En 2013, alors que j’occupais un emploi dans la fonction publique québécoise, j’ai annoncé que j’avais décroché un emploi au sein de ma Nation et que, du même coup, je retournais vivre chez moi, dans ma communauté. Plusieurs personnes voyaient le tout très positivement, mais on m’a également fait part de diverses inquiétudes voulant que, d’une certaine façon, j’acceptais d’emblée la vie malheureuse des communautés autochtones… Pouvez-vous ressentir le malaise que j’ai alors vécu ?

Publié le 30 déc. 2021

C’est exactement le même malaise que j’ai ressenti lorsque j’ai pris connaissance des photos présentées dans « Regard sur 2021 – La réalité des Autochtones ».

Consultez « Regard sur 2021 – La réalité des Autochtones » La Presse

Ma réaction immédiate a été de dire : « Ouf ! » Pourtant, 2021 a aussi été marqué par des moments forts, pas seulement parsemé de souffrance… Le stigma de la vie misérable des Autochtones est persistant. Il jette une ombre sur toutes les avancées réalisées, les succès, etc.

Comprenez-moi bien, je ne suis pas en train de dire que ces réalités n’existent pas. Au contraire, la sensibilisation en continu est nécessaire pour ne pas les perdre de vue. Je cherche surtout à vous faire part de l’importance d’un propos nuancé, équilibré. D’accorder aussi une place aux bons coups, aux innovations, aux contributions dont les peuples autochtones sont fiers. Pourquoi ne se focaliser que sur les souffrances ? Est-ce l’image publique qui résume la place des peuples autochtones dans la société québécoise ?

J'estime qu’il est essentiel d’exposer les succès et de les célébrer. Ceux-ci sont générateurs d’espoir et inspirants. Ils nous permettent de rêver à un avenir sans barrière ni limite, ou du moins, en rencontrer le moins possible, afin que les prochaines générations puissent avoir la liberté d’aspirer à quoi bon elles voudront devenir et croire que tout est possible.

Comme nombre d’entre vous, nous lisons aussi différents médias et avons besoin, pour notre propre santé mentale, de constater que nous avançons, que nos efforts pour contribuer à l’essor des peuples autochtones sont remarqués, que nous existons tant dans les bons moments que dans les moins bons…

Succès

Alors, pour équilibrer le « Regard sur 2021 » ci-haut mentionné, voici en rafale sans ordre d’importance de nombreux succès survenus cette année :

– Le projet de maison de chambres pour Autochtones à Montréal, porté par Projets autochtones du Québec, a été approuvé par la Ville de Montréal dans le cadre de l’Initiative fédérale pour la création rapide de logements. Plusieurs autres projets sont en développement visant à offrir des services culturellement adaptés aux personnes autochtones en situation d’itinérance ou à risque.

– Le Collège Kiuna, seul cégep autochtone au Québec, situé à Odanak, a célébré ses 10 ans ! Ce sont 10 ans d’engagement à former les prochains leaders autochtones.

– Le Canadien de Montréal a prononcé sa première reconnaissance territoriale et a influencé plusieurs autres organisations au Québec à lui emboîter le pas.

– La nomination de Michèle Audette (Innue) au Sénat et sa prestation de serment en innu-aimun (langue innue), une première !

– Le Conseil de la Nation Atikamekw a dévoilé sa stratégie jeunesse atikamekw : Ke ici matcitcik ka ockatisitcik, choisie et rédigée par des jeunes atikamekw, la jeunesse prend sa place !

– Mélanie Paul (Innue) et Danièle Henkel ont annoncé la création du Cercle mocassins et talons hauts visant à faire briller les femmes entrepreneures des Premières Nations et Inuites de partout au Québec.

– L’École des dirigeants des Premières Nations, propulsée par l’École des dirigeants de HEC Montréal, à l’initiative de Manon Jeannotte (Mi’gma) et Ken Rock (Innu), a été lancée. L’école outillera les dirigeants des communautés et leur permettra d’assurer une gouvernance qui propulsera communautés, organisations et entreprises encore plus loin !

– Plusieurs membres des communautés autochtones ont été en lice pour des prix littéraires, musicaux, artistiques. Il y en a tellement que je ne pourrais pas tous les nommés ici. Mentionnons notamment Isabelle Picard (Wendate), qui, pour son œuvre Nish, a été sélectionnée pour le prix Cécile-Gagnon de l’Association des écrivains québécois pour la jeunesse, Anachnid (Oji-Crie), qui a remporté le Félix de l'artiste autochtone de l’année au 43e gala de l’ADISQ, Barbara Kaneratonni Diabo (Mohawk), qui a reçu le prix dans la catégorie de l'interprétation au Grand Prix de la danse de Montréal…

– La représentation des Autochtones à la télévision, à la radio et sur les réseaux sociaux s’est aussi bien fait sentir : Jemmy Echaquan Dubé (Atikamekw) dans son rôle de Méli dans Toute la vie, Kawennáhere Devery Jacobs (Mohawk) dans la série Reservation Dogs, Jolie-Ann (Anishinabeg) dans Occupation double dans l’Ouest, Mélissa Mollen-Dupuis (Innue) avec l’émission de radio Kuei ! Kwe ! (première émission de radio consacrée aux cultures autochtones à Radio-Canada), un nombre grandissant de créatrices et de créateurs de contenus autochtones utilisent la plateforme TikTok tels que Xavier Watso (Abénakis), reconnu par TikTok Canada et l’Institut national de l’écran.

En réalité, la liste pourrait se prolonger tellement d’éléments positifs, constructifs, porteurs d’espoir ont eu lieu en 2021. Je nous invite à nous en rappeler, car ils continueront de façonner notre avenir ensemble !

Wliwni (se dit olé-oné) ! Merci !

Wli nanawalmezi ! Prends bien soin de toi !

Qu'en pensez-vous? Exprimez votre opinion