est régulièrement répété par des porte-parole plus énergiques les uns que les autres. Mais la motivation est difficile à trouver lorsque l’on est submergé de travail et de responsabilités. Que nos enfants ont des besoins qui ne peuvent attendre. Le temps devient une denrée rare et il est difficile de faire cadrer l’exercice dans un horaire chargé quand on sent qu’on n’a plus d’essence dans le réservoir.

Vous serez donc étonnés d’apprendre qu’aussi peu que six minutes d’exercice intense par jour entraînent des changements physiologiques positifs mesurables. Que la majorité des études sur tous les effets de l’exercice sur la santé montrent que les effets les plus importants se produisent chez ceux qui passent d’un état sédentaire à un faible niveau d’activité physique. Un niveau bien en deçà des recommandations officielles.

Alors, si malgré vous, dans les dernières années, vous avez été inactifs, les effets d’un minimum d’effort changeraient grandement la donne.

Sortez dans la nature

Mettez de côté vos écrans qui ne cherchent que votre dopamine et sortez en nature comme le suggèrent des chercheurs japonais qui étudient les bienfaits de la marche en forêt.

Et surtout, soyez indulgents envers vous-même. En ayant des objectifs trop précis et souvent irréalisables, on perd trop facilement notre motivation lorsque l’on ne suit pas le plan qu’on s’était fixé. Il faut cesser de se culpabiliser d’avoir fait faux bond pendant une période, se permettre d’avoir 6/10 sur nos objectifs plutôt que d’abandonner.

La vie n’est pas un sprint, c’est un marathon.

Je vois régulièrement dans mon bureau des patients qui ont compris ce message, mais qui sont limités par des douleurs. Une proportion importante des tendinites, bursites et autres « ites » peuvent être améliorées en apprenant à mieux solliciter les muscles stabilisateurs de notre squelette.

Les études montrent que lorsque l’on parle de problèmes de genou, un meilleur contrôle des abducteurs et des rotateurs externes de la hanche a souvent des bénéfices. Pour la colonne lombaire, les multifidus et le transverse de l’abdomen ont la même importance. Pour les pathologies de l’épaule, ce sont le dentelé antérieur et le trapèze inférieur.

Ce ne sont pas des muscles qui seront proéminents et en vedette sur un compte Instagram, mais ce sont des muscles fréquemment déficients en lien avec la sédentarité et le travail prolongé en position assise. Il est souvent nécessaire de réapprendre à les solliciter et à les intégrer dans nos mouvements pour pouvoir être actifs sans nous blesser.

Certains d’entre vous font peut-être partie des dizaines de milliers de patients en attente d’une opération orthopédique. Plus de 5500 patients attendent depuis plus d’un an pour leur opération orthopédique. Pour eux, les options non chirurgicales n’ont pas fonctionné et c’est bien malgré eux qu’ils ne peuvent pas être aussi actifs qu’ils le voudraient.

Méditez

Sachez qu’il n’est pas nécessaire de bouger pour obtenir des bénéfices importants.

Des effets mesurables sur votre corps et votre cerveau peuvent être obtenus simplement grâce à des exercices de respiration, de la méditation de type pleine conscience (mindfulness) ou la recherche du flow.

Peu importe quel outil de l’esprit vous utilisez, vous avez le pouvoir de bonifier votre qualité de vie.

Pour beaucoup, cela peut sembler ésotérique, mais les évidences scientifiques ne laissent plus aucun doute sur l’ampleur des bénéfices pour traiter notamment l’anxiété, la dépression, le sommeil, les douleurs chroniques… La méditation pleine conscience contribue aussi à la mémoire et à la capacité de se focaliser sur une tâche.

L’introspection qui peut accompagner la méditation peut nous aider à changer de mauvaises habitudes, à générer de la motivation ou à nous débarrasser de ruminations ou d’angoisses envahissantes.

Du côté de l’alimentation, gardons ça simple. Mangez plus de légumes et apprenez à les cuisiner plutôt que de manger des aliments transformés.

De l’empathie

J’aimerais terminer en nous invitant tous à devenir plus tolérants envers les opinions différentes des nôtres. Nous avons tous un vécu différent qui explique en partie les filtres déformants que sont nos biais cognitifs. Nous connaissons déjà nos propres opinions. Nous avons beaucoup plus de chances d’apprendre en écoutant des gens qui ont des opinions différentes des nôtres qu’en nous nourrissant seulement de sources d’information qui confirment nos idées.

Daniel Kahneman et plusieurs autres grands chercheurs ont maintes fois démontré comment nos partis pris modifient nos perceptions et que nos opinions devraient donc être exprimées avec plus d’humilité.

Soyons empathiques pour mieux comprendre ce qui justifie les idées divergentes des nôtres. Ça nous aidera à mieux converger vers des compromis.

La pandémie est difficile à vivre pour nous tous. Il vaut mieux nous écouter que nous diviser.

On passera plus facilement au travers ensemble.

Et pour aider le personnel du système de santé qui continue à tenir le fort, aidez-vous vous-mêmes en adoptant graduellement de nouvelles habitudes de vie qui pourraient vous éviter de surcharger des listes d’attente qui débordent.

Bonne année à tous.

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